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Nous appelons aujourd’hui la communauté internationale, à soutenir la transition en Tunisie et plus précisément à soutenir une feuille de route qui serait élaborée et conduite par la Tunisie; feuille de route qui identifierait clairement les acteurs impliqués et les montants à mobiliser.

Cet appel solennel pour un « Plan Marshall pour la Tunisie » a été lancé par le Cercle Kheireddine, le 15 septembre 2016.

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Le jour précédant, le Parlement européen a estimé que « la situation de la Tunisie justifie la mise en œuvre d’un véritable “Plan Marshall”, correctement doté, pour appuyer la consolidation démocratique et favoriser de manière globale l’investissement et le développement dans tous les secteurs de la vie économique et sociale, en particulier la création d’emplois et le maintien de services publics de qualité et accessibles à tous » (point 2 de la résolution du Parlement européen du 14 septembre 2016 sur les relations de l’Union avec la Tunisie dans le contexte actuel).

Figures d’hier et d’aujourd’hui

L’initiative a déjà fermenté dans les cercles influents de l’économie et de la politique des deux rives pendant des mois. Elle est portée par Afif Chelbi membre du Cercle Kheireddine et ministre de l’Industrie (2004-2011). Parmi les signataires, Faiza Kefi plusieurs fois ministre (1999-2004) et membre du Conseil constitutionnel jusqu’au 15 janvier 2011, actuellement responsable d’un programme sur la transition politique financé par le PNUD, Ahmed Smaoui ministre des Transports puis des Affaires sociales (1988-1992) ou des ministres de la transition, comme Elyes Jouini, Mehdi Houas et Chiheb Bouden, ministre de l’Enseignement supérieur (2015-2016), également membre du cercle Kheireddine. Les poids lourds du patronat y ont également apposé leurs signatures : Wided Bouchamaoui, Khelil Chaibi, cousin de Slim Chiboub et l’un des héritiers du groupe Ulysse Trading & Industrial Companies (UTIC), Radhi Meddeb ou encore Foued Lakhoua, président du conseil d’administration de Cotusal. Les représentants des sphères de la finance et du conseil ne sont pas en reste, comme Hakim Karoui, conseiller de Ben Ali à la veille de la chute du régime et proche de Marouen Mabrouk. Sans oublier des journalistes de tendance libérale, plus grave pour certains, défenseurs acharnés de la dictature.

Mais les initiateurs de l’appel ont voulu brasser large. Nawaat, a contacté des signataires, connus pour leurs prises de position contre la dictature ou des économistes farouchement opposés à la dette. Certains, ont affirmé, parfois gênés n’avoir adhéré qu’à un appel à mobilisation, bien avant que les termes de cet appel ne soient détaillés. D’autres, assument leur adhésion à l’initiative. Ainsi, Abdeljalil Bedoui déclare avoir adhéré à l’appel, car « la volonté politique n’est pas à la hauteur des difficultés qu’endure l’économie nationale ». Déplorant l’absence de décisions fermes, l’économiste a égrené les domaines où l’Etat fait défaut : la contrebande, l’évasion et la fraude fiscales, l’absence d’investissement public. Abdeljalil Bedoui, estime que le soutien international est nécessaire et qu’il peut se présenter sous des formes, autres que l’endettement : « La reconversion de la dette en projets d’investissement », espère-t-il.

Le Plan Marshall pour la Tunisie vise à mobiliser 20 milliards d’euros sur 5 ans pour financer le plan de développement 2016-2020. Selon Hassen Zargouni, patron de Sigma conseil et de Microcred, ce plan puise son charme de la « sympathie du monde envers la Tunisie et sa révolution exemplaire ». Le 9 septembre 2016, le sondeur répétait que « le temps politique l’a largement emporté sur le temps économique » à cause de problèmes comme « le phosphate, Kerkennah, Pertrofac, El Faouar, El Kef, Sra Ouertene, la pénurie d’eau, les coups subis par le tourisme et le pays à Bardo puis à Sousse », énumère-t-il, sur un ton exaspéré.

Fuite en avant

En plus de la situation économique du pays, jugée critique, les rédacteurs ont assaisonné l’appel avec d’autres ingrédients de dimension régionale, voire internationale. Ainsi, ils évoquent le « terrorisme » en soulignant que « la coopération économique est la meilleure barrière contre les extrémismes ». Sans évoquer les causes profondes du sous-développement de la Tunisie, ni les motifs des flux migratoires, ils juxtaposent allègrement migration et terrorisme. « Les derniers attentats terroristes qui ont endeuillé les deux rives de la méditerranée, la vague migratoire sans précédent qui submerge l’Europe, nous rappellent au-delà de la contingence de nos intérêts, doit prévaloir la communauté de nos destins », écrivent-ils.

A l’approche de la conférence internationale sur l’investissement, prévue les 28 et 29 novembre 2016, l’appel est porté par ses initiateurs (A. Chelbi et E. Jouini) dans plusieurs capitales étrangères, dont Paris, lieu de présentation officielle de l’initiative.

Le “Plan Marshall tunisien” prévoit, davantage de dépendance du FMI, de la Banque Mondiale, de la BERD, de la BEI, de la BAD et de la BID. L’appel du cercle Kheireddine revendique « une déclaration claire sur les modalités de mobilisation et de coordination entre ces différentes institutions financières afin qu’elles puissent contribuer de manière optimale à la croissance et à la restructuration de l’économie tunisienne ».

Cet appel aux crédits survient dans un contexte marqué par un endettement insoutenable, décrit par Fethi Chemkhi, député du Front populaire, quelques jours avant le vacarme médiatique créé par les signataires. « La dette publique a explosé ! L’encours est passé de 25 600 MD en 2010 à 56 600 MD en 2016, et le taux d’endettement de 40,7% à 62,1%, alors que loi de finances a prévu un 53,4% ! », s’alarme-t-il.

Seul le recours intensif à l’endettement a rendu possible la poursuite criminelle de la même politique économique et sociale, qui a poussé le pays à la révolte, dont la seule réussite est d’avoir maintenu un système hautement toxique en place.Fethi Chamkhi, député du front populaire

A la sortie de la deuxième guerre mondiale, le plan Marshall, le vrai, avait mis l’Europe de l’Ouest sous domination américaine. Dans l’euphorie révolutionnaire de 2011, Jalloul Ayed avait consenti de nommer son initiative pour l’endettement Plan Jasmin au lieu de Plan Marshall suite au conseil avisé de Robert Zoellick, à l’époque directeur de la Banque Mondiale. Les initiateurs de l’appel de 2016 ne l’ignorent pas, mais les échos de la digité nationale scandée sous les balles de Ben Ali peuvent leur sembler bien lointains.

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