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Que nous apprend la « marche contre le terrorisme » organisée samedi 21 février par Nidaa Tounes, sous sponsoring Nessma TV ? En termes d’instrumentalisation politique, l’analogie avec la « Marche républicaine – Je suis Charlie » est, toutes proportions gardées, assez nette.

Avec la mise au premier plan de Hafedh Caïd Essebsi, dont on entendait du reste pour la première fois la voix dans des médias, la marche tunisoise était cependant davantage dynastique que républicaine. Lors d’un spectacle protocolaire digne d’une parfaite monarchie présidentielle, le fils de Béji Caïd Essebsi déposait une gerbe au pied d’une stèle commémorative Avenue Bourguiba.

En occupant ainsi le terrain, Caïd Essebsi Junior, récemment promu à la plus haute instance dirigeante du parti, toujours chargé de la coordination centrale, entend probablement marquer des points dans le conflit interne qui l’oppose au camp destourien mécontent de la composition du gouvernement Essid. Un conflit venu se greffer à celui qui opposait « l’aile gauche » du parti au reste de ses composantes.

Sans cesse repoussé, de juin puis finalement à septembre assure-ton chez Nidaa, le premier congrès se tiendra sans doute dans un climat délétère.

Pour le reste, la très peu spontanée manifestation avait des airs de déjà vu : une marche aux allures bourgeoises, où l’on réclame plus de lois liberticides et où l’on offre des fleurs à la police. Seule nouveauté, Ennahdha a cette fois appelé ses militants à participer en nombre. Un vœu pieux où Nidaa Tounes était surreprésenté. En cheikh rompu aux provocations, Adel Almi s’est bien essayé à la communion des droites, sans succès, dégagé manu militari par la foule.

De la criminalisation des mouvements sociaux à la diabolisation de l’opposition

Pas de manifestation en revanche pour réclamer les droits économiques et sociaux des régions sinistrées, toujours fébriles. Pis, la criminalisation des mouvements sociaux se poursuit de plus belle, avec des insinuations systématiques à une présumée « manipulation politique », dixit les responsables de la nouvelle majorité, chaque fois que sont évoqués les troubles dans le sud tunisien.

L’association d’idées est d’autant plus inquiétante que sur le plan parlementaire, les mêmes signes avant-coureurs d’un autoritarisme nouveau se traduisent par l’isolation croissante et délibérée du Front Populaire. En tant que plus grand bloc d’opposition, le parti pouvait légitimement aspirer à la très symbolique présidence de la Commission des finances, conformément à la tradition et au règlement intérieur. Plus consensuel, le centriste Iyed Dahmani a été préféré au Front, qui perd l’élection d’une courte tête et dénonce un « putsch ».

Si sur le plan associatif, des initiatives citoyennes comme « Men 7a99i » sont une alternative avant-gardiste à l’orthodoxie d’une démocratie qui n’a plus grand-chose de représentatif, politiquement la gauche sociale ne peut que constater sa mise au ban, ostracisée au nom de la nécessité du maintien de l’ordre.

Sur le plan judiciaire enfin, le procès des Fallaga (trois des pirates informatiques eux ont été maintenus en détention) et celui de Yassine Ayari, qui reprend en appel ce 24 février, illustrent un retour au traitement sécuritaire le plus rigide.

Multipliant les visites inopinées et les coups d’éclat, Habib Essid tente d’imprimer un style volontariste à son mandat, ce qui lui vaut le titre de « Vizir visiteur » par des plaisantins du web. En d’autres circonstances, la méthode Essid pourrait faire l’unanimité, mais quatre ans après la révolution de la dignité, le message de la poigne paraît pour le moins incongru. Mais qu’importe pour la jeunesse dorée, trop occupée à profiter du legs karboulien des Dunes Électroniques.

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