Phyllorhiza

Elles ne se pêchent pas, elles ne se mangent pas mais elles causent des piqûres plus ou moins bénignes. Il s’agit des méduses. Cet été, leur nombre a été particulièrement élevé, de quoi gâcher la baignade de beaucoup de Tunisiens. Saba Guellouz, spécialiste de la biodiversité marine et côtière, rappelle que les méduses ont toujours existé. Elles font partie de l’écosystème marin. Elles peuplent aussi bien les profondeurs abyssales que la surface des eaux. Ce pendant, elle souligne que « la gélification des océans a conduit à la prolifération de ces espèces gélatineuses comme les méduses », a-t-elle expliqué à Nawaat. Ce phénomène s’appelle la pullulation des méduses. Selon cette chercheuse, trois phénomènes ont entrainé cette prolifération des méduses : le réchauffement climatique, la surpêche et la pollution des océans. Les méduses prospèrent ainsi à cause de trois phénomènes causés par les actions des humains dans l’océan.

Réchauffement climatique

Selon le rapport de 2019 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) rattaché à l’ONU, « le réchauffement de l’eau et le bouleversement de la chimie de l’océan perturbent déjà les espèces à tous les niveaux du réseau alimentaire océanique, ce qui a des répercussions sur les écosystèmes marins et les populations qui en dépendent », lit-on dans le communiqué du Giec.  Et d’ajouter : « Jusqu’à présent, l’océan a absorbé plus de 90 % de la chaleur excédentaire du système climatique. D’ici à 2100, il absorbera 2 à 4 fois plus de chaleur que pendant la période allant de 1970 à l’heure actuelle si le réchauffement planétaire est limité à 2 °C, et jusqu’à 5 à 7 fois plus, si les émissions sont plus élevées. Le réchauffement de l’océan réduit le brassage entre les différentes couches d’eau et, en conséquence, diminue l’approvisionnement en oxygène et en nutriments nécessaire à la faune et à la flore marines ». Ces bouleversements de l’écosystème marin favorisent la prolifération de certaines espèces comme les méduses et la disparition d’autres, explique Saba Guellouz.

Rhopilema

Surpêche et pollution

Ce phénomène est accentué par la surpêche. « Plus il y a des méduses, moins il y a de poissons », alerte la scientifique. La surpêche conduit à la capture des jeunes poissons qui n’ont pas atteint l’âge de se produire. Or, ces poissons adultes à l’instar du thon, ou encore du maquereau se nourrissent des méduses », explique-t-elle. Ce déséquilibre de la chaine alimentaire est « un cercle vicieux », précise-t-elle. Ce déséquilibre se vérifie par la taille de plus en plus petite des poissons pêchés. La spécialiste parle de « loi de la jungle » en matière de surexploitation des ressources maritimes qui nuira à la durabilité de l’écosystème et à la disparition dans une dizaine d’années de certaines espèces de poissons.

La scientifique nuance toutefois l’impact de la diminution des tortues de mer sur la prolifération de l’envahisseur translucide. Se nourrissant des méduses, le nombre en baisse des tortues de mer causé par la destruction par l’Humain de leurs lieux de ponte « n’est pas vraiment la cause de la prolifération de cette espèce gélatineuse », estime-t-elle.

Autre facteur de la prolifération des méduses, la pollution des océans. « La pollution de la mer favorise le développement du plancton qui constitue la nourriture des méduses », explique le scientifique Sami Mhanni. Par ailleurs, certains individus d’espèces se nourrissant de méduses, meurent étouffés par les sacs en plastique gisant en mer.

Rhizostoma pulmo

En Tunisie, il existe 60 espèces de méduses, selon Mhanni. L’espèce de méduse rencontrée le plus cet été est la méduse bleue, ayant le nom scientifique, de Rhizostoma pulmo. Selon Saba Guellouz, cette espèce est peu dangereuse.

Face aux piqûres des méduses, il ne faut pas gratter la zone touchée, ni y mettre un désinfectant à base d’alcool, ni la rincer avec de l’eau douce. Il faut plutôt rincer la peau affectée par l’eau de mer, y mettre du sable pour retirer les filaments car ceux-ci sont la cause des brûlures, préconise Sami Mhanni. En cas, de piqûres plus importantes, le scientifique évoque les bienfaits de l’utilisation du vinaigre ou de l’eau de mer peu chauffée et la prise d’anti-douleurs. Pour sa part, Saba Guellouz insiste sur le fait que « l’enjeu dépasse la simple gêne causée par la piqûre de la méduse. Il s’agit d’abord de l’équilibre de l’écosystème auquel elles contribuent ».

 

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