Crdit photo : Ahmed Zarrouki

Des pays comme la Corée de Sud, Taiwan ou l’Allemagne ont opté pour un dépistage massif du Covid-19. Cette stratégie est encensée par les médias et adoubée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). « Pour gagner, nous devons attaquer le virus avec des stratégies agressives et ciblées : tester chaque cas suspect, isoler chaque cas confirmé et retrouver puis placer en quarantaine chacune des personnes avec qui ils ont été en contact proche », a affirmé le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 23 mars. La Tunisie est-elle en mesure de le faire ?

Une question de moyens

La Corée de Sud, le Singapour ou encore Taiwan sont souvent cités comme des pays ayant opté pour  les meilleures stratégies de lutte contre le Covid-19, avec le dépistage massif qui leur a permis d’éviter les mesures strictes de confinement. Ces pays confrontés dans le passé à de grandes épidémies-SRAS en 2003, la crise de la grippe A (H1N1) en 2009- ont le mieux anticipé le Covid-19. Il en découle de plus gros moyens, notamment les tests de dépistage. Sauf que tous les Etats ne sont pas préparés à de telles épidémies et ne disposent pas de tels moyens. « En Tunisie, la politique entreprise était de dépister seulement les cas présentant des symptômes (…) On n’avait pas les tests rapides, ni les moyens logistiques pour les réaliser», a expliqué le directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, Hechmi Louzir.

Et de poursuivre : « à l’hôpital Charles Nicolle, on a un laboratoire de référence pour la grippe et les infections virales respiratoires. Il était chargé de faire le dépistage (…) Maintenant, on n’est plus dans une situation classique mais dans une phase d’épidémie », ajoute-t-il. Cette situation nécessite un changement de stratégie pour un dépistage plus actif, plaide-t-il. Cette stratégie cible les personnes à risque ne présentant pas de symptômes ou ayant des symptômes minimes et l’entourage des personnes en question. Dans la première phase, seules quelques centaines d’analyses de dépistage sont effectuées chaque jour d’abord à Charles Nicolle, puis dans les laboratoires l’Institut Pasteur et de l’hôpital militaire.

Alors que le syndicat des laboratoires privés avance que les laboratoires privés ont les équipements nécessaires et les compétences pour effectuer ces analyses, Hechmi Louzir rétorque que les tests de dépistage ne peuvent pas être effectués de façon massive. Pour lui, ils nécessitent des laboratoires équipés selon les normes de la biosécurité pour respecter les règles de confinement du virus. La manipulation de ces tests requiert également un personnel qualifié et ayant l’habitude de travailler sur ce type de virus. Les laboratoires privés sont mieux disposés, selon lui, pour effectuer les tests rapides.

Les tests en question sont des tests sérologiques faciles à utiliser. Ils se présentent sous forme de kits permettant de faire un prélèvement à l’aide d’un coton-tige inséré dans une narine, en vue de détecter les anticorps. La forte demande mondiale de ces kits a provoqué des difficultés d’approvisionnement touchant plusieurs pays.

Dépistage ciblé

En Tunisie, on s’oriente désormais vers un dépistage plus actif. Interviewé par la radio IFM, le 29 mars, le ministre de la Santé, Abdellatif Mekki,  a assuré qu’une commande de 500 mille kits est attendue dans une dizaine de jours. Mais l’utilisation de ces tests ne sera pas généralisée, a annoncé Nissaf Ben Alaya, directrice de l’Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes (OMNE), relevant du ministère de la Santé, le 30 mars. « Il faut être très prudent dans l’utilisation des tests. Ceux qu’on effectue actuellement sont valides, pour les autres tests, on risque d’avoir beaucoup de faux négatif, ce qui fausserait notre démarche », a-t-elle déclaré. Tout en confirmant l’usage futur des kits, elle annonce qu’il ciblera la population à risque, en l’occurrence les personnes présentant des symptômes et leur entourage. Afin de détecter cette population à risque, le ministère de la Santé en collaboration avec le ministère des Technologies de communication et de la transition numérique, a lancé l’application mobile gratuite « STOP Corona ». Il s’agit d’envoyer via un SMS un questionnaire à tous les citoyens pour vérifier s’ils présentent des symptômes du Covid-19. Les personnes ayant des symptômes seront contactées pour effectuer un test de dépistage. Selon Ben Alaya, cette application permet d’orienter des tests et de ne pas disperser les efforts du ministère, a-t-elle insisté. Par ailleurs, elle a annoncé une augmentation constante des tests effectués chaque jour. « On est passé de 200 à 300 tests à de 700 à 900 aujourd’hui », se félicite-t-elle.

Intervenu sur les ondes de la radio nationale, le 30 mars, le directeur général des soins de santé de base au ministère de la Santé, Chokri Hammouda a annoncé, quant à lui, que sept laboratoires sont désormais habilités à effectuer des tests de dépistage. Ce nombre augmentera dans les prochains jours, assure-t-il. Dans une interview accordée à Al-Wataniya, le 2 avril, le chef du gouvernement, Elyes Fakhfakh a avancé que l’objectif est d’assurer 800 milles tests de dépistage par jour. « Nous disposons actuellement 6000 tests, nous aurons 20 milles prochainement », a-t-il assuré.

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