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C’est l’un des effets oubliés de la transition. En remportant des élections pour les uns et en les perdant pour d’autres, les grands partis politiques tunisiens vont devoir renouveler leurs leaderships. Un processus qui se fait dans la douleur, voire dans le chaos, comme en témoignent les interminables déboires que connait Nidaa Tounes depuis la vacance de sa présidence. Aujourd’hui le parti donne à voir le spectacle de ses différends claniques en prime time, sur les plateaux télé.

Nidaa Tounes ou l’impossible restructuration

Pour la troisième fois consécutive, le comité constitutif de Nidaa Tounes, plus haute instance dirigeante du parti, est contraint de reporter à une date ultérieure la tenue de réunions électorales en vue d’élire un nouveau bureau politique. Dimanche 8 mars 2015, l’annulation est cette fois assortie de la publication d’un communiqué qui pose davantage de questions qu’il n’en résout.

En cause, la publication de listes de candidatures, dont certaines font l’objet d’une vive controverse : celle de Nabil Karoui, PDG de Nessma TV, de Hafedh Caïd Essebsi, directeur des structures régionales, de Mohamed Ennaceur, président par intérim du parti, et celle de Mohamed Fadhel Omrane, président du bloc parlementaire du parti à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Tous les quatre avaient rejoint le parti plusieurs mois après sa fondation, ce qui remet en question leur légitimité à accéder au comité constitutif ou au bureau politique en tant que membres honoraires.

Le cafouillage a déjà coûté la démission samedi de deux élus Nidaa Tounes du bloc de leur parti à l’ARP : Mustapha Ben Ahmed et Walid Jalled. Ce dernier a dénoncé des « manœuvres en coulisses de Hafedh Caïd Essebsi ». Favorable à la tenue d’un congrès en 2014, le fils de Béji Caïd Essebsi continue de faire l’objet de suspicions de volonté de forcing au congrès qui s’en trouve une énième fois probablement repoussé à l’après septembre 2015…

Parti réputé bâti autour de la personnalité de Béji Caïd Essebsi, Nidaa Tounes confirme par ces errements qu’il était en effet pensé pour être le parti d’un homme et d’une mission unique : celle de la conquête de la présidence de la République.

Outre l’image « people » et collusion médiatique donnée par la candidature Nabil Karoui, certains dénoncent une « communication grand-guignolesque » qui a par exemple consisté cette semaine en un appel téléphonique inopiné en direct de Béji Caïd Essebsi à la Radio Nationale, afin de féliciter ses équipes d’avoir fait le déplacement au nord-ouest inondé. Un appel façon Hugo Chavez.

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Ennahdha prépare-t-il le retour de Hammadi Jebali ?

A Ennahdha, une première réapparition remarquée de Hammadi Jebali, le 28 février dernier, aux côtés de Rached Ghannouchi, lors d’un colloque destiné à préparer les contenus du 10ème congrès du parti, avait déjà suscité de nombreuses spéculations.

Depuis, l’intéressé semble savamment orchestrer son retour, et a réitéré l’opération deux fois : dimanche 8 mars et samedi 7 mars lors d’une conférence avec pour thème le bilan critique de l’expérience d’Ennahdha au pouvoir.

Après s’être pratiquement retiré du paysage politique suite à sa démission du parti en décembre 2014 (suivi en cela par Abdelhamid Jelassi un mois plus tard), l’ex secrétaire général d’Ennahdha semble aujourd’hui avoir digéré le rapprochement de sa formation d’origine avec Nidaa Tounes.

L’imminence du 10ème congrès du parti islamiste y est-elle pour quelque chose ? Si Rached Ghannouchi a toujours affirmé que « la porte d’un retour dans le giron du parti reste ouverte », Fethi Ayadi, président du Conseil de la choura, a pour sa part déclaré le 3 mars dernier que « l’intérêt du Mouvement Ennahdha et celui de la nation toute entière réside dans le maintien de Rached Ghannouchi à la tête du parti » (sic)…

Les noces Ennahdha – Nidaa continuent par ailleurs de plus belle. Ainsi cette semaine Béji Caïd Essebsi déclarait que « malgré les critiques, le dirigeant d’Ennahdha Zied Ladhari, qui dirige le ministère de la Formation et de l’Emploi, s’est imposé comme l’un des meilleurs ministres du gouvernement Habib Essid », ce qui n’a pas plu à une certaine presse.

Plus radicaux mais aussi restés plus loyaux à la révolution, la jeune relève de l’UGTE continue quant à elle sa percée dans les milieux estudiantins et table sur une démonstration de force pour son sixième congrès à la mi-mars, à Sfax.

El Harak VS Attayar

L’autre front en pleine reconstitution est celui du centre-gauche, le plus limité en termes de visibilité. Eclaboussé par une polémique liée au plagiat présumé de l’un de ses coordinateurs, le mouvement politique hybride lancé par Moncef Marzouki multiplie les déplacements en région mais tarde à préciser ses contours à l’approche du 20 mars, date à laquelle un manifeste devrait être présenté au grand jour.

Pendant ce temps-là, le tandem Mohamed et Samia Abbou continue son bonhomme de chemin et espère en outre capter les déçus de l’ancienne troïka. En marge de son conseil national à Hammamet, Mohamed Abbou, fondateur du Courant démocrate (Attayar), a indiqué que son jeune parti examinera bientôt la refondation en un nouveau front politique de sept partis de la famille sociale-démocrate élargie, au sein d’une fusion : Ettakatol, l’Alliance démocratique, le Mouvement du peuple, Al Joumhouri, le Parti du travail tunisien et le parti des Sociaux-démocrates en sus du Courant démocrate.

Concurrencée à sa gauche par le Front populaire et à sa droite par el Harak, plus susceptible d’attirer les déçus d’Ennahdha, l’initiative semble compromise, à moins d’un improbable retrait définitif de Moncef Moncef Marzouki de la vie politique.

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