A l’aube du Changement, les premiers jours de gouvernance de la nouvelle Tunisie, et pour redynamiser le tissu institutionnel, industriel et économique, Zine El Abidine Ben Ali a instauré une bonne pratique : les visites surprises. Une de ces visites a consisté, à l’époque, à se rendre à une usine de fabrication d’ampoules électriques.

A l’aube du Changement, les premiers jours de gouvernance de la nouvelle Tunisie, et pour redynamiser le tissu institutionnel, industriel et économique, Zine El Abidine Ben Ali a instauré une bonne pratique : les visites surprises. Une de ces visites a consisté, à l’époque, à se rendre à une usine de fabrication d’ampoules électriques.

Pour impulser les mises à niveau et les productions nationales de qualité face à la concurrence européenne, Zine s’est insurgé contre la durée de vie des ampoules fabriquées en Tunisie. Il s’était adressé à l’ingénieur de l’usine en ces termes : « est-ce que c’est le filament qui est la source du problème ? Quand une ampoule est grillée c’est à cause du filament qui a craqué ? Que peut-on faire pour remédier à ce problème  ? » L’ingénieur a répondu : « Monsieur le Président, il y a beaucoup de causes à cela, plusieurs paramètres rentrent en jeu ..  » Zine : « donc c’est le filament qui est la cause du problème ? comment peut-on améliorer cela ?  » Pendant que l’ingénieur cafouillait sans doute perturbé par la présence des caméras de la télévision nationale, Zine qui n’a pas les ressources pour tenir une discussion n’a pu garder qu’un mot d’une présentation technique qu’un de ses conseillers a dû lui faire en préparation de cette visite, et qu’il n’a plus arrêté de remâcher : « Le filament…le filament…le filament…  »

Si Zine a voulu accorder de l’importance au secteur des ampoules électriques, c’est parce que, tout le monde le sait bien, Zine a peur du noir. Il suffit à cela d’entendre les témoignages clandestins des employés de la S.T.E.G sur qui la pression est sans relâche pour éviter tout black-out sur la palais de Carthage et qui ne cessent de prendre toutes les précautions possibles et imaginables pour maintenir les zones occupées par Zine au gré de ses déplacements sous alimentation électrique. Toute coupure de lumière pourrait avoir un impacte néfaste sur l’état de Zine qui percevrait cela comme un signe précurseur d’un complot.

A cette époque Zine ne pouvait pas faire confiance aux produits nationaux, ce sont donc des entreprises étrangères qui ont remporté les appels d’offres pour l’éclairage de toutes ses maisons, palais et bunkers.

Mais Zine El Abidine Ben Ali, le guide et meneur suprême de la nation, l’homme politique unique au monde qui tient toutes ses promesses, continue de nous étonner par sa bienveillance et la réussite de ses projets et idées novatrices. Une quinzaine d’années après sa visite surprise à l’usine de fabrication d’ampoules électriques, Zine estime que l’industrie d’ampoules électriques en Tunisie est fin mûre et prête à tenir tête aux meilleurs produits occidentaux. Que cela en déplaise aux prévisions alarmistes et discours fatalistes qui entrevoient une catastrophe économique et nationale avec la mise en application imminente des accords de libre échange.

Pour témoigner de sa confiance, et dans le cadre de sa politique honorable du « mener en donnant l’exemple », Zine a décidé de refondre toutes les installations électriques du Palais de Carthage et les autres demeures de sa sainte famille pour qu’elles soient équipées de produits de fabrication nationale. L’ingénieur qui a travaillé avec grande compétence et persévérance pour réussir cette mise à niveau sera décoré à la suite de ces travaux par une médaille présidentielle, de quoi rendre jaloux Thomas Edison. Dans son discours de félicitations à l’occasion de la nouvelles année, Zine sommera toutes les citoyennes et tous les citoyens d’acheter des ampoules tunisiennes, et il paraphrasera un slogan marketing populaire : « ena tounsi, wou amboubti tounsiya  » (*)

En signe d’importance que Zine accorde aux ampoules électriques, et pour offrir le terrain favorable à leur prospérité, Zine qui ne manque pas d’idées a décidé d’inscrire l’année 2005 sous l’égide du thème « Tunis, Ville Lumière » (**)

En cette nuit du trente et un décembre deux mille quatre, les fêtes en Tunisie battront leur plein sous les lumières des filaments rayonnants et résistants que la Tunisie a su produire.
Au crépuscule du Changement, et en cette nuit de passage à l’année deux mille cinq, chacun garde au fond de lui une crainte : que les filaments cèdent, et que la Tunisie de retrouve dans le noir, pour une ère d’obscurité.


(*) « Je suis Tunisien et mon ampoule est tunisienne »
(**) note confidentielle : vu les marchés juteux que créera cette initiative, les chefs de bandes de la famille de Zine sont en course pour acquérir des usines de fabrication d’ampoules électriques à un prix dérisoire. La chasse est ouverte.

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