Un grand homme de théâtre tunisien, évoquant la scène politique en Tunisie, m’avoua ces dernières semaines être totalement perdu. Moi qui allais à sa rencontre, à titre amical mais aussi à la pêche des nouvelles me suis retrouvé perplexe. Si lui qui a ses entrées auprès de ceux qui faisaient la Tunisie de la transition n’y comprenait pas grand chose, que dire alors des autres.

Heureusement que la pêche s’est révélée quelques jours plus tard plus prolifique. Chose frappante, les personnes qui ont eu l’amabilité de me fournir les éléments de réponse ne détenaient individuellement que des bribes de nouvelles concernant leur parti ou leur entourage mais ne cessaient de poser mille questions sur les autres protagonistes.

Trêve de bavardage, je vous livre mes conclusions : (je me contenterai dans cette publication de traiter un premier aspect) :

Il n’existe pas (encore?) en Tunisie de partis politiques. Au mieux il existe une constellation de personnes partageant une même idéologie et noyés dans des des contradictions internes (islamiste, communiste, nationaliste..). Au pire, il s’agit de structures artificielles destinés à faire du blanchiment politique et économique. Au milieu, ce sont de partis qui se proclament non idéologiques. Ils se cherchent encore, assument mal le peu de cohérence interne qu’ils affichent.

Prenons des exemples. Commençons par Ennahdha, le plus grand (non) parti en Tunisie si on en croit ses leaders. Il existerait aujourd’hui, selon des proches du mouvements, trois grandes tendances qui se disputent le leadership du parti. La première est la plus radicale représentée politiquement par Douletli et Bhiri à un moindre degré et spirituellement par Chourou. Cette tendance représente les gardiens du temple. Ceux qui pensent que tout ce qui s’est passé leur a donné finalement raison. Ennahdha ne saurait exister qu’en maintenant le cap vers le projet de société islamique et croient dur comme fer qu’une large majorité de la population est acquise à leur projet.

La seconde est dite modérée représentée politiquement par Hamadi Jbeli et théorisée par Lotfi Zitoun (qui aurait pris ses distances avec le parti). Les tenants de cette ligne croient aux alliances pour gouverner sereinement. Ils ont assumé les erreurs du passé et veulent défendre le néo islamisme : nationaliste et pluriel (un tant soit peu).

La troisième est aussi pragmatique que pressée. Elle représente un courant majoritaire au sein d’Ennahdha et met sur un pied piédestal Rached Ghannouchi comme guide spirituel et politique. Autour de lui, les jeunes loups du parti à l’image de Samir Dilou s’efforcent de donner une nouvelle image au mouvement. Ils occuperont autant de terrain qu’il leur ai permis de le faire. A la place des faux pas du passé, ce sont désormais des ballons d’essai qui sont lancés. On démine et on avance. Il n’est donc pas étonnant qu’au sein de cette dynamique, les ambitions d’un leader comme Mourou se trouvent freinés. Si on ajoute à cela l’inadéquation entre la direction du parti qui tente d’apprendre des leçons du passé et la base qui veut tout tout de suite, on comprendra mieux les enjeux de la dynamique actuelle au sein du parti islamiste. Il n’en demeure pas moins que jusqu’à l’écriture de ces lignes, nous ne disposons d’aucun programme politique d’Ennahdha, ne serait ce que des ébauches de vision politique et sociale…

Passons au PDP et eu FDTL. Il n’est certes pas très judicieux de les traiter communément. Mais par souci de synthèse je me risquerai à le faire. Les deux partis ont répondu positivement à l’appel de Mohamed Ghannouchi pour constituer le premier gouvernement de l’après Ben Ali. Mustafa Ben Jaafar a eu la chance de se désengager à temps. Mais Chebbi s’est enlisé dans deux gouvernements impopulaires successifs ; et quand le temps des bilans sonnera, il n’est pas sûr qu’il pourra défendre le bien fondé de ses choix. Point commun attribué aux deux hommes, il semblerait que le processus de prise de décision au sein de leur deux partis soit fortement centralisé autour de leur personnes. L’influence prépondérante de Chebbi a abouti au choix calamiteux du 13 janvier d’adhérer au projet de réformes de Ben Ali (l’histoire est certes plus complexe mais j’y viendrai un jour).
Ben Jaafar, lui, a su imposer son style au parti : travailler dans la discrétion et sans prise de risque politique majeure. Une sorte de neutralité bienveillante qui a parfaitement fonctionné mais qui a fini par atteindre ses limites. Ces limites dans un cas comme dans l’autre ont été le fruit d’une équation intenable. Comment devenir en quelques mois des partis de gouvernement sans renoncer à ses principes fondateurs. Les questions des sources de financement ont surgi jetant un certain discrédit sur les deux partis. Aussi, les positions vis à vis des hommes d’affaires de l’ère Ben Ali et les interactions avec les sphères internationales suscitent des interrogations de plus en plus insistantes. Reste à dire que le FDTL a refusé de rallier le front anti Ennahdha alors que le PDP en fait son principal cheval de bataille. Lors des réunions préliminaires du Pole démocrate moderniste (PDM), les représentants du PDP se sont déclarés sur une même ligne stratégique que le PDM. Mai pour des calculs électoralistes ils ont refusé de rejoindre le pôle. Le FDTL quand à lui a exprimé des réserves de fond sur la stratégie refusant cet antagonisme: islamiste/moderniste.

D’autres exemples seront traités bientôt à l’instar du CPR de Marzouki, du PCOT da Hammami ou du Tajdid. D’autres aspects seront traités successivement. Ils concerneront les programmes, les positionnements politiques, les alliances et le influences.

Je vous livrerai les fondements d’un décryptage qui stipule que la politique du pays se passe très loin des partis….

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