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Lors de la soirée électorale du 26 octobre, les chaînes el-Hiwar Ettounsi et al-Wataniya ont enfreint « le silence électoral » en diffusant les résultats de sondages sortis des urnes, plaçant le parti Nidaa Tounés en première position.

Invités à commenter ces sondages, les candidats n’ont pas, non plus, respecté la loi électorale. Mais, curieusement, l’Isie affirme vouloir sanctionner les instituts de sondage qui ne sont, pourtant, soumis à aucune loi. Pour la Haica, cette interdiction est problématique et devrait être revue dans le sens de l’intérêt général.

L’article 70 de la loi électorale prohibe les sondages jusqu’à la fin du silence électoral. Dans le cas d’espèce, ce silence devait s’achever, le lundi 27 octobre, avec la clôture des votes, à San Francisco, c’est-à-dire à 2 heures du matin.

Riadh Ferjani, membre de la Haica, a déclaré à Nawaat, que « si cette loi avait été appliquée à la lettre, elle aurait défavorisé les médias audiovisuels tunisiens et poussé leur auditoire à aller chercher l’information sur les chaînes étrangères », qui ne sont pas soumises, elles, à l’obligation du silence électoral. Une perspective qui rappelle, inévitablement, la sombre époque de la censure benalienne.

Or, les résultats des sondages en question devaient être disponibles, dès l’après-midi du dimanche, dans les QG politiques. Car, déjà, la controverse fut suscitée par Béji Caid Essebsi qui a proclamé la victoire de son parti, selon « des indices positifs ». Paradoxalement, quelques mois en arrière, Tahar Ben Hassine, membre de Nidaa Tounes, avait critiqué le patron de Sigma Conseil, considérant que les chiffres avancés par son institut, mettant son parti en première position, n’étaient pas crédibles. L’ancien patron d’Al-Hiwar Ettounsi estimant, en effet, que Zargouni était le seul à affirmer, en 2009, que 90% des Tunisiens soutenaient Ben Ali, alors qu’une année plus tard, cette majorité écrasante le chassait.

Mais, dans un texte intitulé « Opinions tunisiennes », Hassan Zargouni pointe « l’opinion paradoxale des Tunisiens et la difficulté à gouverner la Tunisie post-14 janvier ». Ne craignant pas lui-même de tomber dans le paradoxe, il affirme, cependant, qu’ « en Tunisie, l’opinion publique existe », contrairement à ce qu’en disait Bourdieu. Plus encore, le patron de Sigma établit une grille de lecture pérenne de l’opinion publique tunisienne. Il affirme, ainsi, que

en matière d’opinion publique, les positions des Tunisiens varient très peu. Près de 30% des Tunisiens se positionnent dans la modernité et le progrès, 30% dans le conformisme identitaire arabo-musulman et près de 40% s’accommoderaient des valeurs du gouvernant quelle que soit l’obédience de ce dernier .

L’hypothèse du sondeur se vérifie à quelques écarts inattendus. Mis à l’épreuve du réel et de la complexité du secteur audio-visuel, la rupture du « silence électoral » par les sondages s’avère, en tous cas, problématique. D’abord par le flou juridique qui l’entoure, ensuite parce que les instituts de sondage ne sont pas réglementés par la loi. De son côté, Riadh Ferjani nous déclare qu’il faut réfléchir à « une solution juridique qui aille dans le sens de l’intérêt général ». A ce propos, une concertation entre l’Isie, les instituts de sondage et la Haica devrait permettre de rattraper les manques et les confusions en perspective des élections présidentielles.

Si l’exercice démocratique semble laborieux, de part et d’autre, la loi ne pourrait, cependant, à elle seule, garantir le pluralisme. Pour la Haica, la déontologie est aussi en question. Dans ce sens, le deuxième rapport du régulateur sur le pluralisme politique, relève, dans l’ensemble, une amélioration, toujours plus du côté des radios que des télévisions. Couvrant les 3 dernières semaines des élections législatives, ce monitoring des médias révèle, cependant, que le principe d’équité entre les candidats n’est, toujours, pas respecté, dans nombre de chaînes télévisées. Cette défaillance est due, essentiellement, à la rediffusion des réunions partisanes, qui est « un phénomène répandu dans toutes les chaînes tunisiennes », note le membre de la Haica.

Autre manquement à l’équilibre pluraliste : les transmissions des discours de campagne et de longs entretiens avec les personnalités politiques, réalisés hors grille électorale. Il faut reconnaitre, affirme Ferjani, qu’il est difficile d’assurer un équilibre avec plus de 1000 listes et 9000 candidats. Ainsi, si les législatives ont assoupli les consignes du régulateur avec « l’égalité pondérée », adaptée aux spécificités tunisiennes, les présidentielles seront, en revanche, soumises à « l’égalité totale » entre les candidats, conclut Riadh Ferjani.

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