Photo volée du procès des manifestants du bassin minier de Gafsa : Taoufik HouijLa chambre criminelle du tribunal de première instance de Gafsa, chef-lieu du bassin minier du sud-ouest tunisien secoué par des troubles sociaux, a prononcé jeudi soir son verdict contre les dirigeants de ce mouvement de contestation au terme d’un procès émaillé d’incidents, a-t-on appris de sources judiciaires.

Selon le jugement, 33 prévenus parmi les 38 impliqués, ont été condamnés à des peines allant de deux ans d’emprisonnement avec sursis à dix ans de prison ferme. Les cinq autres ont été relaxés.

D’après l’avocat Bassam Trifi, Adnane Hajji, considéré comme le leader du mouvement, a écopé de 10 ans de réclusion, tout comme plusieurs autres syndicalistes.

Jugés par défaut, le correspondant de la chaîne dissidente Al-Hiwar émettant depuis l’Italie, Fahem Boukaddous, a été condamné à 12 ans d’emprisonnement et le coordinateur d’un comité de soutien des habitants de Gafsa en France Mohieddine Cherbib, à deux ans.

Les prévenus avaient été arrêtés à la suite de l’agitation survenue depuis janvier dernier dans cette région riche en phosphates du sud-ouest tunisien, sur fond de revendications sociales: chômage, cherté de la vie, corruption et népotisme.

Ils étaient poursuivis pour “participation à une entente criminelle en vue de commettre des attentats contre les personnes et les biens, rébellion armée commise par plus de dix personnes et troubles à l’ordre public”.

Il leur est reproché d’avoir lancé des projectiles et objets incendiaires contre les forces de l’ordre et dressé des barrages sur les routes et les voies ferroviaires “dans le dessein de paralyser, par la violence et la force, toute activité économique dans la région”.

“Des attaques étaient minutieusement préparées et exécutées contre les édifices publics et privés, outre les cas multiples d’atteinte à la propriété d’autrui”, selon les autorités qui accusent les dirigeants du mouvement de contestation d’avoir “préparé un véritable plan d’action appelant à la désobéissance civile et à la rébellion”.

L’audience a débuté dans la matinée par un incident entre le président du tribunal et les avocats de la défense qui se sont opposés à la lecture de l’acte d’accusation par le président du tribunal, en réclamant au préalable des réponses aux demandes préliminaires qu’ils avaient formulées.

Ces demandes portaient notamment sur une expertise médicale sur les détenus qui se disent avoir été victimes de tortures et la présentation d’objets à charge saisis lors de l’arrestation des manifestants.

Selon Me Trifi, le juge a fait abstraction de ces requêtes et décidé la levée de l’audience séance tenante, une décision qui a suscité des protestations dans la salle et l’évacuation “sans ménagement” des prévenus.

Version contradictoire des autorités qui accusent les avocats de la défense d’avoir “affiché leur hostilité au respect de la procédure telle que prévue par la loi” et d’avoir “refusé de présenter leurs plaidoiries afin que leurs demandes formelles soient examinées en même temps que le dossier quant au fond”.

Ce n’est que tard dans la soirée, que les juges sont revenus à la salle d’audience “encadrée par une centaine de policiers”, selon Me Trifi, pour prononcer le verdict.

Dénonçant “un simulacre de procès”, les avocats ont vivement protesté contre le jugement rendu “sans plaidoiries, sans interrogatoire des prévenus et sans aucune garantie”, a relaté l’avocat qui a déclaré à l’Associated Press que la défense interjettera appel du jugement.

Par Bouazza Ben Bouazza – ASSOCIATED PRESS – Le jeudi 11 décembre 2008

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