Bab Alioua, Tunis, XIX siècle. Collection de la Bibliothèque du Congrès américain

La peste a frappé la Tunisie durant 17 mois, de 1784 à 1785, indique une étude de Valensi Lucette intitulée Calamités démographiques en Tunisie et en Méditerranée orientale aux XVIIIe et XIXe siècles. Le bilan a été très lourd : Tunis a perdu 18 mille habitants, « Tabarka, deux fois repeuplée, a servi deux fois de cimetière à ses nouveaux habitants », révèle la même source. A défaut de données statistiques, le bilan des dégâts physiques et matériels n’est guère précis. Certaines sources évoquent le décès du tiers de la population tunisienne estimée à l’époque à près de 800 mille habitants. La Tunisie a été touchée par ailleurs par deux épidémies sévères de choléra en 1849 et 1867.

Lorsque la peste a ravagé le pays

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la peste est transmise à l’homme par certains mammifères, via la bactérie Yersinia pestis. Elle se transmet à travers « la piqûre de puces infectées, par contact direct avec des tissus infectés et par inhalation de gouttelettes respiratoires infectées ». Elle se caractérise par l’apparition d’une fièvre brutale, une fatigue corporelle intense, des frissons, des nausées et des vomissements.

Des références historiques notent que ce fléau s’est abattu sur la Tunisie en 1701, avec les contingents turcs qui se sont installés à Porto Farina au Nord du pays. D’autres sources indiquent que la peste est venue de Tripoli, à travers les concentrations armées qui constituent « des proies désignées pour la contagion »  Et elle s’est propagée au Sud tunisien, depuis Djerba jusqu’à Sfax, puis s’est répandue dans les villes côtières : Sousse, Monastir et Soliman. Un autre scénario relayé par les historiens, celui de la contamination des pèlerins tunisiens venant d’Alexandrie « où la maladie sévit depuis 1783 ». Parmi 150 pèlerins, 10 personnes ont trouvé la mort. La peste a rapidement circulé dans les ports à travers les transports maritimes.

Le médecin et historien fraco-canadien Benoit Gaumer affirme dans une étude relative à « l’état sanitaire de la Tunisie sous le Protectorat français » que les moments de pic de l’expansion de la peste sont survenus en 1784 et en 1818. A partir de là, la Tunisie a commencé à adopter les normes d’hygiène publique similaires à celles mises en place dans les pays européens. Cependant, la veille sociale sur les précautions et les mesures préventives ont été très faibles et les unités de santé étaient dépourvues d’équipements anti-contagieux. Il n’y avait pas d’administration de quarantaine pour contrôler les déplacements des individus, ce qui a facilité la circulation de la bactérie. De plus, il y avait une résistance sociale face aux constructions du Bey, relatives à l’isolement et à l’hygiène.

Foule réunie autour d’un charmeur de serpents, Tunis, XIX siècle. Collection de la Bibliothèque du Congrès américain

Après la peste, le choléra

Selon l’OMS, « le choléra est une maladie diarrhéique aiguë, dont on peut mourir en quelques heures en l’absence de traitement ». Dans un premier temps, cette épidémie a touché la Tunisie en 1836. Il s’agissait à l’époque d’un choléra sporadique, c’est-à-dire un ensemble de symptômes d’inflammation du système digestif caractérisée par des diarrhées profuses.

Puis la Tunisie a été touchée par le choléra en 1849. Ce fléau est dû au développement des épidémies dans le monde entier. Le taux de mortalité a dépassé 100 décès par jour. Cette épidémie s’est déclarée dans un premier temps à Béja, puis elle s’est étendue aux autres régions. En 1850, le Bey s’est isolé à Carthage, puis à Porto Farina pour s’installer enfin à Mhamdia. A partir de 1856, le choléra a touché le sud du pays avant de se propager dans les autres régions. Certaines sources relèvent que le bilan de mortalité s’élève à 6000 habitants à Tunis uniquement.

Fiable infrastructure médicale

A la fin du 18ème siècle, le niveau de l’infrastructure médicale était médiocre. « Le Bey lui-même confie sa santé à des chrétiens, lesquels — étant donné le niveau des connaissances d’alors —sont capables de diagnostiquer la maladie, non pas de la guérir », peut- n lire dans « Calamités démographiques en Tunisie et en Méditerranée orientale aux XVIIIe et XIXe siècles ». De plus, les techniques médicales les plus sophistiquées pendant l’épidémie du 18ème siècle étaient des « vomitifs, incision des bubons».  Autant dire que cela n’était pas suffisant pour contenir l’épidémie.

Face à la pénurie des services de base, deux options sont offertes aux habitants : la fuite ou l’isolement. La fuite était beaucoup plus facile pour les populations pastorales en comparaison à celle des villes et villages. Tandis que l’isolement n’a pas été toujours l’option favorisée. Un médecin français relate que « l’agent de transmission de la peste, c’est, avec le rat, l’homme social, portant, avec son témoignage de solidarité et de piété familiales, les germes de la maladie. L’épidémie ne suit donc pas seulement les grandes routes, maritimes ou terrestres, du commerce. Elle s’infiltre par le menu réseau des chemins qui relient entre eux les villages, les tribus, les familles ». Les visites familiales, la fréquentation des lieux de culte, la présence aux funérailles sont des pratiques sociales qui représentent des trajectoires de contagion. En somme, le coronavirus fait resurgir les peurs séculaires que l’on croyait définitivement enterrées.

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