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Si Zitouna Tv s’est consacrée à la propagande partisane d’Ennahdha et Nessma à celle de Béji Caid Essebsi avant de soutenir ouvertement le clan de son fils, El Hiwar Ettounsi Tv a fait le choix de l’équilibrisme en accordant aux deux principaux partis de la coalition au pouvoir deux chroniqueurs, un pour chacun, dans son talk-show hebdomadaire Klem Ennas.

Attaqué par divers invités de l’émission sur ses appartenances politiques, Chakib Derouiche, présenté par Klem Ennas en tant que chroniqueur, s’est retrouvé à plusieurs reprises dans une impasse. Le député Ahmed Seddik, le romancier Hassen Ben Othmane et le comédien Taoufik Gharbi l’ont accusé d’être un militant nahdhaoui. Certains ont même refusé d’interagir avec lui. Après avoir réfuté son affiliation au parti islamiste, le 18 novembre, le fact checking, loin d’être un réflexe de l’émission, sera assuré par les internautes. Vidéo d’archive à l’appui, elle révèle que Chakib Derouiche a bien été un adhérent du Mouvement Ennahdha, du moins jusqu’aux élections de l’Assemblée Constituante en 2011. Il était d’ailleurs un membre actif du bureau local de Menzel Bourguiba, suffisamment impliqué pour donner de la voix lors d’un meeting électoral du parti islamiste. Un activisme qui lui a valu un poste au cabinet du leader nahdhaoui Samir Dilou quand il était à la tête du Ministère des Droits de l’Homme et de la Justice Transitionnelle (2012-2013).

Erreur de casting

« Sois toi-même ! », c’est ce que Sami Fehri a demandé à Derouiche quand il l’a sollicité pour officier comme chroniqueur dans le talk-show du mercredi soir. Une anecdote racontée par l’ancien militant islamiste lors de son passage dans l’émission Noujoum du samedi 05 décembre sur Mosaïque Fm, exceptionnellement présenté par Amin Gara, l’animateur de Klem Ennas. La réplique du producteur laisse entendre que la question relève plus du casting que des compétences professionnelles, surtout que Derouiche n’a rien à voir avec le métier. Donc, le choix d’un nahdhaoui après le départ de la polémiste Maya Ksouri, connu pour son positionnement progressiste, est parfaitement assumé. L’affiliation politique de Derouiche est même l’une des raisons de son intégration de l’équipe de Klem Ennas. Le hic ? S’inscrire dans une telle logique condamne le téléspectateur à se retrouver, en regardant cette émission, entre deux hommes connus pour leurs connivences avec les deux partis politiques les plus influents dans la coalition au pouvoir. Le pluralisme politique est donc absent. Le débat est forcé à suivre un sens unique, surtout que le temps de parole des deux chroniqueurs le domine.

Un choix anachronique

A part le militant nahdhaoui Chakib Derouiche, Lotfi Laamari, chroniqueur mais également rédacteur en chef de Klem Ennas, s’est fait connaitre par ses positions pro-Nidaa Tounes depuis la création du parti en 2012. Proche de l’ancien régime, particulièrement du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), il abondait dans la désinformation afin de blanchir les crimes de la dictature. C’était dans le journal Haqaeq dont il était rédacteur en chef adjoint. Ses articles sur la révolte du bassin minier en témoignent. Face à ses deux chroniqueurs, les invités de Klem Ennas se retrouvent face à une avalanche de propos puisant dans la veine réactionnaire forgeant les backgrounds politiques de leurs contradicteurs. L’équilibrisme de l’émission la dessert d’autant plus que même dans une logique d’attrape-audimat, le choix du producteur est anachronique.

Ennahdha et Nidaa Tounes sont certainement les partis aux assises populaires les plus importantes. Mais ils sont désormais alliés. Le temps de la polarisation est révolu. Surfer sur cette vague est un choix obsolète. En somme, l’audimat risque fort de se lasser d’un débat à sens unique où les contradicteurs représentent les deux expressions politiques actuellement alliés au pouvoir.

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