Le contrôle des médias par le Président-candidat Ben Ali contourné avec les télévisions satellitaires

Il est peu de dire que la liberté d’expression est limitée en Tunisie. Le Président Ben Ali, candidat à sa propre succession le 25 octobre, occupe l’ensemble de l’espace public. L’agence de presse officielle dicte pour ce faire aux médias ce qu’ils doivent rapporter. Mais l’arrivée de médias satellitaires basés à l’étranger laisse désormais aux citoyens la possibilité de disposer d’une version alternative.

Le Président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali a fait, en septembre, la sortie des mosquées. La radio religieuse Zitouna, dont son gendre Sidi El Materi est propriétaire, a en effet distribué à la sortie de la prière des sacs en plastique portant la mention « Ben Ali 2009 ». Cet exemple est choisi dans un rapport par la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) pour illustrer l’omniprésence du chef de l’Etat dans l’espace public. Suite à un appel du Président Ben Ali il y a presque trois ans, des milliers d’associations professionnelles ou caritatives ont été mobilisées en permanence pour défendre son œuvre de réforme. Enfin, on ne compte plus dans les rues de Tunisie les affiches et banderoles à la gloire du président. Leur installation a eu lieu bien avant le 11 octobre, premier des treize jours de campagne officielle avant l’élection du 25 octobre.

La presse n’est pas en reste : malgré les deux cents journaux répertoriés, seuls trois titres, édités par des partis d’opposition, osent une critique frontale du pouvoir. Reporters sans frontières (RSF) dénonce les pressions exercées par le régime sur les marchands de journaux pour éviter qu’ils ne les distribuent. Le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL), parti de Mustapha Ben Jaafar, a ainsi dû réduire drastiquement le nombre d’exemplaires imprimés de son journal Mouwatinoun (« Citoyens »), vendu désormais principalement par les militants eux-mêmes. Les journaux Essabah et Le Temps, qui s’autorisaient parfois quelques libertés par rapport à la ligne officielle, ont été rachetés par Sidi El Materi, déplore la FIDH. Ne reste, dans la presse sous influence, que Réalités pour « s’essaye[r] à une timide liberté de ton ».

L’accès aux sites Internet et blogs dont le contenu déplaît au pouvoir, à l’image d’Afrik.com, sont par ailleurs systématiquement censurés. Les blogueurs tunisiens ont par ailleurs inventé le personnage fictif de « Ammar 404 », en référence à l’« erreur 404 » indiquant sur Internet une adresse introuvable. Egalement surnommé « Mkass » (« ciseaux »), il représente à leurs yeux la censure exercée par l’Agence tunisienne d’Internet (ATI).

Le mur de la désinformation se fissure

La chaîne de télévision Hannibal TV et la station de radio Mosaïque FM ont marginalisé depuis quelques années les médias officiels, selon RSF. On y a aborde des sujets ayant trait à l’identité, la sexualité, le chômage, l’émigration, le népotisme dans les affaires, etc. Mais demeure un grand interdit : les dossiers politiques de fond. Les bulletins d’information restent par ailleurs alignés sur l’agence officielle, Tunis Afrique Presse.

Les chaînes satellitaires ont par contre causé un véritable bouleversement en mettant fin au traitement unilatéral de l’information. La FIDH relève que la chaîne qatarie Al Jazira, qui reçoit régulièrement des opposants au régime, est l’objet de nombreuses campagnes de dénigrement. Ces attaques sont particulièrement fortes depuis juillet, après la couverture d’une conférence sur le droit au retour des Tunisiens exilés. France 24 et la BBC invitent également occasionnellement des opposants à s’exprimer sur leurs antennes.

Afrik.com

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