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Tunis, “capitale nécropole”, au terme d’une cinquième nuit de couvre-feu. A défaut d’être inventives, les mesures annoncées suite à la réunion d’urgence du Conseil supérieur de la sûreté nationale sont nombreuses. L’opposition dénonce leur orthodoxie, fustigeant un gouvernement Essid en permanence dans la riposte et la réaction.

L’enquête progresse lentement

On connait désormais l’identité du kamikaze qui a tué douze agents de la garde présidentielle mardi : il s’agit de Houssem Abdelli, 27 ans, originaire de Douar Hicher. L’information de son arrestation le 28 août dernier demeure contestée, des magistrats ayant informé son passage devant un tribunal.

Durant la nuit du 25 et du 26 novembre 2015, profitant du couvre-feu en vigueur, les forces de l’ordre ont effectué pas moins de 526 descentes. Autant dire que toutes les adresses suspectes ont été visitées…Ces opérations ont permis l’arrestation de 30 personnes pour appartenance à des organisations interdites. Des dépliants, une arme à feu type Smith, 2 fusils de chasse de calibre 16 mm, 33 cartouches et des ordinateurs ont été saisis. Les suspects ont été mis en garde à vue sur avis du procureur de la République. Un bien maigre butin au regard du nombre record de perquisitions… D’autant que la centaine d’habitations de la Goulette, objet elles aussi de raids musclés, n’ont rien donné.

« Des mesurettes destinées à calmer l’opinion », selon l’opposition

Outre la proclamation de l’état d’urgence pendant 30 jours en vertu d’un vieillissant décret, « l’instauration d’une guerre totale contre le terrorisme » fait partie des annonces plutôt vagues faites par le gouvernement, au même titre que « l’activation de la stratégie nationale de lutte contre le terrorisme », dont on nous parle depuis juillet 2015.

Par ailleurs la « fermeture des pages des réseaux sociaux ayant des rapports avec le terrorisme » fait débat. La décision est énoncée sans plus de précisions sur les moyens techniques dont dispose le gouvernement pour l’exécuter. Rappelons que l’Agence Tunisienne de l’Internet ne dispose plus d’outils de censure depuis la révolution, et que les réseaux sociaux demeurent largement incontrôlables par les gouvernements.

La création de 3.000 postes au ministère de l’Intérieur et 3.000 postes dans l’armée nationale en 2016 vient s’ajouter à 5.000 postes créés précédemment. Là encore, nous sommes dans le quantitatif. Le gouvernement ne précise pas du reste si ces nouveaux effectifs seront alloués au contrôle des frontières.

« Charger le ministre de l’Intérieur et les gouverneurs du contrôle administratif de tous ceux qui sont suspectés de terrorisme » inquiète en revanche les ONG des droits de l’homme, qui craignent un retour à des pratiques de l’ancien régime, en l’occurrence exiger un pointage quotidien dans les postes de police. Enfin, la fermeture des frontières avec la Libye pour une durée de 15 jours ne fait pas l’unanimité non plus, car elle ralentira d’autant plus ce qu’il reste d’activité économique avec le pays voisin.

En quoi s’agit-il d’une faillite de l’Etat ?

En affaiblissant l’état, les coups portés par le terrorisme sont-ils en train de précipiter la Tunisie vers le schéma libyen, c’est à dire celui d’un “failed state“, pour reprendre les propos de Michael Ayari de l’International Crisis Group, qui mettait en garde dans son dernier rapport contre la quasi absence de stratégie antiterroriste ?

Il n’est pas excessif de le penser après l’attentat meurtrier de mardi qui a visé le cœur de la capitale, à 200 mètres du ministère de l’Intérieur, touchant l’élite de l’élite de forces de sécurité, certes vulnérables au moment de l’attaque, le tout à une heure de pointe.

Si l’enquête ne progresse pas rapidement, l’impression d’opacité décrédibiliserait davantage encore les institutions de l’Etat. Dès mardi soir, des voix s’élèvent pour dénoncer l’inertie de la présidence de la République, concernée au premier chef par l’attentat. « Pour la réunion d’urgence, revenez demain »… ironise-t-on sur les réseaux sociaux.

Certains rappellent à juste titre que sous d’autres cieux, le chef de l’État convoquait dans des circonstances similaires une réunion d’urgence dans les heures qui suivent l’attentat, même tard dans la soirée. En Tunisie, le conseil de crise, en l’occurrence la réunion d’urgence du Conseil supérieur de la sûreté nationale, ne se tenait que le lendemain matin à 10h00 au Palais de Carthage… D’aucuns pointent du doigt l’âge avancé du président (89 ans cette semaine) le mettant en difficulté dans ce type de situations.

S’il transforme la capitale en terrain de jeu des forces de police, le couvre-feu « appliqué fermement » n’a pas permis de résultats significatifs.

Béji Caïd Essebsi s’était contenté de visiter l’hôpital le plus proche du Palais, celui des forces de sécurité de la Marsa où séjournaient trois blessés, essuyant là aussi d’autres critiques.

Nous savons qu’une allocution du président était déjà prévue ce jour-là avant que ne se produise l’attentat. Son objet allait probablement être les dissensions du parti présidentiel Nidaa Tounes, ou un possible remaniement gouvernemental, ou encore la proposition controversée d’amnistie fiscale qui divise les Tunisiens.

A l’apogée de la « guerre contre le terrorisme », le sommet de l’État est absorbé par des querelles intestines politiciennes, qui ont résulté en deux, voire trois communiqués distincts, du parti au pouvoir à la suite de l’attentat. Une crise qui n’est pas étrangère au fait que le pays est depuis plusieurs semaines sans ministre de la Justice, avec un gouvernement incapable de trouver un remplaçant à Mohamed Salah Ben Aïssa, limogé depuis plus d’un mois.

Au lendemain de l’attaque de Sousse en juin dernier, le président de la République avait gaffé, en prédisant un « effondrement de l’Etat en cas de nouvelle attaque terroriste ». Nous y sommes… Le 16 septembre dernier, pas moins de 110 policiers avaient été limogés en raison de soupçons de liens avec les milieux extrémistes… Une information passée quasi inaperçue, mais sur laquelle il va sans doute falloir revenir. Aucune stratégie antiterroriste claire et durable n’est à ce jour dans les tiroirs des nouveaux dirigeants du pays.

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