Le site Wikileaks spécialisé dans la fuite d’informations a révélé le 28 novembre 2010 le contenu de 250 000 télégrammes de diplomatie américaine. Le site cafe-juridique.com, rapporte le jour même que selon le quotidien allemand Der Spiegel, il y aurait 1055 documents concernant la Tunisie. Toutefois, il est a noter que Wikileaks n’a pas diffusé les documents directement au public! Les documents ont été remis aux relais de Wikileaks, qui sont cinq grands journaux partenaires. Le blog collectif indépendant tunisien Nawaat.org entreprend de dévoiler une partie des documents concernant la Tunisie.

Ce système de diffusion d’informations qu’utilise Wikileaks permet au site de se protéger juridiquement. Ils remettent les documents à leurs partenaires, et ce sont ces-derniers qui doivent juger de porter ou non aux yeux du public les informations receuillies. Mais le desavantage de ce type de diffusion est que l’information se fait en passant par des filtres, qui varient selon les intêrets de ceux à qui ils sont accessibles, du moins en un premier temps… Il y aura des suites à ces premières diffusions. Les partenaires de Wikileaks sont divers et variés, et leurs intêrets ou points de vue le sont aussi. La révélation de ces télégrammes connaitra donc des développements sous plusieurs angles. Al Jazeera a déja été partenaire de Wikileaks concernant des documents secrets américains sur l’Irak.

Et pour la Tunisie?

Peu d’explications de la part de Nawaat.org sur le choix des documents. Ont-ils fait un choix, ou les document ont-ils été soumis eux même à un premier filtrage, ou une combinaison des deux? Le blog a entreprit de diffuser une partie des documents, et a même crée un lien securisé à cet effet: https://tunileaks.appspot.com/.

Ce que Nawaat nous a servit semble être un bon compromis. La diplomatie amercaine semble s’en tirer à bon compte. Elle parait très soucieuse des droits humains en Tunisie, et branché sur la bonne fréquence concernant la réalité tunisienne. Il semble que Sami Ben Gharbia, un proche de l’ambassade US ait pris une part active dans le processus d’acquisition des documents. Du moins c’est ce qu’il apparaît de ses diverses interventions sur Facebook, afin de faire valoir le fait de citer les sources renvoyant au blog. Nawaat promet une suite à cette première diffusion, sans dire si ils ont obtenu tous les documents, et sans nommer le partenaire de Wikileaks par lequel ils sont passés. La diplomatie US se serait-elle faite harakiri, en donnant elle même une partie des documents révélés concernant la Tunisie, et ce afin d’axer le buzz de ces premières révélations vers certains points plutôt que vers d’autres? Les sources n’étant pas citées, la chose porte à toutes spéculations.

Qu’apprend-t-on?

Cette première partie de documents est intéressante mais sans réelle nouvelle information qu’on ne sache pas déjà.Le mérite revient au fait que ça donne un cachet officiel par rapport à certaines infromations qui circulent vers notre cable à nous, notre cher téléphone arabe.De plus, cela confirme que le discours officiel ne dupe personne. Nous autres Tunisiens savions déjà que ce discours est loin de nous convaincre, mais voilà qu’on sait désormais qu’il ne convainc pas les diplomaties étrangères. On peut même se demender pour qui il est fait finalement. Le propre du discours stéril, est de rien en obtenir. C’est le discours fait pour être fait, et non pour produire quoi que ce soit. Ces affirmations d’un diplomate US, décrivent bien la chose :

…Abdelwaheb Abdallah est connu pour ouvrir ses rencontres avec des monologues interminables sur des positions politiques, sociales et économiques, les réussites et les positions modérées de la Tunisie sur les questions régionales. C’est le discours qu’Abdallah lui-même a conçu pendant ses années en tant que conseiller du président, chargé du contrôle des médias nationaux et internationaux…

Dans le même registre, une suite de documents révèle les entretiens d’un double responsable du RCD. Le personnage cumule deux casquettes au RCD, il est chef d’organisation du RCD à Carthage, et plus que ça, il est membre du comité central du RCD. Et que révèlent ces entretiens?Ils révèlent que les motivations diplomatiques de tels cadres du RCD ne concernent pas tellement le pays. Les fins ne sont ni des questions de développement, de plan de partenariat, ni d’échanges commerciaux, d’emploit ou autre…Malgré l’étonnante richesse de ce cadre du RCD, qui n’a pas manqué d’être soulignée par les diplomates US, la finalité des rencontre n’a concerné que l’appétit vorace de cet individu. Ce monsieur, en plus d’avoir les concessions pour Audi, Volkswagen, Porsche, Renault Trucks, possède une compagnie de fabrication de produits pharmaceutiques (Société Adwia), et la chaîne de radio et de tv Zitouna, plus un organisme bancaire du même nom, la companie Princess El-M Holdings, une grande partie de Tunisiana, un futur opérateur (zitouna-telecom), la gestion touristique du port de la Goulette… Ce haut représentant du RCD utilise ses rencontres diplomatiques afin d’acquérir la concession de Mc Donalds en Tunisie.

