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Le Journal Télévisé de 20h de la Watania 1 a encore dérapé. Le présentateur de l’édition du dimanche 24 mars a commis une maladresse lors de son introduction d’un reportage (09m08 – 10m22) sur l’arrestation d’un trafiquant de faux billets en devises. « Une personne de nationalité africaine », c’est avec ces termes qu’il a qualifié le suspect.

La véritable nationalité de l’accusé n’a pas été mentionnée. Un choix qui s’expliquerait par une probable volonté de non-stigmatisation des ressortissants du pays concerné. Sauf que la formule employée par la rédaction du JT est encore plus stigmatisante. En évitant de lier les délits à une nationalité, ils ont été liés à l’africanité de l’accusé. (sic !)

De l’usage du mot « africain » en Tunisie

Pour mieux comprendre cet effet de stigmatisation, il faut se pencher sur l’usage populaire fréquent du terme « africain » en Tunisie. Il est souvent employé pour identifier un noir non arabophone. Or, les Tunisiens sont eux-mêmes africains mais ils n’utilisent pas le terme d’une manière inclusive pour parler de l’ensemble des habitants du continent. Ils ne l’utilisent pas par exemple pour parler de leurs voisins libyens ou algériens, ni pour les Egyptiens ou les Marocains. C’est exclusivement réservé aux originaires des pays subsahariens. L’usage du terme a ainsi pris un caractère ségrégationniste puisqu’il est employé pour distinguer les africains de couleur de ceux aux teints plus clairs. C’est donc en reproduisant un mauvais réflexe linguistique populaire que le JT a versé dans la stigmatisation. Et il ne s’agit pas du seul choix de la rédaction y ayant contribué.

Amplification d’un fait divers

Cette maladresse terminologique est amplifiée par la place accordée au reportage dans le JT. Ce fait divers a été placé comme cinquième titre du journal avant « l’enquête de la semaine » qui s’est intéressée aux problèmes de prise en charge et de médication des personnes atteintes d’Hépatite C. Et ce, juste après des titres sur l’évolution de la situation des Tunisiens détenus en Libye, l’acquisition de nouveaux bus par la Transtu, l’indignation de l’association nationale des cabinets des huissiers notaires et le premier congrès national du Syndicat National des Forces de la Sécurité Intérieure. Bref, que des nouvelles d’une importance et d’une envergure nettement plus importantes que le fait divers sur la « personne de nationalité africaine » et son arrestation.

Récurrentes dérives racistes

Les bourdes racistes sont assez fréquentes dans les médias tunisiens. L’une des plus frappantes est celle d’un sketch (7m08 – 15m15) de l’émission Labes, diffusée le 26 avril 2014 sur El Hiwar Ettounsi Tv. Le comédien Bassam El Hamraoui y joue le rôle d’un noir. Il se trémoussait d’une manière hystérique en tapotant sur une casserole qu’il prétend avoir volé d’un foyer universitaire. Il disait aussi qu’il n’a pas mangé avant de se mettre à chercher son crocodile, pousser des cris aigus et mimer des fauves.

La plus grave dérive du genre est celle commise, en décembre 2010, par le commentateur sportif Nabil Khayrat lors de la retransmission sur Tunis 7 d’un match opposant le Stade Tunisien à l’Espérance Sportive de Zarzis. « Je me sens mieux suite à la sortie du joueur Kakaw. Il ne reste ainsi qu’un seul « oussif » et je ne pourrais plus le confondre avec l’autre », ainsi avait-il commenté l’exclusion d’un joueur noir. Une bourde qui lui aurait valu d’être interdit d’antenne.

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