lilia

 

Le film de Mohamed Zran, Lilia, une fille tunisienne, actuellement sur les écrans, risque d’entrer dans l’histoire du cinéma tunisien comme la plus grande catastrophe de l’année 2016. Et d’être donc enterré beaucoup plus vite qu’il n’est né.

La lumière s’éteint. Générique, couleur rouge, musique. On a d’abord l’impression qu’on vient d’entrer chez Don Pedro Almodovar mais on est vite rassurée ; non, non, nous ne sommes pas à Madrid, mais bien du côté de Carthage, dans une classe de philo où un invraisemblable prof en redingote et nœud papillon disserte sur le corps, Platon, Descartes et Spinoza. Les élèves, joués par des acteurs et actrices avec une dizaine d’années de trop pour leurs rôles, essayent de prendre des airs intelligents et de faire croire qu’ils comprennent le discours.

N’est pas Almodovar qui veut

À ce stade, la petite spectatrice se demande si elle est en train de regarder une parodie. Hélas, c’est du premier degré et ça le restera jusqu’au dernier plan pseudo-almodovarien, tourné à Sidi Bou Saïd où notre Monica Bellucci de la banlieue nord s’éloigne au milieu des villas, rêvant déjà de monter les marches de Cannes. À moins qu’elle n’opte pour la carrière de sculptrice, à laquelle elle a pris goût dans son rôle de Lilia, avec l’aide du gin Gordon dont elle abuse tout au long du film.

Une chose est sûre : Mohamed Zran a vu beaucoup de films dans sa vie, sans doute tous les films qu’il faut avoir vu. Une autre chose est encore plus sûre : il ne les a pas digérés et nous inflige des remakes caricaturaux à un rythme effréné. Si bien que l’on passe une heure et demie à avoir une impression de déjà-vu.

Bien sûr, tous les cinéastes font référence à d’autres films. Dans La mauvaise éducation, par exemple, Almodovar fait chanter au petit garçon Moonriver d’Henry Mancini, titre qu’interprétait déjà Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s. Mais chez Almodovar, le garçon est accompagné à la guitare  par le curé prédateur, ce qui donne à la chanson une tout autre dimension, celle d’un chant liturgique. Cette scène qui a pour cadre le bord d’une rivière, évoque un autre film, Rivière sans retour d’Otto Preminger, avec Marilyn et Mitchum, lui-même fortement inspiré par Le voleur de bicyclette de Vittorio de Sica. On est donc ici dans la citation créatrice et non dans le plagiat.

Lilia ou le porno soft made in Tunisia

Tout est raté dans ce film, à commencer par le jeu des acteurs, absolument pas convaincant. Ils ont l’air de réciter des dialogues mal ficelés. Ce n’est peut-être pas leur faute tant ils semblent n’avoir bénéficié d’aucune direction d’acteurs, ni avoir eu le droit d’improviser. La pauvre Samar Matoussi ne réussit donc pas à donner la moindre crédibilité à son personnage de “fille tunisienne”, malgré la riche gamme de sous-vêtements dont elle a été gratifiée.

Lilia est donc censée être une fille de la banlieue nord, qui vit avec sa maman et  souhaite intégrer les beaux-arts en France après le bac. Elle deviendra en effet “sculptrice” un peu plus tard. Mais rien dans le film, à part de ridicules coups de marteau sur des blocs de plâtre, ne nous permet de croire un seul instant qu’on a affaire à une artiste.

À croire que ni le réalisateur, ni l’actrice n’ont jamais rencontré un sculpteur. Ni même un prof de philo tunisien d’ailleurs. Zran ridiculise ce personnage en le dépeignant comme un pseudo-intellectuel trouillard qui n’a pas de quoi payer ses bières et lèche les bottes de ses anciens élèves qui le méprisent gentiment.

Zran a déclaré vouloir brosser le portrait de la nouvelle génération tunisienne, “sauvage et rebelle”. Pour lui, la révolte des jeunes femmes tunisiennes se résume à se déshabiller sous n’importe quel prétexte. Mais à la différence de Marilyn, qui sous la caméra de George Cukor, se dénudait complètement avant de plonger dans la piscine de son dernier film inachevé Something’s got to give, Lilia, dans la scène pompée de ce film, n’enlève même pas tout. Résultat : un porno soft, sans aucun doute imaginé comme produit d’exportation vers les pays du Nord.

Lilia éprouve un désir lancinant pour le nouveau copain de sa maman, qui drague simultanément sa copine avec sa grosse moto devant le lycée. Un soir, elle se jette sur lui. De retour chez elle, la maman croit au pire, fracasse la tête de son amant et l’enterre dans son jardin. Encore une fois Almodovar est pompé, plus précisément la scène du film Volver quand Penelope Cruz se débarrasse du cadavre de son mari, tué par sa fille qu’il a violée.

Dans une autre scène, Lilia prend une douche sur fond de musique angoissante. . La référence à Psycho, d’Hitchcock est explicite. Mais avec Sabri Jendoubi à la place de Tony Perkins, Samar Matoussi ne finira pas poignardée comme Janet Leigh. Ali, le jardinier muet incarné par Sabri,  est sans doute le personnage le plus convaincant. Peut-être parce qu’il n’a presque pas de texte à réciter, occupé qu’il est à observer Lilia en cachette et à renifler les sous-vêtements.

La dernière partie du film bascule dans ce qui pourrait être un créneau d’exportation à exploiter pour Zran et ceux qui seraient tentés de l’imiter : le film de zombies, style “Le retour des morts vivants à Dermech”! On assiste en effet à des résurrections dont nous ne vous dirons pas plus pour ne pas dévoiler toute l’intrigue zrano-logique!

Désolées Monsieur Zran, nous ne sommes pas Lilia.

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