Crédit photo : www.liberte-algerie.com

La blogosphère algérienne est animée depuis quelques semaines suite à deux affaires qui ont fait polémique sur l’espace public et dont “la star “est la ministre de la culture. Il s’agit du limogeage de Amine Zaoui, directeur de la bibliothèque nationale et de la censure du nouvel ouvrage du journaliste Mohamed Benchicou « Journal d’un homme libre ». Les raisons invoquées par la ministre : « incompétence » pour le premier et « diffamation » pour le second.

De nombreux blogs et sites ont connu une grande effervescence suite au buzz médiatique, en enregistrant une augmentation de visiteurs et de commentaires. Même la communauté Facebook s’en est mêlée puisque des groupes ont été crées et certains internautes sont tellement déterminés qu’ils appellent à un débat « facebookien » pour le sauvetage de la démocratie en Algérie. « La blogosphère est avant tout un espace de liberté devant le black-out des médias publics et la frilosité des titres privés, c’est aussi le seul espace où le citoyen algérien lambda peut s’exprimer librement » nous déclare un journaliste algérien.

Intellectuels, poètes, et journalistes sont les premiers à dénoncer ces deux affaires et ils fustigent une volonté du pouvoir d’asphyxier la liberté d’expression en général. Sur le site d’informations généralistes de Mohamed Benchicou [1], on trouve des témoignages de sympathie – NDLR-après deux ans de prison, le journaliste est considéré désormais comme un symbole de résistance et de rébellion – ou on peut lire des message de soutien ou de condamnation de cette censure. Et l’affaire du limogeage du directeur de la bibliothèque nationale a aussi suscité un débat sur le net. D’ailleurs de nombreux écrivains, poètes algériens, tunisiens et marocains ont signé des pétitions en ligne.

Ces deux affaires ne sont nullement inédites dans un pays où l’autoritarisme est l’espace le mieux assumé. D’ailleurs, la ministre de la culture a affirmé sa position : “j’assume” pour la censure du livre, invoquant que « la constitution qui garantit l’honneur des citoyens et le code pénal condamnent les atteintes à la révolution, à l’honneur du chef de l’Etat et celui des fonctionnaires des corps constitués ». Dans le cas du directeur de la bibliothèque nationale, la ministre a parlé, du moins à travers un communiqué du ministère, « d’incompétence ».

Suite à ces deux décisions, il y a eu une extraordinaire levée de boucliers. Dans son blog, Benchicou contre-attaque et tente de répondre à la ministre en publiant des extraits de son ouvrage mettant en doute les affirmations de la ministre qui est arrivée à dire qu’elle avait évité la prison à son auteur. D’autres blogs considèrent que ces deux affaires peuvent cacher l’actualité réelle d’aujourd’hui, marquée par la propension à l’hyperprésidentialisme d’une nouvelle constitution faite sur mesure pour le Président. Le débat est chaud. Les uns considèrent, à force d’arguments, que c’est le retour de la censure et de l’unilatéralisme, les autres avancent l’idée que le pays n’a pas changé fonctionnant toujours comme une simple dictature.

Pendant ce temps là, Internet reste la vedette du top 10 des loisirs de la population algérienne, jeune pour la quasi majorité. Ce média social est de plus en plus vulgarisé en Algérie, avec la multiplication des cybers-espaces et les offres pour les particuliers. « Le net est le seul espace où on peut dire ce qu’on pense en toute liberté afin de faire bouger les choses ! » nous confie un jeune étudiant algérien de 22 ans. L’Algérie est-elle en train de vivre sa période de cyber-militantisme ? Affaire à suivre…

Source : Haut Courant


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