« Si je commence à parler des besoins à Hay Hlel, il me faut des heures tellement nos revendications sont nombreuses. Et chaque cas social demande l’intervention de plusieurs acteurs », avertit Dorsaf Yakoubi, de l’association Moussenda. L’idée de lancer cette association est née en 2013 suite « aux promesses non-tenues des politiques », explique-t-elle. « Encore récemment lors de la campagne électorale, les différents candidats sont venus faire campagne avec un lot de promesses comme d’habitude. Cela fait des années qu’on entend le même discours, les mêmes engagements de la part des politiques, mais rien n’est fait sur le terrain », dénonce Dorsaf Yakoubi.

Pour une meilleure inclusion sociale

Pour venir en aide aux plus démunis, la militante associative s’appuie sur sa connaissance approfondie de Hay Hlel. « Ici, tout le monde se connait. Ce n’est donc pas difficile de repérer les situations à prendre en charge prioritairement », dit-elle. Dans certains cas, il s’agit carrément du besoin de se nourrir ou d’avoir un toit. Ayant fait quelques apparitions médiatiques, Dorsaf Yakoubi a gagné en notoriété, ce qui a facilité l’afflux de quelques aides financières ou en nature. « Ce sont tous des particuliers. D’ailleurs, ce sont presque les mêmes depuis des années », précise-t-elle.

Tout en valorisant la créativité des femmes de Hay Hlel qui gagnent leurs vies en fabriquant des kanoun, la présidente de Moussenda exprime son regret quant à la situation des familles qu’elle qualifie de « ravagées » ; des personnes habitant dans des maisons vétustes, des mères prenant en charge toute une famille, des pères drogués qui ne demandent qu’une prise en charge, des adolescents quittant les bancs de l’école et sombrant dans la délinquance et la drogue, etc. « Hay Hlel, à quelques kilomètres du centre-ville, est livrée à elle-même, comme si on ne veut pas nous voir. Il ne reste qu’à dresser un mur entre nous et le reste du monde », déplore-t-elle. Et d’ajouter : «Est-ce normal qu’une telle cité est sans pharmacie, sans collège, sans poste de police, sans transports publics, sans parler du dispensaire aux moyens rudimentaires ! », s’indigne Dorsaf.

Face aux nombreux appels à l’aide des habitants de Hay Hlel, Dorsaf Yakoubi tente de mobiliser d’autres associations. « Les ressources de Moussenda ne nous permettent pas d’être sur tous les fronts. Par exemple, nous orientons les malades de cancer sans ressources vers une association spécialisée », explique-t-elle. Cependant, la présidente de Moussenda tient à relever que les associations ne peuvent pas se substituer à l’Etat.

L’éducation comme planche de salut

Ayant la conviction que l’éducation peut être une planche de salut pour les enfants de Hay Hlel, Dorsaf Yakoubi collabore avec l’Institut Arabe des Droits de l’Homme (IADH) qui a créé des clubs de citoyenneté dans diverses régions et quartiers, dont un dans la cité voisine d’El Saida. 120 enfants issus des quartiers populaires dont 80 venus de Hay Hlel bénéficient gratuitement de cours de langues (français et anglais), de théâtre et de peinture. « Le nombre d‘enfants participants à ces clubs ne cesse d’augmenter », se félicite Dorsaf Yakoubi. Actif depuis un an et demi, ce club est accessible aux enfants trois jours par semaine et lors des vacances scolaires. « Beaucoup de cas sociaux s’expliquent par le fléau de l’abandon scolaire, qui entraîne par ricochet plus de délinquance à Hay Hlel », souligne-t-elle.

Autre bémol : l’accès à l’éducation. Après les études primaires, les enfants de Hay Hlel sont scolarisés au lycée de Bab Jedid ou celui de rue El Mahata. « Ils y vont à pieds car il n’y a pas de bus qui passe par la cité. Pour ceux qui ont les moyens, il faut compter un dinar pour les taxis collectifs. Quatre allers retours, cela équivaut à quatre dinars par jour. Ici, les gens n’ont pas les moyens pour de telles dépenses quotidiennes », explique la présidente de l’association Moussenda. Et elle poursuit :

Malheureusement, même après avoir surmonté ces difficultés et fini le cursus scolaire, les jeunes de Hay Hlel continuent à subir une certaine stigmatisation (…). La mention de Hay Hlel dans leur pièce d’identité est un handicap pour trouver de l’emploi.

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