Les carnets de Voyage de Alyssa

Qu’il est difficile d’aller et de séjourner au Turkménistan ! A Kabul l’ambassade qui a été déjà très généreuse de me promettre 5 jours de transit a finalement décide de ne m’accorder que 3 jours au total, y compris mon jour d’entrée et mon jour de départ, autant dire, un jour et demi puisqu’on passe au moins une journée en transport. En passant la frontière je suis saisie par un spectacle assez parlant: les immeubles dont les balcons sont tous équipes de paraboles, tant il y en a qu’on ne voit plus qu’elles, autant d’oreilles dirigées vers le monde extérieur, car la télévision locale est d’une telle pauvreté, et serine inlassablement les mêmes messages, ou plutôt slogans et bénédictions et presque prières a la gloire de leur président. Mais s’il y a des oreilles attentives au monde extérieur, il n’y a point de bouches. Ici pas de risque de censure concernant Internet, le problème est réglé a la base, il n’y en a pas! La presse étrangère est absente, il y a bien des téléphones mobiles, mais le réseau est limite et les appels ne sont possibles qu’a l’intérieur du pays, pas vers l’étranger, et pour les touristes, impossible d’obtenir une SIM CARD locale! D’autre part la police est partout. Mais même 3 jours sont suffisamment pour prendre le pouls du pays et faire le plein de photos, et grâce à la technologie on arrive à contourner ces obstacles mineurs pour moi.

A la gare de Marry ou je suis allée pour acheter un billet de train en wagon-couchette pour rejoindre Eshqabad, on me dit que le train part a 10:00 du soir, mais que la vente des billets n’est ouverte qu’a partir de 7:00. Je demande s’il y a des couchettes, on me dit que oui. Bon, cela me laisse quelques heures de battement qui devraient me permettre d’aller visiter Merv, la vielle cite située a quelques kilomètres et qui est le seul héritage culturel intéressant dans le pays.

Je souhaite déposer mon sac a dos a la consigne mais c’est ferme… mon sac est déjà très lourd, je demande au restaurant d’a cote s’ils peuvent me le garder deux petites heures, on me signifie que non. Je pars donc avec mon chargement sur le dos pour prendre quelques photos de la ville, et abandonne l’idée de Merv, déjà je trouve les gens peu serviables, mais une petite halte dans le marche pour prendre quelques victuailles m’a permis de côtoyer des turkmènes très sympathiques, surtout les femmes qui m’ont généreusement approvisionnés. Je reste avec elles pour prendre le the lorsqu’un homme en chapeau traditionnel poilu-crépu passe entre les rangées de marchandises et tape dedans avec sa canne, les femmes lui donnent un billet ou deux. Je leur demande pourquoi, et elles me disent c’est un augure pour que la marchandise se vende et les sacs se vident. Le bonhomme sans vergogne a trouve une source de revenu dans la simplicité et la crédulité de travailleuses qui croient que c’est un saint homme. Que c’est facile tout cela! Je n’ai pas vu plus paresseux que les hommes, partout.

Retour a la gare avant 7:00, il y a déjà foule, on doit jouer des coudes, on ne parle que turkmène ici et moi avec mon russe ou mon anglais je vais me promener ailleurs, entre les 3 guichets qui chacun m’envoie a l’autre. Pour finir, je fais comme tout le monde et bouscule pour arriver au guichet et insiste pour avoir mon billet. On me le donne pour finir mais c’est un siège assis, et le trajet est de 10 heurs, peu engageant comme perspective, surtout que la vue du train ne me rassure pas sur le confort à excepter. Que fais-je? Prendre une chambre pour la nuit? Pendant que je cogite on m’aborde: Eshqabad ? je dis oui, on m’indique une voiture et on me dit, 100 manat, je discute pour 80, j’embarque finalement parce que le temps court et que si j’attends demain, il me faudra gaspiller encore une journée en transport, je ne verrai rien du pays. Par bonheur deux dames arrivent quelques minutes après, nous sommes assez nombreux pour ne pas attendre l’hypothétique 4me passager et notre chauffeur démarre. Nous roulons de nuit à travers le désert du Karakum jusqu’a 3 heures du matin, cela fait 6 heures de route.

