Les acteurs candidats de 3ich Tounsi aux élections législatives 2019

A part les candidats sur ses listes, l’association, généreusement financée par Olfa Terras Rambourg elle-même candidate à la circonscription de Bizerte, a pu avoir le soutien de plusieurs artistes. Parmi eux, certains figures connues par leur attitude indocile face aux régimes successifs dont les rappeurs Klay BBJ et Ferif El Extranjero ainsi que l’actrice Sawsen Maalej.

Mobiliser des artistes « contre le système »

3ich Tounsi a présenté des listes de candidats pour les législatives tunisiennes dans l’ensemble des 33 circonscriptions électorales. Sur plusieurs listes figurent des acteurs, dont certains ont été chroniqueurs dans des émissions de talk show diffusées sur des chaînes privées. Créée en avril 2018, l’association 3ich Tounsi portait la casquette de « mouvement citoyen », avant de revendiquer un projet politique en décidant de recourir aux célébrités pour sa campagne.

Joint par Nawaat, Selim Ben Hassen, président de 3ich Tounsi et candidat aux législatives à la circonscription Tunis 1, explique que « l’artiste est un avant tout un citoyen, un membre  de la société, qui doit se mobiliser contre le « système », c’est-à-dire les politiciens gouvernant depuis 2011 ». Or, l’association a sollicité des artistes faisant partie, en majorité, de l’institution culturelle officielle et qui ont offert un produit de consommation de masse.

Le président de 3ich Tounsi explique à Nawaat qu’il a proposé aux artistes de se présenter aux élections législatives, en vue de rompre avec la structure parlementaire classique. D’après Ben Hassen, les artistes ont volontairement accepté de relever le défi. A ceux qui évoquent les grosses sommes d’argent payées aux artistes pour « encourager » leurs candidatures, Selim Ben Hassen rétorque : « On persuade les gens, mais on ne les achète pas ».

3ich Tounsi et les artistes : Qui a choisi l’autre ?

Contacté par Nawaat, Abdelhamid Gayess, tête de liste à Beja, trouve que 3ich Tounsi est un projet politique « prometteur ». « J’ai enquêté pour m’assurer du financement de 3ich Tounsi, souvent remis en doute. Une fois rassuré que son financement n’enfreint pas la loi, j’ai démarré ma campagne », déclare-t-il. « Je me déplace avec mes propres moyens, souvent à pied, et parfois les volontaires utilisent des vélos. On a imprimé les flyers avec notre propre argent », poursuit l’acteur.

Abdelhamid Gayyes

Pour sa part, Taoufik Bahri, connu par son rôle de Béji Matrix dans le sitcom « Choufli Hall », est candidat de 3ich Tounsi à Ben Arous. « On fait du porte-à-porte, on parle aux gens et on essaye de les convaincre de voter 3ich Tounsi. C’est un projet auquel je crois », explique t-il. « On n’a pas assez d’argent pour la campagne. On se déplace avec les moyens dont on dispose et on partage les sandwichs avec les volontaires ». En outre, il dément avoir reçu de l’argent pour se présenter.

Taoufik Bahri en train de distribuer des flyers 3ich Tounsi à Ben Arous

En revanche, Aziza Boulabiar, actrice depuis les années 60 au sein de la troupe théâtrale de la ville de Tunis et candidate de 3ich Tounsi au Kef, affirme : « Je suis une femme timide. Je ne peux pas parler en public. Je ne suis pas éloquente ni en arabe ni en français. Je ne peux faire que du théâtre ».

L’actrice s’est trouvée, à contrecœur, candidate sur la liste du Kef, alors qu’elle était à Tunis lorsque nous l’avons appelée. « Les gens de 3ich Tounsi sont très aimables. Ils m’ont demandé de signer la feuille de route et de les rejoindre dans la campagne électorale. Je n’ai pas pu refuser. Je me suis trouvée dans l’embarras », s’inquiète-t-elle. « Je ne suis pas faite pour la politique. Je suis essentiellement artiste », avoue Boulabiar.

La culture pour légitimer l’action politique

Avant de créer 3ich Tounsi, Olfa Terras a fondé en 2011, avec son mari Guillaume, la Fondation Rambourg pour l’art et la culture. D’ailleurs, elle a tenu à le rappeler lors de toutes ses apparitions médiatiques qui a précédé sa campagne. Une manière de légitimer son rapport à la chose publique.

Vu le contexte sociopolitique post-révolutionnaire, les activités de cette fondation se sont penchées notamment sur la valorisation des régions « les plus reculées ». Plusieurs projets ont été mis en place : la construction d’un centre culturel à Semmama, la création d’ateliers de cinéma dans 300 écoles dans les 24 gouvernorats du pays, la coproduction de films documentaires tels que « Girl of the moon » dont la réalisatrice a obtenu le prix Rambourg pour l’art et la culture en 2016, etc.

Sa démarche a provoqué une levée de bouclier en juin dernier. Le gouvernement a proposé, à un mois des dépôts des listes pour les législatives, d’introduire des amendements à la loi électorale dans le but de barrer la route, notamment, à 3ich Tounsi. Il consiste en un rejet des candidatures et annulation des résultats des candidats ou des listes ayant exercé une activité interdite aux partis politiques durant l’année précédant le scrutin législatif et présidentiel. Parmi ces activités, la publicité politique et l’obtention de financements étrangers. Adoptés au parlement par les députés de Tahya Tounes, Ennahdha, Attayar et certains élus de Nida Tounes, les amendements n’ont pas été paraphés par le président Béji Caïd Essebsi jusqu’à son décès. Par conséquent, ces amendements ne sont pas entrés en vigueur.

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