La condamnation à un mois de prison de quatre mangeurs et d’un fumeur est injuste, méchante, abusive et inutile. Pas plus qu’un autre, je ne maitrise la langue des lois et encore moins l’argot de la jurisprudence. Quelques bribes, tout au plus, comme tout un chacun. Les chefs d’inculpation retenus contre ces personnes sont l’« atteinte aux bonnes mœurs » et « l’outrage public à la pudeur ». Je serais curieux de savoir d’où nous viennent ces notions et ce qu’elles recouvrent exactement dans notre législation.

Je trouve étrange en effet qu’un même article du code pénal sanctionne le fait de montrer ses fesses par la fenêtre et celui de manger ostensiblement en public durant le mois de ramadan. Du reste, est-ce de manger ou de fumer qui est puni ou de le faire dans un lieu public ? Quoi qu’il en soit, il semble fort douteux que le droit et le code pénal aient quoi que ce soit à voir avec cette décision de justice. Comme tout un chacun aussi, je sais que le droit est une matière extrêmement malléable, du chewing gum que mâchouillent les juges au gré de leurs humeurs si ce n’est des ordres qu’ils ont reçus. Seraient-elles formellement légales, ces condamnations demeurent toutefois injustes et ne sauraient elles-mêmes qu’être condamnées.

Que, dans la conjoncture actuelle, il y ait plus de policiers et de juges qui font du zèle dogmatique en tant que gardiens d’une foi que nos coutumes et nos traditions défendent heureusement bien mieux qu’eux, n’est en rien surprenant. Mais, à ceci près que désormais elles sont rendues publiques et – parfois – dénoncées, les injustices légales commises au nom de la religion ou des « bonnes mœurs », comme les récentes condamnations dont il est question ici, ne sont pas une chose nouvelle. Bien plutôt que l’application d’un plan démoniaque de nahdhaouisation ou de salafisation de la société, il faut surtout y voir l’expression de l’arbitraire policier et judiciaire, hérité de la dictature de Ben Ali.