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Cinq nouvelles mesures pour aider les plus démunis, relancer le tourisme en cinq points, entre autres effets d’annonce… Volontariste, le gouvernement Essid a semble-t-il compris les ressorts de la communication politique, à défaut d’avoir une vision commune à ses membres. A Médenine, ses fraichement investis ministres de l’Économie et des Finances, Slim Chaker, et des Investissements et de la Coopération internationale, le néolibéral Yassine Brahim, ont eu droit à un « reality check » qu’ils ne risquent pas d’oublier de sitôt.

Une totale incommunicabilité

C’est à bord de blindés de la Garde nationale que la délégation gouvernementale a dû quitter le siège du gouvernorat, rapidement envahi par une foule en colère. Celle-ci a exigé et exercé son droit à la parole directe et son rejet de la présence de responsables régionaux.

Envoyés au casse-pipe après la mort par balle du jeune Saber Melyan, déjà un symbole local, les deux ministres n’ont pu que prendre acte du fossé qui sépare les deux mondes, celui des représentants politiques de l’orthodoxie fiscale et celui des populations sinistrées.

Lors de ce face à face tendu partiellement censuré par la télévision du secteur public, au-delà de la rage qui s’exprime suite à des années de marginalisation, le plus frappant est peut-être l’acuité et la grande maturité politique des discours des intervenants. Quel que soit leur âge, tous démontrent une parfaite connaissance de leurs droits économiques et sociaux, mais aussi constitutionnels, tels que le principe de la discrimination positive à l’embauche, cité à plusieurs reprises.

Pratiquement tous évoquent des « problèmes structurels », bien plus profonds que le simple manque à gagner lié au timbre fiscal aux points de passage frontaliers, demandant à être reliés aux réseaux autoroutiers et ferroviaires. De surcroit sans jamais se départir d’un certain sens de l’humour, l’un d’eux saluera la « promesse tenue du nouveau gouvernement, qui a fait un chômeur de moins, en l’éliminant… littéralement ».

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Confluence des droites

Pendant ce temps-là, le ministère de l’Intérieur se félicite d’un nombre record d’arrestations à l’échelle nationale, 3244 en six jours.

Bien que toutes ne relèvent pas de la criminalisation des mouvements sociaux, la gestion sécuritariste à laquelle on s’attendait de la part du gouvernement Essid est servie par une certaine presse qui affectionne la diabolisation des mouvements sociaux, prêtant par exemple aux habitants de Dhehiba « des velléités terroristes ».

Mais il n’y a pas que les relais médiatiques. Depuis l’investiture du gouvernement Nidaa Tounes – Ennahdha – UPL – Afek – technocrates, chaque jour qui passe confirme la proximité idéologique entre les diverses droites. L’ancien ministre de l’Intérieur Ali Larayedh a en effet cautionné le traitement répressif des évènements de Dhéhiba, d’autant qu’il relativise sa propre gestion autoritaire d’évènements similaires à Siliana deux ans plus tôt. Au nom de la stabilité, l’actuel secrétaire général d’Ennahdha a aussi appelé dans les médias à soutenir le gouvernement Habib Essid.

Autre élément de similitude entre l’ancienne troïka et l’actuel assemblage dominé par Nidaa Tounes, la non-neutralité de l’administration, dont les postes clés continuent d’être confiés à des responsables partisans. Ainsi Mnaouar Wertani, un avocat coordinateur régional Nidaa à Tunis, a été nommé ce weekend gouverneur de Bizerte (visible ici lors d’un mémorable plébiscite du fils de Béji Caïd Essebsi).

Enfin, si la troïka jouissait du soutien géopolitique plus ou moins tacite du Qatar, l’actuel pouvoir jouit quant à lui du soutien explicite des Émirats Arabes Unis qui multiplient les émissaires et les signes de sympathie pour le nouveau président de la République, invité samedi par la Cheikha Lobna Bent Khaled el Qasmi.

L’hyperprésidence se concrétise

On l’avait oublié, mais l’hyperprésidence n’est pas qu’un style, c’est aussi une notion quantitative, comme en témoigne la pléthore de conseillers qui ne cesse d’être officialisée par le JORT depuis deux mois.

C’est ainsi un total de pas moins de seize conseillers, en plus du « représentant personnel » que l’on y découvre, certains jouissant du rang de ministre et de secrétaire d’État.

Austérité dites-vous..?

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