Il est un pays où il est préférable de ne jamais en parler, même pas dans un petit encadré dans la page “Nécrologie”. Il s’agit bel et bien de notre chère Tunisie.
Les rédactions du monde entier, plus précisément celles qui se respectent, essaient un tant soit peu d’éviter de parler de la chronique politique de ce pays et ce pour une raison on ne peut plus dérangeante pour une rédaction : à la moindre critique, à la première remise en question de telle ou telle approche, la représentation diplomatique tunisienne la plus proche intervient, en invoquant son droit de réponse, dont les textes sont soumis au même guide rédactionnel :

1- jauger l’identité du journal. Cet exercice “intellectuel” prend en compte le pays où paraît le journal “incriminé”, ses réseaux, obédiences ou sensibilités politiques …

2- dans des journaux plus ou moins “respectables”, le droit de réponse est d’une “diplomatie” inouïe. Dans d’autres journaux, “moins respectables”, tous les coups sont permis.

Dans le premier cas, on se contente de rappeler les “témoignages et autres certificats de bonne conduite” octroyés à la Tunisie par les plus hautes instances internationales, notamment économiques.
Dans le second cas, on peut se permettre d’accuser l’auteur de l’article en question de “personne à la solde d’une idéologie, d’un parti politique ou d’une organisation mafieuse”.
Mais, dans les deux cas, on oubliera surtout que le journal à qui on s’adresse ne remet pas en cause les acquis socio-économiques de la Tunisie. Bien au contraire, il en fait la base de son questionnement sur le pourquoi du déficit démocratique du pays.

La donne change, par ailleurs, quand l’auteur du papier est tunisien. S’il est basé en Tunisie même, comme Sofiène Chourabi ou Ismaïl Dbara, on soulignera qu’il “fait son travail en paix, sans entraves aucunes”. Autrement dit, s’il est en mesure d’exercer son boulot, ce n’est que grâce à la “gentillesse et la générosité” des autorités locales.
Si le journaliste est basé à l’Etranger, on maintiendra, dans la riposte, qu’il s’égare de la réalité.

Par ailleurs, les représailles sont moins “diplomatiques” dans les versions électroniques des papiers “du diable”. Là, place à des “odes” on ne peut plus sincères d’internautes “désintéressés” par l’activisme politique mais bien “soucieux” de mettre à nu les “pseudo-opposants”, très “mal placés pour nous donner des leçons”.
Là, aussi, on peut mentionner deux cas de figures fort “sympathiques”. Si le site Internet est pro-islamiste, relevant d’une partie gouvernementale, notamment saoudienne, on claironnera dans les réactions “spontanées” et surtout pas “téléguidées” que notre cher pays n’interdit pas le voile et investit dans la restauration des lieux de culte et encourage les médias et autres radios coraniques. Le ministre des Affaires religieuses, en personne, avait déclaré au journal londonien Al Hayat que “le voile n’était pas interdit dans nos murs”. Lui, qui criait haut et fort, il y a quelques années, que le “voilé était une dissonance”.
Revenons à nos moutons.
Si le site est laïc, surtout quand c’est dans un pays occidental, on nous dissuadera de la démocratie, “qui finira par ramener les méchants islamistes au pouvoir”.

Au final, les médias, ceux qui se respectent, ont trouvé la réponse magique aux droits de réponses émanant de nos représentations diplomatiques : “on ne publiera votre réponse que si et seulement si l’ambassade est mentionnée dans le papier en question”.
Ceux qui les publient toujours le font pour l’unique but de démontrer à quel point les autorités tunisiennes sont-elles devenues susceptibles à la moindre critique. Et, au-delà de cela, combien est-il difficile d’être journaliste en Tunisie ou spécialiste de la Tunisie.

Les représentations diplomatiques sont secondées par d’autres “bénévoles” : les précieux journaux “trop indépendants” qui détiennent “des documents super confidentiels” sur les “pseudo-journalistes” et les véritables “troubles-fêtes”. Les mêmes que George W. Bush avaient sur les armes de destruction massive et les liens entre le méchant Saddam et l’intraîtable Oussama, à la veille de son attaque “trop juste et humaniste” contre l’Irak.

Source : Le blog de Bassam Bounenni.

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