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La notion de Développement Durable (DD) a été introduite en 1987 dans le rapport Brundtland par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations Unies. La définition donnée à l’expression indique que c’«est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».

Une vision stratégique et une action collective à long terme

Cette notion est assez vaste et renferme la prise en compte des aspects environnementaux, sociaux et économiques. Bien que l’objectif même du DD soit sujet à consensus, la volonté de prendre en considération le DD et les moyens disponibles pour mener les actions nécessaires manquent pour le déploiement d’une réelle politique dans ce sens en Tunisie. Pourtant, il y a urgence qu’un volontarisme et un réel changement des mentalités se manifestent. L’action à entreprendre maintenant est d’autant plus primordiale qu’un changement structurel important aux niveaux économiques et sociaux est en train de se réaliser en Tunisie et affectera l’environnement de manière durable. Il faudrait donc que cet impact soit limité le plus possible pour ses aspects négatifs

Le DD une participation de toutes les composantes de la société en interne et une collaboration internationale. Au niveau national, administrations, entreprises, partis politiques et citoyens doivent être impliqués. Le cadre réglementaire doit évoluer profondément pour offrir un environnement incitant au changement positif. Ceux qui en ont les moyens financiers devraient encourager les projets novateurs, qui pourraient ne pas être économiquement rentables. Faire de belles choses pour le pays consoliderait leur statut social qui leur est cher, et les entreprises pourraient les utiliser dans un but commercial (image de marque).

Les priorités données, à tort parfois, à des objectifs économiques à très court terme, doit laisser place à une meilleure planification, à long terme celle-là, qui devrait être bénéfique sur les trois niveaux économiques, sociaux et environnementaux concernés par le DD. Ceci est bien en accord avec la définition donnée au DD par la Commission des Communautés Européennes en 1992 : « une politiques et une stratégie visant à assurer la continuité dans le temps du développement économique et social, dans le respect de l’environnement, et sans compromettre les ressources naturelle, indispensables à l’activité humaine. ».

Les objectifs du DD renferment le développement et la croissance, la réponse adéquate aux besoins en matière d’emploi et de bien de consommation (eau, énergie, santé, alimentation, etc.), exploitation équilibrée des ressources naturelles, adoption de technologie plus soigneuses de l’environnement. Ces objectifs doivent être poursuivis aussi bien localement qu’un un niveau national ou régional. On voit bien qu’ils mettent en avant les points divers suivants : développement et solidarité sociaux, qualité du cadre de vie, préservation de l’équilibre écologique, participation de toutes les composantes de la société, etc.

Réticences sous prétexte économique injustifiées

Certains pourraient avancer les coûts de suivi d’une politique plus agressive de DD pour le freiner. Mais ceci ne prend pas en considération les coûts engendrés par la dégradation de l’environnement, l’augmentation de ceux des ressources en cas de raréfaction, la baisse du niveau de la qualité de vie, etc.

D’autre part, bien que les contraintes écologiques puissent induire des surcoûts pour les entreprises, l’effet d’une prise de conscience généralisée des enjeux du DD peut être positif sur l’économie. En effet, en fournissant les cadres réglementaire et normatif adéquats pour garantir l’égalité d’entreprise, un investissement pour la recherche et le développement pour l’innovation nécessaire génère un supplément de croissance. Pour la Tunisie, ceci pourrait renforcer sa position concurrentielle dans la région arabe et le continent africain. L’avancée technologique acquise pourrait servir à générer des partenariats gagnant-gagnant adaptés à des environnements similaires au notre, socio-économiquement parlant.

Dans un autre contexte économique, il est aussi question d’évoluer vers une société de consommation « responsable », qui rejette le gaspillage et où la production ne doit pas être créatrice de besoins mais uniquement les satisfaire. Un tel scénario préservera les ressources et pourrait rééquilibrer la balance commerciale déficitaire pour une croissance économique pérenne et durable qui va de pair avec le DD.

