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C’était frappant. Les internautes l’ont relevé dès la mise en ligne du clip-générique du feuilleton «Wled Moufida», le 31 mai dernier : Ce n’est pas une «idée de Sami Fehri». Elle revient plutôt à Kurt Sutter, le créateur de la série américaine «Sons of Anarchy». Le plagiat est évident, mais en quoi peut-il servir «Wled Moufida» ?

Diffusé sur El Hiwar Ettounsi tous les soirs depuis le début du mois de ramadan, ce feuilleton est écrit et réalisé par Sami Fehri. Estampillé Eight Production, il a emprunté à «Sons of Anarchy» son générique et quelques éléments esthétiques, essentiellement les tatouages et les coupes de cheveux de trois personnages de la série. En apparence, ce choix leur donne un côté excentrique, un air marginal, une image de rebelles en conflit avec l’ordre social établi. Mais est-ce que ces aspects sont vraiment compatibles avec le contexte socio-culturel dans lequel se déroulent les événements de «Wled Moufida» et évoluent ses personnages ? Pas vraiment.

Les coupes de cheveux proches du style Mohawk de Badr (interprété par Yassine Ben Gamra) et de Bayrem (interprété par Nidhal Saadi) sont en déconnexion totale avec les tendances en vogue dans les bas-fonds tunisiens. Baptisée en référence à la tribu amérindienne éponyme, cette coiffure a été adoptée par le mouvement Punk dès le début des années 80 avant de connaître un revival permis par les créateurs de mode et propulsé par des figures de la culture mainstream comme le footballeur brésilien Neymar, à titre d’exemple. Dans «Sons of Anarchy», c’est le personnage de Juice Ortiz (interprété par Theo Rossi) qui arbore cette coupe. Le lien est clair dans cette série américaine. L’anarchisme revendiqué par le club de motards californien et l’esthétique de la culture Punk se rejoignent. C’est même typique dans les milieux des bikers libertaires américains. En revanche, dans «Wled Moufida», c’est tout simplement tiré par les cheveux. Les personnages n’ont pas spécialement de background idéologique. Pas d’attachement particulier à un certain mouvement culturel. La culture Punk n’a pas trouvé de place dans les milieux populaires tunisiens. Les clubs de bikers, détournés et convertis en gang, non plus.

Autre aspect stylistique incohérent : Bayrem a une coupe proche du style Mohawk, provenant de la culture Punk mais il a des tatouages d’expressions souvent brandies par les adeptes de la culture Hip hop et surtout les amateurs de gangsta rap. Les «No pain, no gain» ou encore «Thug life» sont plutôt dissonants avec la coupe Mohawk. Quant aux tatouages de Badr, l’auteur du feuilleton a plutôt opté pour des formes tribales. Il s’agit donc de copier le style des personnages de «Sons of Anarchy», sans même prendre en considération les spécificités de leur sphère socio-culturelle et les caractéristiques de leur mode de vie et de pensée. Et surtout la complémentarité du style avec le caractère du personnage.

Résultat des courses : Sami Fehri a plagié «Sons of Anarchy», non pas pour en tirer ce qu’elle a de plus riche d’un point de vue conceptuel mais pour y piocher quelques aspects esthétiques donnant à ses personnages un look insolite. Au passage, il les a vidés de leur substance culturelle et politique, ô combien fondamentales dans l’épopée du Sons of Anarchy Motocycle Club Redwood Original (SAMCRO).

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