Mehdi Houas, Ministre du tourisme du gouvernement provisoire

Par Ilyes Masmoudi et Ali Gargouri

A peine nommé Ministre du Tourisme et du Commerce, Mehdi Houas, une des compétences tunisiennes établies à l’étranger s’est mis rapidement au travail. Dès les premiers jours de sa prise de poste, cet entrepreneur – fondateur de quelques SSII, s’est donné pour objectif de sauver la saison touristique tunisienne, un des piliers de notre économie avec 400.000 emplois et 7% de contribution au PIB.

Les premières actions ont été relativement rapides. A l’occasion de la Saint-révolution (en Tunisie) et la Saint-Valentin (en occident), une campagne publicitaire a été lancée avec le slogan « I love Tunisia » avec le site web qui va avec, à savoir ilovetunisia.org.

En attendant les premiers résultats de cette campagne, dont le site web n’est surement qu’un petit volet, nous avons été surpris de voir un design quelconque pour ce site ilovetunisia.org, car de part le logo, tout le reste semble directement tiré d’un modèle (template) standard d’une plateforme open source de gestion de contenu (CMS). Le niveau d’intégration de ce site est très faible : Une plateforme de blogging open-source sensée probablement absorber l’actualité y figure avec une charte graphique différente et une rubrique institutionnelle présentant le ministère renvoie l’utilisateur vers le site ministere-tourisme.org et on peut se retrouver ensuite sur tourismtunisia.com ou encore un i-love-tunisia.com. On navigue de site en site sans vraiment savoir où on est !

Pour ce site ilovetunisia.org, de part le logo, tout le reste semble directement tiré d’un modèle (template) standard d’une plateforme open source de gestion de contenu (CMS). Impression d'écran

Le tout semble réalisé en un temps record. Les modèles graphiques de la charte qui a été développée par le gouvernement de l’époque Ben Ali et sous l’égide de l’ex-ATCE ont été ignorés. Le site du ministre contient en haut à droite les icônes des drapeaux français et anglais en référence aux langues de ces deux pays, mais ne contient à gauche aucune icône du drapeau tunisien. Dans les mentions légales on s’aperçoit que le site est hébergé par OVH en France et respecte les obligation de la CNIL française.

Avec l’aide de plusieurs tn-tweeple, on s’aperçoit que les domaines ilovetunisa.fr , ilovetunisa.org, i-love-tunisia.com et ministere-tourisme.gov sont enregistrés au nom de la personne de Nicolas Chadeville, collaborateur de la société Bygmalion. Cette société a réalisé en 2009 2.8 Millions d’euros de chiffre d’affaire et est dirigée par Bastien Millot (la société ne comptait en 2009 que deux collaborateurs au total soit probablement les deux messieurs cités précédemment). Cette société opère entre autres dans le networking, la communication de crise et bien entendu la création web et la publicité.

Le site du ministère du tourisme tunisien a même été accessible en ligne avec une extension du nom de domaine en .fr pour France. Impression d'écran fournie par les auteurs.

Ces noms de domaine ont été enregistrés le 11 février 2011. Les sites ont donc été réalisés en un temps record. Comme Tunisienumerique.com le souligne dans un article adressé au Ministre, différentes questions d’ordre juridique se posent quant au domaine et au site en soi, ainsi que le fait de recourir à des sociétés (ou des personnes) étrangères pour la réalisation du volet technique de l’opération de communication.

Nous avons adressé par mail les questions relatives à la procédure d’achat appliquée à ce marché et la justification des choix d’hébergement à l’étranger au Ministère du tourisme (en attente de réponse). Les appels téléphoniques passés à l’attaché de presse du Ministère (qui dit ne pas être au courant), le patron de l’ONTT (déclare ne pas avoir le droit de nous répondre), le bureau de l’ONTT à Paris (personne injoignable), le cabinet du Ministre (renvoie vers le Secrétaire d’État au tourisme qui à son tour demande qu’on le rappelle demain – nous n’avons pu obtenir son numéro qu’en début de soirée)… : Pour obtenir des informations sur une opération toute récente, il faut bien s’accrocher à son clavier et au téléphone !

Signalons enfin que le contenu de ses sites (ou ce site) semble très pauvre, comparé à l’ancien site du ministère du tourisme (tourisme.gov.tn : off line). Aucun lien vers une transformation de la visite en acte d’achat n’y figure (coordonnées d’agences de voyage ou renvoie vers un portail de réservation). Plusieurs liens bouclent sur la même page ou sur des pages introuvables. Signalons aussi qu’un nouveau site du Ministère de Tourisme commandé depuis quelque mois par l’ancien gouvernement, a été payé mais n’a pas été mis en ligne.

Autre volet de l’affaire, la nomination de plusieurs ministres et secrétaires d’états, issus de l’ATUGE et du club du XXIe siècle ont été décrits comme fortement liés à un conseil de Hakim El Karoui, franco-tunisien proche de l’UMP. Mehdi Houas, dans une interview parue en 2007 déclarait sa fierté d’avoir des contacts et des activités au sein de ce club « de la diversité ». Patrick de Carolis, ex patron de France Télévisions et proche de Madame Chirac a fait au moins une intervention au sein de ce Club. De Carolis est l’ex patron de Bastien Millot qui a travaillé de 2005 à 2008 en tant que Directeur Délégué à la Communication de France Télévisions.

Bastien Millot est aussi, depuis peu, Conseiller en Communication du nouveau patron de l’UMP, Jean-François Copé. L’UMP dont un rapport récent mettait en exergue le grand gâchis autour de la plateforme collaborative « Les créateurs du possible » dont le coût total a dépassé le 1 million d’euros pour seulement 16.000 membres (non tous actifs) et presque aucune valeur ajoutée.

Alors, en attendant d’espérer que cette campagne de communication nous ramène quelques touristes, contentons nous de constater que les slogans de la révolution populaire tunisienne vont être réemployés par des consultants français travaillant avec la droite, et ce pour nous ramener des touristes (comme l’a déclaré Mehdi Houas sur les radios françaises) et surtout prions pour que le logo n’ait pas été imaginé par Mr Sarkozy en personne.

Homme d’action et de résultats, nous espérons que Mehdi Houas n’a pas négligé la manière, car, très couramment, ceux qui viennent du privé, ont mal à jongler avec les procédures du secteur public. Ne le nions pas, ces procédures, si utilisées à bon escient, sont sensées apporter une transparence, que nous espérons sera vite apportée sur cette opération I Love Tunisia.

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