L’arrivée a Ashgabad de nuit est hallucinante, les néons, les larges avenues propres, lessivées, ombragées, les fontaines gigantesques, les immeubles tout blancs tout neufs. Mon chauffeur dépose ces dames à leur destination puis m’emmène vers le Ashqabad hotel, en plein centre ville. Je suis trop fatiguée, et prend la chambre pour 30$ mais on me fait 50% de rabais pour la première nuit. Quand je me réveille le lendemain et sors pour aller me restaurer, je crois être dans un film de science-fiction! Les immeubles de marbre blancs se côtoient et on ne finit pas de construire des plus gigantesques, on se croiserait a Long Island. Dans le quartier de Berzengi, la folie atteint son apogée, les fontaines, les gazons dignes d’un jardin anglais, les turkmenes semblent n’avoir que deux occupations: entretenir les jardins et laver les façades du sable du désert qui fatalement se dépose tous les jours !!!…

On doit tout cela a la folie de leur président dont on n’ose même pas prononcer le nom, partout il est Saparmurat Turkmenbashi, on a oublie qu’il s’appelle Nyazov. Lorsqu’il a fait sa conversion publique en 1998 en répudiant le communisme et embrassant l’Islam, il a fait un pèlerinage a la Mecque, il est rentre avec un cheque de 10 milliards de dollars, et c’est le meilleur usage qu’il a pu faire de tout cet argent. Il a fait construire une mosquée a laquelle les Turkmenes sont appelés à se rendre en pèlerinage, il a écrit son texte de la constitution, le Ruhnama, et l’a fait relie sous forme de Coran, ses paroles sont paroles non pas d’évangile mais sacro-saintes ! Et comment peut-on dire encore qu’il soit musulman ? Des statues en or de sa propre personne sont a tous les coins de Eshaqbad, le comble du ridicule a mon avis c’est le monument de commémoration du tremblement de terre qui en 1945 à détruisit Ashgabad, un taureau soulevant la terre sur ses cornes, et la grâce divine qui sauve des décombres l’enfant miracle, golden boy, Super Murat!

Par contre, en se renseignant auprès des turkmenes âgés, on sait ou les trouver et qui par bonheur parlent russe ce qui facilite la communication, on apprend que le salaire moyen est d’environ 100$ par mois, dans tout le pays il n’y a qu’un seul hôpital digne de ce nom, partout ailleurs ce sont des dispensaires mal équipés, il y a pénurie de médecins, et les médicaments made in India absolument inefficaces ; les malades graves doivent se déplacer jusqu’a la capitale. Des qu’on quitte la capitale les routes sont moins bonnes et ne parlons pas des transports publics dignes d’un musée. Les programmes scolaires flattent le sentiment nationaliste et chantent les louanges de Sapermurat, on n’enseigne qu’en Turkmène, une manière d’isoler les esprits des influences étrangères, quant a l’Université, beau bâtiment qui porte sur son frontons l’effigie de Sapermurat, il y a pénurie de professeurs suffisamment formes, et partant peu de disciplines sont enseignées. En dehors de l’administration assurée par les Turkmenes, tout le reste est assure par les russes qui sont restes dans le pays après l’éclatement de l’URSS, les médecins, les techniciens, les artistes, et beaucoup des turcs.

Le pays qui se trouve au cœur du désert de Karakum n’a pas d’agriculture, ou si peu le long du fleuve, mais pas assez pour être autosuffisant, pas de richesses minières, et pas d’industrie, alors pourquoi former des universitaires qui n’auront pas de travail ? Ici les aspirations sont de devenir serviteur de l’état, entrer dans la police ou l’armée, et surtout être garde-frontière, parce qu’on se fait pas mal d’argent avec la corruption et les amendes…

Lorsque je pensais à Eshqabad, c’est son nom qui chantait à mon oreille: Eshq Abad, la ville de l’amour ! Maintenant, c’est devenu la ville de l’aberration. Un autre président a vie probablement, un autre dictateur mégalomane surement. Je vous laisse admirer ces quelques photos, surtout les statues prises au téléobjectif, car il est interdit de photographier Goldenboy.

Alyssa


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