Une stratégie de DD constitue donc un investissement à long terme qui devrait porter ses fruits. L’innovation qui y sera liée sera la planche de salut pour l’économie et l’environnement.

Un triste exemple pour les pays arabes est l’avancée indéniable d’entreprises implantées dans les terres occupées de la Palestine. Avec des pressions au niveau des approvisionnements en énergie et en eau et une taille de la population et un climat proches de la Tunisie, beaucoup de start-up et universités israéliennes brillent par leurs avancées technologiques qui leur permettent de s’exporter au niveau international malgré leur positionnement dans un environnement plutôt hostile.

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Stratégie énergétique : le gisement du solaire à explorer

Le secteur concerné par une action immédiate est celui de l’énergie dont la disponibilité est un des piliers du développement. Un premier pas à adopter et d’améliorer le plus tôt possible et de donner les moyens d’action au Plan Solaire Tunisien.

L’énergie solaire, dont le potentiel en Tunisie est énorme, doit être beaucoup plus valorisée qu’elle ne l’est aujourd’hui, et suivre les pas du parc éolien. L’émergence de technologies en solaire thermique beaucoup plus abordables, à petite ou grande échelle, et plus facilement utilisables en cogénération avec des installations thermiques à base de combustibles fossiles existantes, devrait être mieux exploitée. Le rôle de la STEG en tant que monopole public pour l’électricité, doit être de mieux collaborer avec les initiatives privées. De grands groupes internationaux, essentiellement allemands, aspirent à mieux intégrer la Tunisie dans la Desertec Industrial Initiative (Dii) dans le but d’une production destinée aussi bien au marché local qu’européen, avec des projets pilotes pour démarrer. La société civile doit pousser dans ce sens en assurant l’intérêt des Tunisiens. La lenteur administrative dont souffrent les industriels et mentionnées par la Dii doit être combattue pour promouvoir ce genre de projets innovants. Cependant, il a été étonnant de voir l’UGTT pousser à des réclamations d’exclusion du secteur privé dans le cas particulier des énergies renouvelables, sans réelle prise de recul ni démarche scientifique d’évaluation dans un semblant de bras de fer pour montrer qui commande.

L’efficacité énergétique des installations industrielles et des habitats particuliers doit être remise en question. Il se peut qu’une mise à niveau des bâtiments anciens soit exigée pour toute vente et des normes strictes appliquées aux nouveaux en adéquation avec le climat tunisien. Un encouragement ou imposition des installations photovoltaïques et de chauffe-eaux solaires dans les bâtiments collectifs est aussi à envisager. Ceci permettra notamment de contrer les pics de consommation observés en été à cause des climatiseurs individuels et hausse de la consommation des réfrigérateurs. Des projets pilotes doivent aussi être encouragés dans les établissements publics.

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L’eau : rationalisation de la consommation, STEP et stations de dessalement énergétiquement neutres

Les ressources hydriques tunisiennes subissent une pression sans précédent malgré l’effort constant pour améliorer le rendement des barrages. Les nappes phréatiques sont surexploitées et leur qualité menacée par la salinité croissante et la contamination. Le phénomène de réchauffement climatique, affectant la pluviométrie et accentuant le dessèchement, et l’exploitation des cours d’eau en amont par l’Algérie voisine ne tendent pas à améliorer nos ressources.

Les choix sont donc délimités : il s’agit de préserver la qualité de l’eau disponible, de rationaliser la consommation, de multiplier les stations d’épuration d’eaux usagées (STEP) et de se tourner vers le dessalement d’eau de mer avec une empreinte énergétique neutre.

Pour la rationalisation, l’efficacité des installations agricoles doit être améliorée. Aussi, le coût réel en eau du produit doit lui être imputé. Des subventions pourraient être accordées ensuite aux produits réellement nécessaires et non à ceux plutôt « de confort » ou trop gourmands en eau quand des alternatives existent. L’appui à la recherche pour des produits adaptés à notre climat est dans le même contexte primordial.

