Par Anis Achek.

J’ai lu dans le journal Assabah du 28/04/2011 les résultats d’un sondage d’opinion dont les résultats m’ont interpellés et j’ai jugé bon de les utiliser comme point de départ pour un sujet que je souhaitais développer depuis quelque temps. Le sondage rapporte notamment que la crainte pour les principes du progrès, de la citoyenneté, de la liberté de croyance et des liberté intellectuelle et culturelle chez le citoyen tunisien provient plus des partis de tendance socialiste que des partis de tendance religieuse. Cela pourrait sembler étonnant pour pas mal de gens au regard de la tendance dans les journaux et des médias sociaux. Cela dit, l’objet de cet article n’est pas de pointer les “bons” et les “méchants” dans une approche manichéenne souvent adoptée ces jours-ci, et je ne me permettrais pas non plus de faire le procès des intentions des uns ou des autres (quoi que je ne manque pas de reproches pour pratiquement tous les partis politiques historiques).

Au fait ce dont je suis convaincu et que je considère comme la pierre angulaire de la réflexion politique citoyenne, c’est qu’il faut se méfier de tous les partis politiques et de tous les hommes et femmes politiques sans exceptions aucune. En clair, il n’y a aucune garantie qu’un personnage politique détenteur d’un pouvoir n’en abusera pas si l’occasion se présente à lui. Pour dire les choses plus franchement encore: ni le passé militant, ni la notoriété, ni l’idéologie, ni les déclarations de bonne volonté même quotidiennes ne peuvent justifier de faire confiance à un personnage politique pour ne pas abuser de son pouvoir s’il s’en trouve capable.

Je peux paraitre sévère dans mon jugement et l’on pourrait de me traiter de paranoïa mais si vous êtes patients le temps d’une explication, il se pourrait que vous compreniez mieux mon point de vue. Au lieu de vous citer des références académiques je pense que rien ne vaut des exemples frais et concrets. Vous avez tous vu je suppose les images du l’ex Président ivoirien Laurent Gbagbo après sa capture, humilié et pathétique appelant à la réconciliation (un peu trop tard), donnant l’air de quelqu’un qui vient de tomber d’un nuage ou qui vient de se réveiller avec une grosse gueule de bois. Vous vous êtes probablement demandé comment un opposant à la dictature de Félix Houphouët-Boigny et un leader syndical, docteur en Histoire et en Art avait pu en arriver à réduire son pays qui était le plus développé en Afrique subsaharienne à cet état désastreux et causé autant de morts et de peine pour s’accrocher au pouvoir. Ou peut être que vous vous êtes demandé comment Robert Mugabe, un des plus importants militants pour l’indépendance de son pays et titulaire de sept diplômes académiques à fait du Zimbabwe le pays le plus pauvre de la planète et l’une des pires dictatures. Plus proche de nous, comment Bourguiba, un homme éclairé a transformé la Tunisie en un pays autoritaire et s’est accroché au pouvoir se croyant immortel au point de ne rien prévoir pour sa succession et a poussé le pays dans une crise grave qui en a fait un cadeau pour ce vautour de ZABA. Comment Moubarak que d’aucun considéraient comme un héros de guerre a pillé son pays avec sa famille et son clan et n’avait pas hésité à tuer ces jeunes manifestants pacifistes, ouvrir les prisons pour semer la mort et le chaos et même tenté de faire piller le patrimoine monumental du musée du Caire rien que pour se maintenir au pouvoir quitte à que ça soit sur des ruines.

La réponse à ce qui peut paraitre comme une énigme du comportement humain est la suivante: le pouvoir est plus fort que la plus dure des drogue. Une fois l’homme ou la femme politique y prend gout (quelques semaines suffisent), son comportement se rapproche de celui d’un héroïnomane en manque continu et à la recherche de doses de plus en plus fortes. Et je n’hésite pas à comparer le fait de donner sa confiance dans un homme ou une femme politique pour qu’il ou elle n’abuse pas de son pouvoir au fait de donner les clés d’une pharmacie à un drogué qui vous jure qu’il a décidé de décrocher.

Et même si je n’ai parlé dans cet article que du domaine politique, le même raisonnement s’applique au domaine de l’administration. Dans les deux cas, la “confiance” est une notion absurde qui n’est autre qu’une illusion et une erreur perpétuelle dans l’histoire humaine.

Mais attention, je ne voudrais pas que mon idée soit mal comprise. Je suis loin d’adhérer au discours populiste connu de “tous les politiques sont des pourris”. Ce que je souhaite dire c’est que la garantie de la pérennité d’un système démocratique et d’une gouvernance saine ne repose pas sur les garanties que présentent les acteurs politique mais plutôt sur les garanties que propose le système politique lui même.

Cet approche peut également étendue à l’action politique régulière. Une question qui se pose dans toutes les démocraties est sur quel critère peut-on faire confiance aux discours politiques et aux promesses électorales. La réponse de prime abord est que la sanction électorale devrait être suffisante. Un parti ou un homme ou femme politique qui ne tient pas ses promesse se voit alors sanctionné lui et/ou son parti aux prochaines échéances électorales. Mais alors est-ce suffisant ? Malheureusement la réponse est souvent non et la crise que connaissent plusieurs grandes démocraties en témoigne. A titre d’exemple un sondage récent en France indique que 76% des français ne font pas confiance aux hommes politiques, et la montée fulgurante de l’extrême droite dans les sondages est plus que parlante à cet égard. Si c’est le cas dans des démocraties si vieilles, qu’en serait-il de la démocratie tunisienne naissante ?

Autant de questions que cet article avait pour but de poser non pas dans le but de lui apporter des réponses expéditives mais pour préparer le terrain à une analyse des clés du succès d’un système politique que nous pourrions choisir pour notre jeune Tunisie libre. Car je ne vous cache pas mon étonnement de voir la simplification à laquelle procèdent les partis politiques dans leur explication de leur vision du système politique futur pour le pays. Certains se contentent de dire qu’ils ont une préférence pour un régime présidentiel alors que d’autres sont pour un régime parlementaire. Autant vous dire qu’en disant cela ils n’ont rien dit car l’important dans un système politique se situe ailleurs comme expliqué plus haut soit dans les deux questions principales:

  • Quelles sont les garanties que le système politique instaurera une démocratie pérenne ?
  • Quelles sont les garanties que le système politique consacrera la souveraineté du peuple ?
  • Maintenant que le chemin est pavé je vous invite à une réflexion sur le sujet et éventuellement des suggestions et des idées et j’essayerais dans mes prochaines contributions d’apporter des éléments de réponse à ces problématiques.

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