Wled-Moufida-2

Jusqu’ici, l’intrigue s’est articulée autour de l’identité de l’enfant de la matriarche Moufida (interprétée par Wahida Dridi) fruit d’un adultère. Révélée lors du troisième épisode de la deuxième saison de ce feuilleton ramadanesque, le produit phare d’El Hiwar Ettounsi Tv, diffusé tous les soirs à 21h, se retrouve dépossédé de ce qui tenait en haleine les téléspectateurs. Auteur et réalisateur de cette fiction signée Eight Production qui se veut un drame social, Sami Fehri a déjà inséré plusieurs éléments faisant des frustrations sexuelles des personnages le leitomtiv de leurs actions et leurs réactions. De l’enfant de Bayrem (interprété par Nidhal Saadi) né hors mariage aux rapports intimes entre Lilia (interprétée par Marwa Agrebi) et Badr (interprété par Yassine Ben Gamra), la sexualité des personnages est une matrice scénaristique.

Additionnée aux incohérences et à l’extravagance des personnages, relevés dès la première saison, cette foire à scandales est étalée dans une réalisation aux multiples maladresses. Faux raccords au niveau du maquillage et de l’éclairage, ralentis mielleux inutiles, usage de musiques sans acquisition des droits d’auteur, Wled Moufida sombre dans un amateurisme choquant. Et les choix de facilité aggravent la situation. Sur ce plan, un exemple frappant surgit dès les premières minutes du premier épisode. Le réalisateur y sacrifie la crédibilité de son récit afin de réussir un plan séquence. Prise en flagrant « délit » par sa famille chez son amant et fiancé de sa sœur, Lilia s’enfuit et monte à bord de sa Mercédès cabriolet, garée de travers de sorte à bloquer le passage. Incohérent puisqu’il s’agit d’un quartier chaud dont les riverains auraient forcément contesté l’emplacement de la voiture, s’ils ne l’auraient pas cambriolé. Or, les personnages ont souvent exprimé, lors de la saison précédente, un souci de discrétion vu qu’ils sont étrangers dans un quartier conservateur. L’incohérence persistante va jusqu’à présenter une Lilia qui, malgré ses confusions sentimentales, son rejet et sa stigmatisation par sa famille, reste tirée à quatre épingles, sa toilette est toujours impeccable. Aucun signe physique de sa dépression n’est apparent.

Les capacités limitées du réalisateur s’exhibent également à travers son recours abusif au champ-contre-champ. Focalisées sur les visages des personnages, les caméras ont fait des acteurs les otages de leur jeu facial. Qu’ils soient dans l’intimité, la confrontation ou la négociation, leurs postures sont occultées. D’ailleurs, les dialogues dégénérant en scènes de violence sont complètement ratés. L’hésitation sur le cadre à choisir est manifeste, comme dans l’altercation entre Lilia et Inès (interprétée par Salma Mahjoubi) lors du troisième épisode.

L’indigence narrative de Wled Moufida a fini par plomber l’aspect aguicheur du feuilleton. Les frustrations sexuelles des personnages ne sont pas intelligibles. Le récit piétine et devient fatalement verbeux. Le dialogue se retrouve condamné à porter un poids qu’il ne saurait supporter. Ah oui ! C’est Ramadan, le mois saint. Impossible d’aller plus loin et heurter la pudeur des téléspectateurs. Les lignes rouges sont surtout visuelles. Les verbales sont tolérables. Ironie du sort : les créateurs de Wled Moufida se retrouvent eux-mêmes frustrés, à l’image de leurs personnages.

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