Kafon-Carthage-TV-ouest

Trois chaînes tv, c’est tout. Parmi une dizaine, elles ont été les seules à couvrir le concert donné par Kafon, Balti et leurs acolytes, le 16 août dernier, au Festival International de Carthage. A part le faible intérêt accordé à l’événement, le traitement qu’elles lui ont réservé a été désastreux. Elles confondent rap et reggae, underground et mainstream, le hip hop en tant que mouvement culturel et le rap comme genre musical.

« Les deux chanteurs de rap Kafon et Balti », la présentatrice du journal télévisé de 20h de la Watania 1, dans son édition du lundi 17 août, a d’entrée commis une erreur. Kafon n’est pas un rappeur. Il s’agit d’une confusion généralisée dans les médias tunisiens au sujet du genre musical dans lequel pourrait s’inscrire les chansons de l’auteur de « Chak chak » et de « Titta titta ». La majorité des rédactions ont du mal à l’identifier avec justesse. Ainsi donc, le reggae simpliste de Kafon, concocté à base de banales structures rythmiques et de rudimentaires mélodies, est pris pour du « rap ». D’ailleurs, le titre attribué par la rédaction du journal télévisé à ce compte-rendu véhicule la même erreur en évoquant « une soirée rap ». Le téléspectateur non-initié s’est retrouvé induit en erreur par la première chaîne du service public et ses journalistes incapables de reconnaître le genre musical qui a amplement marqué l’évolution de la musique durant les trois dernières décennies.

Et ce n’est pas le dossier de presse remis par le comité d’organisation du Festival International de Carthage qui pourrait rectifier le tir. Bien au contraire, il participe encore plus à ancrer ces confusions en considérant Kafon parmi « les meilleurs de nos rappeurs » mais aussi en qualifiant les artistes à l’affiche de « stars de l’underground ». Un titre qui aurait pu être d’actualité il y a plus de 6 ans. Désormais, Balti ne fait plus partie de cette sphère. Et ce depuis 2008, quand sa musique était déjà playlistée dans Mosaique Fm et quand il sillonnait les scènes des festivals estivaux organisés par le Ministère de la Culture. Quant à Kafon, il ne l’est plus depuis sa sortie de prison en mars 2014 précédée par le grand succès de « Houmani », son tube composé par Dj Killa en featuring avec Hamzaoui Med Amine. Il est largement médiatisé et fortement présent dans les festivals étatiques. Balti et Kafon représentent, tous les deux, des figures phares du nouveau mainstream tunisien.

L’émission Fn’art sur M Tunisia ne déroge pas à cette tendance. Et ce n’est pas l’émission « Nesmet Carthage » sur Nessma qui saura se distinguer. Sponsorisé par un opérateur téléphonique également sponsor du festival hôte du concert, son numéro diffusé le 17 août se contentera d’adhérer au propos des organisateurs. On n’y prendra même pas la peine de souligner l’incohérence entre ce que les programmateurs ont annoncé et ce qu’ils ont fini par proposer au public. Pourtant, le reportage laisse voir et entendre des danseurs se déhancher sur fond de musique techno (sic), alors que la note de présentation du spectacle insiste sur la break dance et la culture hip hop allant jusqu’à se faire intituler « Hip Hop Urbain », comme s’il y avait un hip hop rural.

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