Voici sur ce lien la version française du communiqué du « Comité de défense de Maître Mohammed Abbou », relatif aux développements du dossier et intitulé « Pouvoir politique et impasse procédurale » (paru dans sa version arabe sur Tunisnews n°1768 du 24 mars 2005).

En participant à la traduction de ce document avec Louisa Toscane, il m’a été difficile, en la publiant, de m’abstenir de faire quelques commentaires.

D’une part et en prenant connaissance des détails de l’affaire de Maître Abbou, tout Tunisien, encore une fois, devient le témoin des exactions intolérables de la machine politico-judiciaire tunsienne.

La loi tunisienne, les règles de procédures judiciaires à la base du socle qui fait notre citoyenneté sont foulées aux pieds de la manière la plus scandaleuse qui soit. Tout au long du communiqué du Comité de défense de Maître Abbou, nous sommes confrontés à des violations systématiques de la loi sous couvert et à l’instigation d’un pouvoir politique que ne connaît aucune limite.

Enlèvement d’un avocat, vol de sa voiture, agression des avocats constitués ainsi que de l’ensemble de la corporation en la personne de son bâtonnier, falsification des pièces du dossier, l’impossibilité de faire respecter les garanties juridiques, l’intervention d’une « armée de policiers » au cours de la procédure, l’aspect ridicule de la date du « 31 septembre »[sic] apposée sur un acte de procédure, acte de surcroît sans base légale… tout cela et bien d’autres éléments commis au vu et au su de tous. Certes tout cela n’est pas nouveau. Combien sont-ils à avoir vécu cet enfer de la répression policière sous le couvert d’une justice instrumentalisée ? Des jeunes de Zarzis aux prisonniers de l’injustice incarcérés depuis de très longues années, les prisons tunisiennes sont devenues les mouroirs de l’infamie.

Bien sûr, nous devons continuer et ne jamais cesser d’exiger la libération de toutes ces victimes. Mais au fond notre action ne devrait jamais s’arrêter là. Car au-delà de la personne de Maître Abbou et de toutes les autres victimes du régime, c’est cette incroyable apathie face à la violation de la loi que nous devons faire cesser. Aujourd’hui, j’éprouve une solidarité quasi viscérale avec Maître Abbou pour toute son action en ce sens et son parcours qui a consisté à stigmatiser les violations des droits les plus élémentaires du citoyen tunisien.

Non, l’enjeu de notre action ne doit pas envisager la libération de tel ou tel comme une fin en soi. La fin ultime de notre action devrait être celle qui ferait cesser les violations de nos droits et libertés de citoyen en toute impunité. Et en disant cela je songe également aux partis politiques de l’opposition dite « démocratique ». A cesdits partis j’aimerai lancer un cri du cœur : vous qui aspirez au renouveau de la démocratie en Tunisie, qu’êtes vous en mesure de faire et de sacrifier pour la cause d’une Tunisie au droit souverain. On ne vous demande ni de faire une révolution, ni d’appeler à la rébellion, mais simplement d’être jaloux à l’égard de nos institutions et intransigeants vis-à-vis des actes qui bafouent ce que nous sommes et ce que vous êtes. D’être intransigeants à chaque fois que l’on porte atteinte gravement à la loi. En somme, de faire appliquer l’existant, aussi imparfait soit-il. Et il ne s’agit pas là de simples déclarations d’intention ou de misérables communiqués, mais d’agir concrètement. En l’occurrence et le plus simplement au monde :

-  Qu’est-ce que l’on fait lorsqu’un citoyen comme A Zouari voit ses droits les plus élémentaires baffoués ?

-  Qu’est-ce que l’on fait lorsque des « gamins, ceux de Zarzis » se font condamner au gré des humeurs de celui qui décide ?

-  Qu’est-ce que l’on fait à chaque fois que la liberté de d’association est niée ?

-  Qu’est-ce que l’on fait lorsque l’institution judiciaire refuse même les dépôts de plainte à l’égard des actes de tortures et des agressions en tout genre ?

-  Qu’est-ce que l’on fait lorsque des canaux d’expression tant sur support papier qu’électronique sont censurés de la manière la plus arbitraire, y compris ceux des partis politiques légaux ?

-  Qu’est-ce que l’on fait lorsqu’un avocat comme Maître Abbou se voit privé de sa liberté et d’une partie de ses biens au mépris de la loi ?

-  Quelle réaction adopter face à des magistrats qui deviennent l’outil légaliste d’une machine politico-judiciaire qui broie nos concitoyens ?

-  Qu’est-ce que l’on fait lorsqu’un parti légalement formé se voit privé, au mépris de la loi, d’une salle publique pour tenir ses réunions afin d’exercer ses prérogatives ?

Bref, que faire et quelle attitude courageuse adopter à chaque fois que la loi est manifestement et gravement violée par le pouvoir ?

Certainement pas, en tout cas, organiser des réunions pour préparer les élections municipales. L’urgence n’est pas actuellement dans la continuation et le renforcement des mascarades électorales que nous connaissons, mais bien de trouver les moyens pour faire cesser les abjections qui frappent nos compatriotes et dont le dernier sur la liste, l’a été parce qu’il n’a jamais accepté ces abjections.

Astrubal, le 30 mars 2005

 


Lien vers la traduction du document :
http://www.nawaat.org/article.php3 ?id_article=499

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