Par Layla Riahi,

Il est de notoriété publique que le réseau du dictateur Ben Ali dépasse largement les frontières de la Tunisie, il se constitue de personnes ou d’associations douteuses dont les objectifs non-annoncés étaient de veiller aux intérêts de la famille régnante, de conduire la propagande de Ben Ali et de surveiller les faits et gestes des militants afin de pérenniser le système mafieux. Ils ont été aidés en cela par des opportunistes de tous bords avec lesquels la convergence des intérêts a permis les plus malsaines des connivences.

La chute du dictateur a porté un coup dur à l’ensemble du système, mais bien qu’étêté, il survit et tente de se reconstruire en permutant les personnes ou en changeant les noms des associations. Les objectifs ont aussi évolué, il s’agit aujourd’hui de se refaire une virginité, de retrouver sa place sur la scène politique, voire, pour les plus malintentionnés, de saboter le processus démocratique naissant.

Face à cela, nous constatons, nous, citoyens tunisiens vivants à l’étranger, qu’aucune mesure n’a été prise pour stopper les agissements anti-révolutionnaires de ce réseau à l’étranger. Jusqu’aujourd’hui, seule la société civile, affaiblie par des années de persécutions et par un manque sévère de moyens d’organisation, fait barrage au retour en force de ces individus avec leurs pratiques pernicieuses et leurs intentions peu louables.

Or, nous sommes convaincus qu’aucune démocratie réelle ne saurait s’installer en Tunisie sans le démantèlement du réseau mafieux international tissé pendant des années par Ben Ali et ses complices du RCD, de la police politique et des différents opportunistes qu’ils soient tunisiens ou non.

Nous dénonçons le fait, que des personnes dont l’implication dans la répression de la volonté populaire est prouvée et avérée, n’aient jamais été inquiétées et continuent à vivre normalement, dans l’impunité la plus totale, parfois même en jouissant des biens de la Tunisie pour leur propres intérêts (locaux, appartements, voitures…) ; ceci malgré le fait que de sérieux soupçons pèsent sur certaines d’entre elles qui se seraient rendues coupables de dénonciations calomnieuses, d’agression, voire de torture.

Il ne s’agit pas, pour nous, d’entreprendre une « chasse aux sorcières » qui serait le meilleur moyen de monter les tunisiens les uns contre les autres, mais nous estimons qu’un processus de réconciliation ne pourra s’initier que si justice est faite aux victimes du système Ben Ali. Un méaculpa de la part de nos concitoyens leurrés ou agissant sous la contrainte, n’ayant pas été impliqués dans des crimes graves et exprimant un regret sincère pourrait aboutir à une amnistie leur permettant de réintégrer la société honorablement.

Pour mener à bien cette étape, nous demandons au gouvernement transitoire, à la haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, à la commission nationale d’établissement des faits sur les affaires de malversation et de corruption ainsi qu’à toutes les représentations diplomatiques tunisiennes :

  • que la lumière soit faite sur les dysfonctionnements qu’a connus le corps diplomatique tunisien pendant la période Ben Ali et que les fautes commises soient reconnues afin d’être évitées à l’avenir.
  • que la commission d’enquête anti-corruption se saisisse dans les plus brefs délais des dossiers des consulats et qu’elle demande le rapatriement de tous les documents attestant des activités de l’RCD, de la police politique et de leurs complices.
  • que ces dossiers soient traités de façon transparente et que les complices de Ben Ali soient jugés équitablement quels que soient leurs statuts ou leurs nationalités.
  • que soit publiée la liste des avoirs Ben Ali et sa famille à l’étranger et que la demande de restitution soit portée comme revendication principale de l’état tunisien lors de ses échanges avec les pays amis.
  • que la jouissance des locaux appartenant à la Tunisie revienne à la société civile représentée par ses associations pour qu’elle puisse s’organiser et participer activement au processus démocratique en cours.

Layla Riahi pour Pas de Nord Sans Sud – Marseille

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