Les fins de ce recours à des citations du coran diffèrent. Le moyen est le même. En une heure d’interview, Béji Caid Essebsi a fait six recours à des références religieuses et quelques emprunts au champ lexical coranique. Le premier usage d’un verset avait pour objectif d’appuyer sa revendication politique d’un positionnement « centriste » et de l’affubler d’un habit sacré. Le deuxième recours à une référence religieuse visait à appuyer le changement de sa position vis-à-vis d’Ennahdha ainsi que sa décision de s’allier au parti islamiste en liant ses revirements à « la volonté de Dieu ». La troisième citation coranique, la plus remarquée et controversée, avait pour objectif de décrédibiliser Hamma Hammami, le chef de la principale coalition de l’opposition partisane. Quant à la quatrième, elle lui a servi à se montrer plus savant en religion que les détracteurs de son plaidoyer en faveur de l’égalité à l’héritage. « Moi et mes semblables savons bien lire le texte coranique », a-t-il revendiqué. Evasif sur une question de son interlocuteur, l’insistant Soufiane Ben Farhat, au sujet de son éventuelle candidature aux élections présidentielles de 2019, il rétorque que « la vie et la mort sont entre les mains de Dieu » avant de lâcher un « Dieu seul le sait » face aux rebonds de l’intervieweur.

Tout au long du reste de l’interview, le président Béji Caïd Essebsi a multiplié les esquives en faisant porter le chapeau à d’autres institutions ou au dispositif juridique. Le report des élections municipales à une date inconnue suite à son abstention de signer le décret de convocation du collège électoral, ce n’est pas lui. Il réfute en être, ne serait-ce que partiellement, responsable. Il a attribué la défaillance exclusivement aux deux sièges vacants du conseil de l’Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE). Toutefois, il n’évoque à aucun moment les tractations partisanes entre Nida Tounes et Ennahdha à l’origine du retard à combler les vacances au sein de l’ISIE. Les insinuations de son influence sur les pouvoirs exécutif et législatif à travers ses positions favorables à la majorité parlementaire ainsi que ses « conseils » au chef du gouvernement Youssef Chahed et au président de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) se retrouvent rangées bien loin. Or, son initiative législative sur l’amnistie administrative, votée et adoptée mercredi 13 septembre au parlement, a été imposée comme prioritaire au vote sur les candidats aux sièges vacants du conseil de l’ISIE.

D’ailleurs, il s’est plus tard déresponsabilisé aussi de la loi sur l’amnistie administrative en l’attribuant à la commission de la législation générale à l’ARP et en précisant que sa proposition législative concernait aussi les aspects économique et financier. Et les esquives se multiplient. Peu d’élus 7 ans après la révolution ? Il n’y est pour rien. C’est à cause des autres institutions, de la loi électorale et de la constitution. « Risque d’essoufflement » des électeurs avec trois scrutins en 18 mois ? « Si les gens y tiennent, il faut qu’ils fassent des sacrifices ».

En résumé, c’est à nous, électeurs, de faire des sacrifices. Le parti qu’il a fondé, désormais dirigé par son fils, peut reléguer les élections municipales au second plan. Il peut même les entraver, en accordant la priorité à l’amnistie des responsables clés de la machine de la corruption et d’une administration colonne vertébrale de la voyoucratie qu’était la Tunisie. Et il peut prendre tout le temps qu’il veut pour se préparer à la campagne électorale. Ils sont trop faibles en ce moment. Hafedh veut des prolongations. Cheikh Béji a exhaussé ses vœux. Amen.

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