Quelques jours avant la clôture des travaux de la COP26, la Chine et les Etats-Unis, les plus grands pollueurs dans le monde, se sont engagés à réduire le réchauffement climatique et à contribuer positivement aux efforts internationaux visant à contenir le réchauffement planétaire en dessous de 2°C. La Tunisie ne fait pas partie des grands émetteurs de gaz polluants, mais subit ses conséquences. Ses émissions polluantes ne représentent que 0.07% de l’ensemble des émissions à l’échelle mondiale.

Les engagements de la Tunisie

D’après le document qui explique les Contributions Déterminées au niveau National (CDN) de la Tunisie, l’objectif principal est de « contenir l’augmentation de la température à un niveau compris entre 1.5° et 2°C, par rapport au niveau préindustriel », et de réduire à 45% son intensité carbone à l’horizon de 2030. L’intensité carbone est la corrélation entre les émissions de gaz à effets de serre générées par les unités industrielles, et le Produit Intérieur Brut (PIB). En d’autres termes, « C’est combien j’émets de dioxyde de carbone pour créer de la richesse », explique Mohamed Zmerli, le point focal de la CCNUCC à Nawaat. L’enjeu est ainsi de créer la richesse avec moins de gaz à effet de serre. D’où la nécessité de recourir à une transition énergétique.

Cette transition nécessiterait une mobilisation financière de la part de la communauté internationale, conformément à la « transparence de l’acte » prévue par l’accord de Paris sur le climat. La mise en œuvre de la contribution tunisienne en matière d’atténuation des émissions des gaz à effet de serre nécessite la mobilisation d’importants moyens financiers estimés à 19.3 milliards de dollars américains, dont 11.8 milliards pour le secteur de l’énergie. La Tunisie peut compter sur ses propres ressources à hauteur de 3.3 milliards de dollars.

Ces efforts d’atténuation seront orientés principalement vers l’énergie. Ce secteur stratégique représente à lui seul 75% des réductions des émissions, d’où la tendance à s’orienter vers une transition énergétique. « Nous avons lancé des appels à projets dans le cadre du Partenariat Public Privé (PPP) dans les énergies photovoltaïque et éolienne. Nous avons également installé une station photovoltaïque à Tozeur », affirme le point focal de la CCNUCC.

Difficile transition énergétique

Mais le modèle économique de la Tunisie se base essentiellement sur l’exploitation des ressources naturelles dans la création de la richesse, notamment dans les domaines de l’agriculture et du tourisme. « Notre modèle économique n’est pas compatible avec nos engagements, parce qu’on mise toujours sur les industries extractives polluantes pour créer de la richesse »,  précise Nidhal Attia, coordinateur de programme de la fondation Heinrich Boll en Tunisie. Et de rebondir : « La Tunisie fait face aux fluctuations de températures, aux inondations et aux incendies, d’où sa vulnérabilité aux changements climatiques. On ne parle plus de changement climatique, mais plutôt de crise climatique ».

Pour ce militant écologiste, il ne s’agit pas de vrais engagements internationaux pour lutter contre le changement climatique, mais de simples effets d’annonces et de déclarations de bonnes intentions. « Les pays pétroliers comme L’Arabie Saoudite n’ont pas présenté leurs plans face à la transition énergétique », relève-t-il depuis Glasgow où il a suivi les travaux de la COP26.

Le recours abusif aux engrais chimiques et à l’élevage génère respectivement le protoxyde d’azote (N2O) et le méthane (CH4), qui ont un grand potentiel d’émission des gaz à effet de serre. Le méthane, plus dense que le CO2, provient aussi des déchets, qui représentent le 3ème émetteur de gaz à effet de serre, selon Nidhal Attia.

Or côté local, la crise des déchets aggrave les tensions sociales, comme c’est le cas au niveau des décharges publiques à Borj Chakir, à 8 kms de Tunis, et en particulier à Agareb, dans le gouvernorat de Sfax. Et pour cause : l’entassement des ordures ménagères permet la fermentation des matières organiques, favorisant ainsi l’émission de méthane dans l’atmosphère. Or ce gaz à effet de serre a un pouvoir de réchauffement global 25 fois supérieur à celui du CO2. En outre, l’émission de méthane est aussi à l’origine d’incendies, comme celui qui s’est déclaré en juin 2019 à Borj Chakir.

Face à ces multiples difficultés, le chemin vers une économie respectueuse de l’environnement parait donc pour le moins semé d’embuches en Tunisie. Même si en l’occurrence, notre pays est amené à payer les pots cassés par des Etats autrement plus avantagés.

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