Pourrait-on m’expliquer ? Je voudrais comprendre pourquoi la gauche tunisienne, et plus étonnamment encore la tendance qui se considère comme radicale, voue-t-elle une hostilité apparemment sans limite à Moncef Marzouki. Quand je dis Moncef Marzouki, j’entends aussi le parti qu’il a fondé, Harak Tounes El Irada, mais également d’autres formations politiques à l’instar Attayar Eddimocrati ainsi que la flopée de groupes, de tendances, de courants idées, issus pour certains de l’explosion du CPR, des marges d’Ennahdha, ou, plus généralement encore, de cette large et instable mouvance populaire (instable dans le sens où un produit chimique est instable) qui s’est plus ou moins reconnue dans Moncef Marzouki lors de la dernière élection présidentielle.

On veut (pour de mauvaises raisons, à mon avis) reprocher à l’ancien président de la République son alliance avec Ennahdha dans le cadre de la Troïka. On le soupçonne (avec malveillance et mauvaise foi) de n’être que le pantin de l’islamisme. Pour sa défense, outre la résolution et le caractère irréprochable de son engagement contre le régime de Ben Ali, qualités que peu d’opposants – y compris de gauche – ont partagé, on pourrait lui reconnaître d’avoir été l’un des rares à avoir compris que l’enracinement populaire d’Ennahdha n’était pas qu’une histoire de « conservatisme religieux » ou de manipulation, qu’il était, que l’on s’y reconnaisse ou non, l’une des expressions de la révolution – la révolution réelle, belle et moche à la fois – et non de la contre-révolution. A ces titres, le docteur, comme il aime qu’on s’en rappelle, mérite très certainement tout notre respect.