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Dimanche 09 octobre, l’actualité majeure est la vente aux enchères de la récolte des dattes de l’oasis de Jemna. A l’heure où les réseaux sociaux pullulent de publications sur cet événement, couronnement d’une longue lutte citoyenne, le Journal de 20h de la Watania fait la sourde oreille. La rédaction a plutôt la tête aux événements institutionnels à faible valeur informative et aux consensuels sujets de société. Même si on pourrait lui accorder le bénéfice du doute en invoquant le manque d’effectif durant le week-end, le Journal de 20h du lundi 10 octobre persiste à faire preuve de l’indéfectible loyauté de la rédaction au sérail.

Watania, voix de la Kasbah

Nulle voix n’est au-dessus de la voix du gouvernement sur la Watania. Quand le Journal de 20h du lundi a abordé l’actualité de l’oasis de Jemna, il a attaqué avec le communiqué du ministère des Domaines de l’Etat. Dans une maladroite tentative équilibriste, le journal poursuit avec un reportage tourné à Jemna. Habitants et ouvriers y prennent la parole mais pas les principaux leaders du mouvement dont Tahar El Tahri, le président de l’Association de la protection des oasis de Jemna. Ça aurait été un crime de lèse-majesté. Encore mieux, ce reportage est suivi d’un retour sur la position de Mabrouk Korchid, secrétaire d’Etat chargé des Domaines de l’Etat et des affaires foncières. Au Journal de 20h de la Watania, la Kasbah doit avoir le premier et le dernier mot. « Union nationale » oblige. Asservie par le pouvoir exécutif, la chaîne, supposée être de service public, s’attache à son traditionnel alignement gouvernemental. Du côté des chaînes privées, Nessma est en première ligne de la résistance pour le maintien de l’ordre établi.

Sur Nessma, la discrimination anti-Jemna

« Le dossier Jemna entre la spoliation, les calculs politiques et la faiblesse de l’Etat », c’est le titre du débat qu’elle a consacré à cette actu dans son émission Ness Nessma News du mardi 11 octobre. « Ce dossier a rappelé un autre, celui de la corruption dans les domaines de l’Etat et leur exploitation », enchaîne l’animatrice. Sans aucune preuve ou quelconque élément d’appui, la machine de la diabolisation est activée. Bien évidemment, le volet social est complètement occulté. Idem celui d’une expérience singulière en termes d’économie solidaire. Comme la coutume le veut dans les débats de la chaîne des Karoui, la majorité des invités roulent dans le même sens. Le secrétaire d’Etat Mabrouk Korchid, l’avocat Imed Ben Halima et le chroniqueur de l’émission Khalifa Ben Salem, député du dernier parlement de Ben Ali, ont les violons bien accordés.

La seule fausse note est interprétée par un sympathisant de l’expérience Jemna. Il s’agit de Wissem Sghaier, militant de la société civile, membre du collectif Manich Msamah et de la Caravane de solidarité avec Jemna. Rappelant le boycott de Nessma par l’Association de protection de l’oasis de Jemna, Sghaïer s’étonne du faible temps de parole accordé à ses représentants dans l’édition du 15 septembre 2016 de la même émission. Il a été catégoriquement démenti par le chroniqueur et l’animatrice qui ne tardera pas à se faire discréditer, elle-même, à travers sa gestion tendancieuse du débat. Korchid y a bénéficié de plus de 12 minutes et demie de temps de parole. Ben Halima a eu 8 minutes. Idem pour Sghaier. Pour sa part, Ben Salem a bénéficié de 3 minutes de temps de parole. Le plateau a donc été largement dominé par les détracteurs de l’expérience de Jemna.

Place aux avocats de l’ancienne garde

« Jemna n’est pas une affaire sociale. C’est une affaire politico-financière », insiste l’avocat Imed Ben Halima. Toujours dans une vision exclusivement politicienne, il ajoute sans craindre le ridicule : « C’est une coalition entre l’extrême droite et l’extrême gauche ». Mais pourquoi est-invité par Nessma ? Représente-t-il un client concerné par l’affaire ? Non. Est-il un expert chevronné en affaires foncières ? Non plus. Mais Nessma ne représente une exception dans le paysage télévisuel. Des avocats hostiles aux contestations et sans rapport avec certains conflits sociaux sont fréquemment invités par les chaînes TV. C’est, par exemple, le cas de Nizar Ayed, invité dans Houna Al-An du lundi 10 octobre qui n’est « pas d’accord sur le ton diplomatique de monsieur le ministre ». Il préfère le ton martial.

Mais quelle tendance représentent ces messieurs-je-sais- tout qui vilipendent la classe politique pour son « incapacité à redorer le prestige de l’Etat » et les contestataires qui « imposent l’anarchie » ? Réponse à travers les précédentes affaires d’opinion publique où ils ont plaidé. Maître Imed Ben Halima a déjà eu comme clients le lobbyiste Kamel Letaif (2013), l’ancien ministre de l’Intérieur Rafik Haj Kacem (2014), le président Béji Caid Essebsi (2014), son conseiller Noureddine Ben Ticha (2015), le Colonel major Sami Sik Salem (2016) et le policier Issam Dardouri (2016). Quant à Maître Nizar Ayed, il a déjà représenté Kamel Letaief (2012), Rafik Haj Kacem (2014) et autres policiers poursuivis dans les assassinats des martyrs de la révolution ainsi que 14 députés de Nida Tounes (2015) qui ont porté plainte contre le militant indépendant Azyz Amami. L’ancienne garde fait donc de la résistance via ses représentants, deux avocats qui ont déjà fait l’objet de procédures disciplinaires de l’Ordre National des Avocats Tunisiens (ONAT) suite à de précédents passages médiatiques tumultueux.

Le secrétaire d’Etat chargé des Domaines de l’Etat et des Affaires Foncières, Mabrouk Korchid, a de quoi se féliciter « des réactions des personnalités nationales et des hommes de média suite à ce qui s’est passé dimanche à Jemna », dans Ness Nessma News. Effectivement, ils se sont montrés, en majorité, alignés sur sa position, voire même plus remontés que lui contre la population de cet oasis du sud-ouest. Une tendance qui s’est également illustrée dans d’autres conflits sociaux comme celui de l’affaire Petrofac à Kerkennah. Dattes ou pétrole, archipel ou oasis, rien à foutre ! Les meuniers ont toujours de la haine à moudre.

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