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Pour Al-Jazeera, ce qui s’est passé à Sousse, le 26 juin dernier, est une « attaque armée » et non pas « terroriste », comme la quasi-totalité des médias la qualifient. La terminologie utilisée par cette chaîne d’informations n’est pas anodine. Elle exprime une position politique. Nous avons visionné 15 reportages diffusés par la chaîne qatarie entre le 26 juin et le 13 juillet. Focus.

 

Chaque rédaction de tout média qui se respecte fait le point régulièrement sur les termes utilisés et leur sens. La question relève, non seulement de la pertinence de l’information proposée au public, mais aussi du positionnement du média par rapport à telle ou telle question. Certains se rangent clairement à travers les termes de leur choix alors que d’autres préfèrent rester sans position (souvent le cas des agences de presse, ndlr). Par exemple, au début des bouleversements politiques en Libye et en Syrie, certaines rédactions ont opté pour le terme « révolution » ou « contestation ». D’autres ont préféré « insurrection », « rébellion », « tensions » ou autres. Ce n’est pas aléatoire. Une réflexion précède ces choix.

Rejet du terme « terrorisme »

Dans cette quinzaine de reportages diffusés après l’attentat de Sousse, Al-Jazeera a décidé de ne pas opter pour le terme « terroriste » mais plutôt pour « attaque armée ». Quand les termes « terrorisme » ou « terroriste » sont employés par la chaîne, ils sont mis entre guillemets dont l’usage en journalisme réfère à une citation ou sert à une distanciation. Comme l’explique le journaliste Alain Gresh dans Le Monde Diplomatique en avril 2015, le concept du « terrorisme » est flou. « Toujours, il a servi à disqualifier une cause et à empêcher toute réflexion », martèle l’historien français Henry Laurens sur Orient XXI. Al-Jazeera, a-t-elle choisi de le bouder pour des raisons de cet ordre ? Pas vraiment. Ses autres choix terminologiques le démontrent. L’auto-proclamé « Etat Islamique en Iraq et au Levant (EIIL) » est communément appelé « Daesh » par ses détracteurs, une manière de le discréditer avec cet acronyme qui a pris un sens péjoratif notamment à cause de sa phonétique agressive. De son côté, Al-Jazeera préfère l’appeler « l’Organisation de l’Etat ». Un parti pris puisqu’ainsi, ce groupe djihadiste est reconnu comme un « Etat ». L’article défini précédant le mot « Etat » lui donne une certaine légitimité.

Blackout sur l’identité politique

Le terme « djihadiste » est également rejeté par la chaîne qatarie quand elle évoque « l’attaque armée » de Sousse. Le caractère politique de l’attaque est d’ailleurs souvent éludé par Al-Jazeera qui préfère se contenter de « fondamentaliste » comme qualificatif. Pourtant, cette chaîne n’est pas vraiment partisane d’une perception rigoriste de l’objectivité journalistique. Si Al-Jazeera marche sur la pointe des pieds quand il s’agit de Daesh, elle ne prend pas de gants pour exprimer ses opinions sur la politique en Tunisie. C’était le cas par exemple, dans un reportage, diffusé le 7 juillet, sur la décision du gouvernement tunisien de remplacer les imams fondamentalistes et de fermer les mosquées hors du contrôle étatique. La reporter d’Al-Jazeera dit « craindre que la fermeture des mosquées vienne nourrir des conflits au profit du terrorisme ».

Le terme « terrorisme » est donc exceptionnellement d’usage, au gré des besoins propagandistes de la chaîne qatarie et au risque d’impliquer ses journalistes politiquement dans des conflits armés. Certains en ont payé les frais. Et le bilan risque de s’alourdir dans le futur tant qu’Al-Jazeera persiste à conserver son attitude propagandiste et sa banalisation des groupes djihadistes.

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