L’arrosage dans les villes doit aussi être strictement réglementé. Il est aberrant de voir les pelouses, publiques ou privées, arrosées vu le contexte de nos ressources hydriques.

Il est aussi question d’augmenter le nombre de STEP qui permettent de valoriser l’eau usagée pour une utilisation agricole, de limiter l’impact environnemental des rejets et même de les utiliser pour la production d’énergie.

Pour améliorer l’offre en eau potable, nombre de stations de dessalement d’eau de mer doit être bâti. Ces stations sont énergivores et il peut être utile de penser à les coupler à des centrales solaires pour les approvisionner comme c’est déjà le cas en Espagne.

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Urbanisme : remise à niveau des modes de transport et des habitations

Les projets d’urbanisme en Tunisie se caractérisent par une expansion anarchique qui précède l’essai de trouver des solutions aux problèmes. Cette situation engendre une dégradation de la qualité de vie et une augmentation du coût de développement d’infrastructures adéquates. Aussi, on remarque que le laxisme fiscal des municipalités limite les ressources alors que les cités connaissent des expansions importantes en nombre de logements, d’habitants et de véhicules.

Pour bâtir des villes efficaces et agréables à vivre, des plans d’urbanisme doivent être minutieusement préparés avec les moyens de transport adéquats, les services municipaux et sanitaires, la délimitation des durées de travaux, etc.

Aussi, les municipalités doivent surveiller tous travaux sur la voie publique opérés par des acteurs internes ou externes et même les poursuivre pénalement en cas de manquements.

Une réflexion peut aussi être faite pour une remise à neuf totale des cités anciennes avec la démolition d’anciens immeubles et leur remplacement par de nouveaux plus salubres et mieux étudiés. La montée en hauteur des immeubles pourrait compenser l’achat des anciens logements. D’autre part, pour améliorer l’attractivité des habitats collectifs, des lois plus élaborées pour les syndicats d’habitants doivent être mises en œuvre pour garder la qualité des logements et leur cadre après des années.

Le cadre légal même d’aménagement de nouvelles cités pourrait être repensé avec notamment des systèmes de baux pour l’acquisition des terrains et non l’acquisition définitive, des entreprises de supervision du développement des cités, etc.

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Gestion des déchets : recyclage et incinération

L’épineuse question de gestion des déchets ne pourrait être tranchée qu’avec des solutions à long terme qui ne se limitent pas aux sites d’enfouissements et au recyclage de bouteilles plastiques. Des centrales d’incinération pourraient être une solution immédiate à moindre coûts dans l’attente du développement de filières de recyclages plus développées prenant en compte différentes solutions.

La gestion même des déchets doit être remise à plat. Une coordination des municipalités à plus grande échelle est utile afin de développer des pôles d’expertise locaux qui collaboreraient plus efficacement avec l’ANGED et ne pas se limiter à un rôle de transporteurs. De tels pôles pourraient mieux étudier la collecte, dimensionner les conteneurs à ordures pour qui’ls ne débordent pas, mieux collaborer avec les professionnels, etc. Il est étonnant que le Guardian britannique cite que la coût d’enfouissement de déchets à Jbel Borj Chakir soit de aux alentours de 120 $ pour la tonne quand le coût à New York est de 86 $.

Des problématiques nombreuses

Malgré les thèmes cités, le DD englobe bien d’autres priorités d’actions en Tunisie. Par exemple, pour la désertification : malgré les efforts, le désert avance. Des projets semblables à la grande muraille verte du sud du Sahara pourraient être utiles. Le cas des ressources halieutiques est aussi préoccupant : des actions urgentes et une répression des dépassements sont nécessaires pour préserver l’équilibre des ressources en plus de la limitation de la pollution. La gestion de la santé au travail doit aussi être remise en question. Une meilleure étude des cheptels, le combat des nuisances sonores, la maintenance du parc automobile pour limiter la pollution, sont autant d’autres axes d’actions. Un volontarisme politique est nécessaire pour mener à bien les actions.

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