La correspondante du Point.fr, Julie Schneider, agressée par la police alors qu'elle couvrait les manifestations du 9 Avril 2011. La police avait fait un usage excessif de la force, notamment contre des journalistes tunisiens et étrangers dont plusieurs  avaient été physiquement agressés.
Ph. d’archives.

Durant les derniers jours, la violence policière est revenue en force pour réprimer les mouvements sociaux et les manifestations à Tunis et ailleurs. Les manifestations de la campagne #Winou_el_pétrole ont été réprimées, d’une façon systématique, par la police. Les arrestations aléatoires ont été multipliées et le silence du ministère de l’Intérieur se fait de plus en plus pesant.

Le samedi 6 juin, à l’Avenue Habib Bourguiba, des dizaines de manifestants ainsi que des journalistes ont été tabassés violemment par des agents de police lors d’un rassemblement populaire de la campagne #winou_el_pétrole. Les partisans de la campagne affirment que 70 personnes ont été arrêtées par la police et relâchées le même jour.

Aman Allah Mansouri, un des militants tabassés durant cette manifestation, témoigne que «l’ambiance était très tendue et les policiers étaient beaucoup plus nombreux que les manifestants! D’un coup, je me suis retrouvé entouré par sept policiers qui m’ont tabassé sauvagement. Des coups de poings et de pieds sur tout mon corps même après avoir montré ma carte de journaliste. Après, ils m’ont emmené à un fourgon pas loin et ont continué à me tabasser durant une dizaine de minutes. Je me suis évanoui entre temps … Après m’avoir relâché, j’ai essayé d’avoir un certificat médical, mais les médecins ont refusé et en sortant de l’hôpital étatique Charles Nicole, j’ai trouvé les mêmes policiers qui m’ont encore une fois agressé dans leur camion…», atteste Mansouri, qui a porté plainte contre ses agresseurs.

Dans la même manifestation, le militant d’Amnesty International, Nadim Bouamoud, a été violemment tabassé. «Les policiers qui m’ont battu voulaient confisquer ma caméra et mon ordinateur. À l’hôpital, on m’a prescrit 10 jours de repos et le médecin a constaté une commotion cérébrale. Suite au soutien de quelques organisations des droits de l’homme comme Amnesty International, l’Observatoire des Droits et des Libertés et l’Organisation Mondiale Contre la Torture, le ministre de l’Intérieur s’est engagé à suivre de près ce dossier en disant explicitement que le ministère est prêt à renvoyer les coupables comme il l’a fait dans des cas précédents», témoigne Nadim.

Le Syndicat Naional des Journalistes Tunisiens a suspendu, après les agressions du 6 juin, son programme de collaboration avec le ministère de l’Intérieur dans la mise en place d’une formation nationale sur la sécurité de travail de terrain entre journalistes et agents de police. Zied Dabbar, chargé de la formation au SNJT, nous explique que «ces violences parviennent au moment où le ministère de l’Intérieur commence à céder à la réforme en collaboration avec la société civile et les journalistes. Je suis presque certain que les policiers qui ont réprimé la manifestation du 6 juin ont voulu saboter les efforts du SNJT et du ministère. Nous sommes conscients qu’il y a une résistance au changement à l’intérieur de la police mais cela n’empêche que le ministère de l’Intérieur en est responsable».

De son côté, le ministère de l’Intérieur a annoncé, le 10 juin, l’ouverture d’une enquête interne pour identifier les responsabilités et rendre «justice» aux victimes. Entre temps, des victimes ont porté plainte et demandent l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Dans le même cadre de la campagne #winou_el_pétrole, des habitants à Douz ont été agressés violemment par la police. La violence policière a touché toute la commune y compris les enfants, les femmes et les foyers. Concernant ces méthodes de répression collective, Taher Al Taheri, directeur de la section de la Ligue des Droits de l’Homme à Kebili, affirme que son équipe a enregistré de graves cas de violences commises par les forces de l’ordre qui pourront compliquer la situation. En effet, sur leur chemin de sortie de la ville, quelques policiers en colère contre la décision de retrait, ont cassé les vitres d’une voiture de famille avec des bombes lacrymogènes. L’agression a causé des blessures chez une mère et sa fille qui ont été transférées à l’hôpital de la région. Les forces de l’ordre ont aussi agressé, dans la ville de Jemna, des citoyens dans un café au centre-ville et d’autres sortant d’une mosquée. Le bilan s’est alourdi avec un jeune homme blessé et hospitalisé.

À Zarzis, Noureddine Gantri, journaliste à Nawaat a été attaqué par la police et s’est fait confisqué sa carte professionnelle. En outre, il a été interdit de filmer des habitants en train de protester dans la ville. «Sur une demande des habitants, je voulais enregistrer leur plainte concernant un litige sur un terrain. Sur place, les policiers m’ont interdit de filmer, ils m’ont agressé et ont même essayé de monter les habitants contre moi en leur disant que je ne suis pas journaliste.» explique Gantri qui a porté plainte contre ses agresseurs qui ne sont pas à leur première attaque contre lui.

La lutte contre l’impunité et la réforme de la police restent jusqu’à aujourd’hui un sujet peu abordé. Quatre ans après la révolution, aucune réforme substantielle n’a eu lieu au ministère de l’Intérieur malgré les promesses politiques des gouvernements successifs. Certains jettent l’éponge en considérant des priorités sécuritaires liées au danger du terrorisme. Cependant, la nécessité d’instaurer une nouvelle stratégie de lutte contre le désordre passe obligatoirement par le respect de la loi. Ainsi, il est temps de reconsidérer les cas isolés de violence et de maltraitance dont parle le ministère de l’Intérieur et les mettre dans leur contexte historique, politique et social adéquat.

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