Les chercheurs de Forbes ont passé au crible 1300 compagnies listées dans les bourses de 11 pays (l’Arabie Saoudite, le Qatar, Oman, la Jordanie, l’Egypte, le Koweït, le Bahreïn, les Emirats, le Liban, le Maroc et la Tunisie), en prenant en compte quatre facteurs : la valeur du marché, les ventes, les bénéfices nets et le total des actifs. Sans surprise, ce sont les pays du golfe qui dominent largement ce classement, notamment l’Arabie Saoudite avec 36 compagnies dont 5 qui figurent dans le Top 10, suivie par le Qatar et les Emirats avec respectivement 19 et 17 compagnies.

Evidemment, ce serait simpliste d’attribuer cette domination à l’unique vertu des pétrodollars. Conscients du fait que la manne pétrolière ne sera pas éternelle, ces pays ont fait un virage stratégique au cours des deux dernières décennies et se sont réorientés vers les services. En témoigne le classement : 49% des compagnies listées sont issues du secteur de la banque et des finances, suivi par les télécoms.

L’absence des entreprises tunisiennes de ce Top 100 est assez inquiétante, notamment celle des quatre plus grandes capitalisations boursières du pays : la SFBT, la BIAT, la Banque de Tunisie et le groupe Poulina. Car à elles seules, ces quatre entités représentent plus du tiers de la capitalisation boursière tunisienne (33,4%) et de la valeur du TUNINDEX (39,1%). Les raisons de cette absence sont multiples et variées.

Tout d’abord, contrairement à la majorité des sociétés listées dans ce classement, les grands groupes tunisiens n’ont pas emboité le pas de la mondialisation et ne se sont jamais inscrits dans une logique de conquête de marchés, que ce soit sur le plan régional ou continental. Malgré les nombreuses opportunités qui se sont présentées et malgré la taille limitée du marché local, ils se sont généralement contentés de jouir des situations de rente provenant des quasi-monopoles qui leur ont été accordés du fait de leur proximité au pouvoir politique. Ce n’est pas le cas du Maroc, seul pays maghrébin présent dans le classement avec quatre compagnies, dont AttijariWafa Bank (20ème) qui est partie à l’assaut de 17 pays sur le continent africain et de 6 autres sur le continent européen.

Il y a ensuite une nette perte de compétitivité des firmes tunisiennes, due au manque de développement du secteur financier et au déficit en termes d’innovation et de sophistication des affaires. C’est ce qu’a révélé le Global Competitivity Report 2017 du Forum Economique Mondial, où la Tunisie a dégringolé de 12 places en quatre éditions pour se retrouver au 95ème rang. Celui-ci révèle que les entreprises locales restent à la traine en termes de formation du personnel, de barrières non-tarifaires, de lois anti-monopoles, de capacité à retenir ou à attirer les talents, de recours au management professionnel, de conformité aux standards d’audits et de rapports d’activité, de nature des avantages compétitifs, de développement des pôles économiques et industriels, de dépenses en recherche et développement, etc… Il y a enfin les vecteurs conjoncturels qui ont affecté les performances de l’ensemble du tissu économique. Outre l‘instabilité politique et les attaques terroristes, la Tunisie traverse actuellement une grave crise économique avec un ralentissement de la croissance, un recul de la consommation et une dépréciation du dinar. La SFBT, la BIAT, la Banque de Tunisie et le groupe Poulina n’ont pas eu une rentabilité assez élevée pour compenser le risque lié à cette conjoncture.

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