Mais là encore, les diplomates ne sont pas dupes. Ils n’oublient pas de souligner :

ses entreprises à ce jour n’auraient pas été possibles s’il n’avait pas des liens étroits avec le président Ben Ali.

Sakhr El Materi : Mr Mc Donald's !

Il en est de même avec la “première dame” du pays. Les rapports de la diplômatie US disent entre autre ceci :

Les Tunisiens vraiment n’aiment pas, voire éprouve de la haine envers la première dame Leila Trabelsi et sa famille.

Leila Ben ALi : La première dame haie en Tunisie !

La famille Trabelsi en prend aussi pour son grade :

Belhassen Trabelsi, le beau frère du Président est souvent cité comme le chef de file derrière la corruption du clan Ben Ali.

Belhassen Trabelsi : le chef de file derrière la corruption du clan !

Les documents rapportés donnent aussi les dessous de certaines affaires comme celle de la Banque de Tunis, de la gestion du rapatriement des prisonniers tunisiens de Guantanamo. Ils livrent également certaines informations concernant l’implication des Tunisiens dans des actes terroristes, ainsi que des arrestations, des mouvements sociaux…etc.

Confirmation de quelle vision ?

Au final, il apparaît au travers de ces documents, que la diplomatie US ne voit plus de recours et ne se fait guère d’illusion pour le régne de Ben Ali. Ainsi on peut lire :

Trop souvent, le gouvernement tunisien préfère l’illusion de l’engagement au travail sérieux pour une réelle coopération. Le changement majeur en Tunisie devra attendre le départ de Ben Ali. […] La Tunisie a de gros problèmes. Le Président Ben Ali est vieillissant, son régime est sclérosé et il n’y a pas de successeur évident.De nombreux Tunisiens sont frustrés par le manque de libertés politiques et éprouvent de la colère envers la famille présidentielle, la corruption, le chômage élevé et les inégalités régionales.L’extrémisme fait peser une menace permanente. […] La Tunisie est un État policier, avec peu de liberté d’expression et d’association, et de graves problèmes de droits humains. […] Pour chaque pas en avant, il y en a un autre en arrière, par exemple le récent rachat d’importants médias privés par des personnes proches du président Ben Ali. [Ben Ali] et son régime ont perdu le contact avec le peuple tunisien. Ils ne tolèrent pas de conseils ou de critiques, nationales fussent-elles ou internationales.Ils s’appuient de plus en plus sur le contrôle par la police et se concentre sur la préservation du pouvoir.La corruption dans les premiers cercles s’accentue. Même les Tunisiens moyens sont à présent très conscients de cela, et les voix de leurs plaintes s’amplifient.

Le Président Ben Ali est vieillissant : le changement majeur en Tunisie devra attendre le départ de Ben Ali !!

Les documents confirment donc le bilan fait par nombre d’opposants, et défenseurs des droits humains. Mieux encore ils étayent cette thèse d’arguments et en présentent même un de plus. Mais comme le notait le bolg Nawaat, l’alternative d’une opposition existante n’est jamais évoquée. Il est nullement question d’un representant de l’un des oppositions. Cela souligne une fois de plus le peu d’efficacité des mouvements d’opposition, l’inexistence ou la faible présence de liens entre opposition et diplomatie étrangère. Pire encore, la diplomatie US semble étudier des alternatives émanant du régime Ben Ali. En effet, Morjane est présenté comme le préféré de la diplomatie US, tout en présentant Matri comme un candidat possible. L’histoire semble donc se répéter, les candidats à la succession sont encore une fois les bras même de ce régime. Cela rappelle étrangement la fin de régne de Bourguiba! Qu’attend l’opposition pour brancher ses câbles diplomatiques? Et si c’est fait, pourquoi aussi peut d’impact ??

Mais ne tirons pas de conclusions trop attives. Les documents révélés ne sont qu’une vingtaine des 1055 annoncés!

To be continued…

Retrouvez les documents révélés par Nawaat à ces adresses :

  • Tunileaks (en https)
  • Tunileaks sur Google Docs (en https)
  • Tunilaks en PDF sur Scribd.com (en https)
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