hadhoukom

Qui a dit qu’il n’est pas possible d’allier simplicité, fraîcheur, humour décapant, satire fouetteuse et responsabilité citoyenne ? La majorité écrasante des programmes ramadanesques des chaînes TV tendent à laisser croire que ces éléments sont irréconciliables. Or, la série « Hedhoukom » (ceux-là, traduction littérale) balaye cette vision, en cinq minutes, tous les soirs à 19h55 sur Nessma. Elle rappelle, à sa manière, qu’il est possible de faire rire sans moquerie sur les accents des paysans, sans stigmatisation des femmes et autres catégories sociales, sans body shaming et autres traitements discriminatoires. Encore mieux : elle est édifiante dans sa façon de contribuer avec subtilité à instaurer des réflexes de civisme, voire même une certaine culture citoyenne, en tournant en dérision les comportements vils les plus répandus dans la société tunisienne.

Tout en restant légère, « Hedhoukom » est une comédie qui réfute le diktat des nouveaux faiseurs du divertissement télévisuel considérant humour et engagement citoyen comme des antonymes. La série a su trouver le bon équilibre, servir la dose adéquate. Chaque épisode met en situations un personnage vicieux, flirtant avec le caricatural, dans une mise en scène sobre et minimaliste. Après divers excès du protagoniste, la réalisation bascule vers un humour décalé qui emprunte avec lucidité un zeste de burlesque si haut en couleurs qu’on se croirait face à une bande dessinée délirante.

Le climax consiste en l’arrivée de « Hedhoukom », des justiciers aux tenues et comportements insolites comme s’ils venaient d’un autre monde. Chaque numéro est conclu par un châtiment infligé par « Hedhoukom » au personnage vicieux. La délation dans le milieu professionnel, le populisme en politique, les colériques de ramadan, le laxisme des bureaucrates, le squattage des parkings par des gardiens auto-mandatés,  autant de comportements descendus en flammes par la série qui brosse un portrait des comportements sociétaux les plus ravageurs. Des scènes du quotidien qui témoignent de la nuisance de certaines habitudes au bien-être des autres.

A part avoir réussi le challenge de l’innovation, avoir surmonté l’épreuve de l’originalité et fait figure d’exception avec un humour socialement responsable, cette série a remporté un autre défi : celui du passage du web à la télévision. Créé par Abdelhamid Bouchnak, « Hedhoukom » est la version télévisuelle d’« El Ta7ana » (les salauds, traduction littérale), websérie de Shkoon Production. Sortis entre février et avril 2014, les six épisodes, encore disponibles sur Youtube, ont rencontré un franc succès. La version TV s’est déchargée de l’ancien titre, très trash pour pouvoir passer sur le petit écran, et des scènes de violence les plus brutales. Et elle a enrichi son casting avec de nouveaux comédiens, des « Hedhoukom » encore plus insolites que les précédents.

Le compromis est fait, sans parasitage ni déformation du concept original. Et puis, les créateurs de cette comédie rendent hommage à la première version à travers la chanson du générique dont les paroles reprennent un fameux adage tunisien (…طول عمركم تعيشو) en y remplaçant le terme « El Ta7ana » par « Hedhoukom ».

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