Amine Gara

Après ses rebrandings d’une famille mafieuse, après avoir abusé de populisme pour éveiller la nostalgie benaliste, El-Hiwar Ettounsi Tv abonde dans la sympathie décomplexée envers le régime de Ben Ali et se montre dithyrambique à l’égard de ses propagandistes et ses défenseurs. En se dopant de fortes doses de révisionnisme voire même de négationnisme, la machine s’emballe au point de prendre l’air d’une parodie.

C’était dans le dernier numéro du talk-show Klem Ennas, diffusé mercredi 17 février. L’animateur Amine Gara, en cravate mauve, est plus enthousiaste que jamais. Il annonce « un numéro exceptionnel » et se réjouit d’un « public en forme ». Chacun des deux chroniqueurs de l’émission joue son rôle de prédilection. Lotfi Laamari, en costard et chemise noire, dans le rôle de l’homme du pouvoir. Chakib Derouiche, en chandail, dans la posture d’un faux outsider. L’effet des pilules mauves ne tarde pas à se manifester que ce soit sur le plan visuel ou éditorial.

Ton dithyrambique et rebranding

Gara est dithyrambique en recevant ses invités, tous des soutiens de Ben Ali. Rien d’étrange, il était animateur de la soirée de clôture de la campagne de Ben Ali pour les présidentielles de 2009. Après un accueil en éloges réservé au comédien Jaafer Guesmi, l’animateur présente le chanteur de variété Nour Chiba comme « le prince de la chanson tunisienne ». Fidèle à son style extravagant, Chiba débarque avec une canne en main. L’air de parodie ressurgit avec ce code vestimentaire porteur de deux références : les patriarches des mafias et les maquereaux américains. Ensuite, c’est au tour de Baya Zardi, animatrice tv et accidentellement actrice. « Une voix radiophonique qu’on aime. Nous sommes comblés de bonheur quand on entend sa voix », ainsi a-t-elle été présentée. L’annonce du quatrième et dernier invité récidive dans le rebranding des proches de Ben Ali. Pour Gara, Borhen Bsaies n’est pas un homme de propagande, ni un collaborateur de l’ancien régime. C’est « un homme de médias ».

Banalisation de la torture

La transe provoquée par les pilules mauves n’a pas tardé à s’exprimer. D’entrée, la rubrique « Top ou Flop ? » annonce la couleur. Première séquence à commenter par les invités : Dispute sur le plateau d’ Al-Yawm Al-Thamen du 11 février entre Ahmed Rahmouni, président de l’Observatoire Tunisien de l’Indépendance de la Magistrature (OTIM) et Neji Jalloul, ministre de l’Education. La querelle a éclaté quand Rahmouni a dénoncé la torture de prévenus accusés de terrorisme. Encore une fois, un sujet aussi épineux et sensible est traité superficiellement par une émission de divertissement. Que des flops pour Rahmouni. Zardi condamne le « blanchiment du terrorisme ». Guesmi fustige « un homme sans tête ni queue ». Et Chiba s’interroge : « Où est-ce qu’il a eu son diplôme ? ». Laamari surenchérit : « le terrorisme bénéficie aujourd’hui d’un parapluie judiciaire, droit-de-l’hommiste, associatif ».

Retour de Ben Ali ? « Normal ! »

C’est la réponse de Borhen Bsaies à la première question de Gara. Après un tour de table, son avis s’avère consensuel pour les autres invités. Toujours face à la même éventualité, Bsais dit qu’il sera « peut être à l’aéroport pour l’accueillir ». Evoquant « la vérité sur le 14 janvier », les thèses conspirationnistes sont érigées en hypothèses. Polémiquant avec Derouiche sur le bilan de Ben Ali, Bsaies invoque des « exploits » en citant comme exemples la construction de « ponts et d’écoles », avant d’évoquer vaguement de « mauvaises choses » de l’ancien régime. Confronté à son ancienne déclaration de retrait de la vie publique donné à Hannibal Tv en 2012, il dresse un bilan noir de l’après-révolution. Dans la foulée de son discours, il revient sur l’origine de sa renonciation à sa décision et revient sur le moment de basculement : « En regardant la télé, je me suis dit, mais ce sont les nôtres ! ». Avec un air de fasciné, Gara lance au public présent dans le studio : « Borhen mérite un applaudissement ». Et Laamari martèle : « Les gens comme Borhen Bsaies doivent revenir et se mettre au boulot », avant de s’adresse au concerné : « Tu n’as pas le droit d’être neutre et te contenter de regarder de loin. Tu n’as pas le droit de te retirer ». Se retrouvant sur un terrain conquis d’avance, Bsaies affirme que « Ben Ali est un souverainiste ».

Vers la fin de l’émission, l’effet des pilules mauves est à son apogée. La résistance des sbires médiatiques du régime Ben Ali est clairement revendiquée par Baya Zardi. « Mes collègues de la Radio Nationale se sont battus après la révolution. Même nos collègues, qui ont été exclus et qui sont restés patients, sont revenus grâce à la persévérance de leurs collègues à les défendre. Par contre, à la Télé Nationale, ils n’ont pas défendu les enfants de la maison comme il le fallait ». C’est bon à savoir. Overdose.

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