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La nuit du 24 octobre 2015, Moez Riabi, un jeune de 24 ans se trouvait dans un resto-lounge du centre-ville de Tunis. Sa soirée tourne mal. A deux heures du matin, trois individus l’aspergent de gaz en plein visage. Moez est bloqué à l’intérieur du restaurant. Il est agressé à coup de poing, de pieds et de jet de bouteilles de bières. Il en sortira avec trois fractures aux doigts et une déchirure du ligament de sa main gauche. Les trois agresseurs prennent la fuite.

Au poste de police de la rue Charles de Gaule, les agents enregistrent la plainte de Moez mais lui précisent qu’un policier venait de déposer, lui aussi, une plainte, indiquant avoir été agressé au même endroit. Le jeune homme obtient un récépissé pour aller aux urgences. Arrivé à l’hôpital Charles Nicole, ses agresseurs étaient déjà là avec un renfort de quatre autres individus.

Apparemment ils m’ont poursuivi depuis le poste de police de Charles de Gaule. Je les ai entendu dire, « il est là », raconte Moez.

Le jeune s’empresse de monter dans la voiture d’un ami qui le conduit aux urgences du Centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous. « Aux urgences, ils ont appelé la police qui a nié me connaitre. Pourtant, quand j’étais au poste, un agent a reconnu que mon agresseur n’était pas à sa première bagarre », ajoute-t-il. Moez a dû subir une opération de trois heures la nuit du dimanche.

Depuis, Moez n’arrive même pas à obtenir le procès-verbal de sa déposition pour qu’il puisse porter l’affaire en justice. Il est convalescent mais vivant dans la crainte de perdre la motricité de sa main et la peur de retrouver ses agresseurs.

La crosse du pistolet dans l’oeil

Moez n’est pas un cas isolé. L’Organisation contre la torture en Tunisie (OCTT) a noté qu’en septembre 2015, le nombre de plaintes enregistrées pour violence policière est des plus élevé depuis le début de la publication de leurs rapports. Dans de nombreux cas, c’est les agents des forces de l’ordre et non les victimes qui déposent plainte.

Le 3 août 2015, après un contrôle d’identité à l’avenue Habib Bourguiba, Abdelkarim et Lazhar Sliti sont sommés à monter dans la voiture des agents où ils sont roués de coups. Ne trouvant pas leur arrestation logique, ils demandent les raisons de cette décision. « Vous ne comprenez que par la force », a répondu l’un des agents. Maintenus en garde à vue, ils sont accusés d’outrage à un fonctionnaire public. Mis en liberté provisoire le 4 août, leur procès est prévu pour la fin du mois d’octobre. Détail important, les deux hommes ont été arrêtés à la fin d’un rassemblement contre le projet de loi sur la réconciliation économique et financière.

Achraf Ayari a eu moins de chance que les frères Sliti. Un simple conflit avec son voisin, agent de la douane, va tourner au cauchemar. Le 7 août 2015, il est arrêté à son domicile et conduit au poste de police d’Ezzahrouni. Après avoir été humilié et agressé chez lui devant les membres de sa famille, il est torturé dans les locaux de la police. Accroché en position du poulet-rôti avant de se faire arracher les ongles, Achraf Ayari finit par signer le procès verbale l’accusant d’outrage à un fonctionnaire public. Le procureur ayant remarqué son état a demandé un examen médical, en vain. Le juge a rendu son verdict et le jeune homme est reconnu coupable. Il est en détention préventive à la prison de Borj El Amri.

Peu avant minuit, le 13 août 2015, Sofiene et Anis Makni rentraient chez eux, à Béjà. Ils sont bloqués par une voiture de police. Anis est arrêté, Sofiene reçoit des coups de crosse d’une arme de service sur son œil et son nez. Anis est libéré en attendant son audience et Sofiene est en arrêt de travail pour 18 jours. Dans les jours qui suivent, les deux frères sont accusés d’ivresse, tapage nocturne et outrage à un fonctionnaire public. Ils sont depuis incarcérés à la prison de Béjà.

Le 17 août 2015, dans un café de Mornaguia, Mohamed Ali Souii a été violemment plaqué au sol et battu à coups de pieds, principalement au niveau du cou. Selon Souii, son agresseur serait un responsable à la police judiciaire. Transféré au poste de Mornaguia à bord d’une voiture de la garde nationale, Mohamed Ali Souii a été roué de coups par quatre agents tout le long du trajet. Après s’être assuré qu’il n’était pas sous mandat de recherche, les agents l’ont libéré.

Partis déposer plainte le 17 août 2015, Fadi Farah et sa mère, sont agressés suite à une altercation avec le commissaire du poste de police de Bouhsina (Sousse). Arrivée au secours de son mari, l’épouse de Fadi est à son tour agressée et insultée. Attaché à une chaise, Fadi est informé que lui et son épouse sont en état d’arrestation. Après leur libération, le couple obtient deux certificats médicaux de 15 jours de repos. La mère de Fadi, en aura dix.

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