Ghardimaou : mobilisation citoyenne autour d’un point d’eau

Le vent souffle très fort sur les hauteurs d’Errakha, un petit village perché dans la montagne, à quelques kilomètres de Ghardimaou (gouvernorat de Jendouba). C’est ici que l’Association de Développement et d’Equité Sociale (ADES) a choisi de restaurer deux points d’eau pour les habitants du village. « Ils existent depuis plus de cinquante ans mais n’ont jamais été entretenus. Résultat : on pouvait rester des heures et des heures à attendre qu’un bidon se remplisse, sans parler de la couleur de l’eau qui sortait du robinet », déplore Nejib Ouerghi, président de l’association.

Pour que l’accès à l’eau potable soit un droit pour tous, l’ADES a répondu à l’appel à projets lancé par Fikra, un programme de soutien qui accompagne différents projets à travers des formations et un financement. Amina Ben Fadhl, sa directrice et les membres de l’association se sont ainsi retrouvés autour de ce projet de restauration de points d’eau, qui nécessitait à certains habitants de faire plus de 10 km pour rejoindre la source. Dans une région où les routes goudronnées sont rares et où les chemins deviennent impraticables dès qu’il pleut, chaque kilomètre compte.

Pour un filet d’eau

L’eau devenue rare, Jamil Ben Tayeb a vu le village se vider de ses habitants, attirés par les opportunités qu’offrent les villes alentours. Allongé sous un arbre, face à son petit potager, l’agriculteur ne montre pas beaucoup d’enthousiasme. D’un ton à la fois grave et serein, il alerte sur l’avenir de ce village qui l’a vu naître.

Tout le monde est parti d’ici. Moi je suis resté car c’est la terre de mes ancêtres.Jamil Ben Tayeb

Et de poursuivre : « Il n’y a pas d’avenir dans une région comme celle-ci. L’Etat ne fait rien pour nous. Les seuls à ne pas nous avoir tournés le dos est l’ADES. Ils nous aident à redonner vie à ce patelin». Ainsi, lorsque Nejib Ouerghi est venu à sa rencontre pour restaurer le point d’eau, Jamil a tout de suite répondu à l’appel. Le projet se voulait collectif et participatif.

« Le financement concernait l’achat du matériel, mais nous avons fonctionné avec une main-d’œuvre bénévole. En impliquant les habitants du village, nous voulions les amener à s’engager dans ce projet car après tout ce point d’eau est le leur », explique le président de l’association. Ainsi, l’équipe de bénévoles a réparé le point de captage dont le filtre n’avait pas été nettoyé depuis plusieurs décennies. Pour conserver l’eau, les habitants ont créé un réservoir qui permet de fournir de l’eau en permanence indépendamment des conditions géologiques. Le lieu de puisage a été lui aussi restauré. Ainsi, après de longues semaines de travaux, les habitants ont pu admirer le fruit de leur travail : un robinet qui fait couler une eau pure, à un débit normal. « Avec l’amélioration de ce point d’eau, on a vu les habitants reprendre confiance en eux : ils peuvent désormais pratiquer l’élevage ou l’agriculture maraîchère  », se réjouit Nejib Ouerghi. « Plus de 60 familles profitent aujourd’hui de cet accès à l’eau, c’est une réussite pour nous ».

Promouvoir la diversification des cultures

Forte de ce succès, l’association a choisi, en mars 2016, d’aller plus loin et d’encourager les habitants à travailler leurs terres. « Notre vision de l’agriculture se limite aux grandes cultures céréalières. Avec dix potagers-pilotes, nous souhaitons intégrer l’idée de l’agriculture maraîchère », explique le président de l’association. « Les habitants possèdent en moyenne 20 à 30 hectares de terres chacun, vous imaginez tout ce qu’ils pourraient produire ? ».

Fikra a pour objectif de contribuer au développement de la région du Nord-Ouest. L’idée est que la population de cette région puisse s’appuyer sur les ressources existantes afin de participer au développement social et économique de ses communautés. Sur les 44 projets financés par Fikra à cette date, 33 sont toujours actifs. Parmi eux, on trouve des projets dans le domaine de l’apiculture, de la distillation, de l’artisanat mais aussi de l’écotourisme et des projets culturels.

Ainsi, sur la parcelle de Jamil Ben Tayeb, nous trouvons du persil, des oignons, du piment, de la corète, etc. Rien de bien exceptionnel, si ce n’est que personne ici ne c’était dit qu’il était possible de planter autre chose que des céréales. « Nous pratiquons une agriculture biologique, c’est-à-dire sans utilisation d’engrais chimiques et de pesticides », souligne Marwa Herzi, une jeune ingénieure agronome qui accompagne les agriculteurs dans la mise en place des potagers. « Nous les initions à des méthodes qui permettent d’enrichir les sols, comme la rotation et la diversification des cultures, l’utilisation du compost ou encore le reboisement des surfaces nues », explique-t-elle. En effet, pour une région où le niveau de pluviométrie varie entre 800 à 1000 mm par an, les arbres se font rares.

Pour encourager leurs plantations, l’association a créé une pépinière qui permettra de fournir aux agriculteurs des arbres à un moindre coût. Seul bémol : la construction des socles a été faite en béton… sous les conseils d’un expert. Des solutions plus écologiques et économiques auraient pourtant été plus en cohérence avec l’environnement naturel dans lequel les plants vont grandir. Amina Ben Fadhl le reconnait :

C’est très difficile d’avoir des experts qui promeuvent autre chose qu’une une vision intensive de l’agriculture et un modèle de construction standardisé qui ne prend pas en compte les spécificités locale.

Un défi à relever pour la société civile dont l’introduction de méthodes plus respectueuses de l’environnement s’avèrent être un chantier à part entière dans un contexte où l’agriculture conventionnelle, c’est-à-dire la grande culture spécialisée, ne cesse de gagner du terrain.

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