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Dans le cadre de leur nouveau projet « Intégration au Moyen Orient et en Afrique du Nord » (I Mena), le groupe de la Banque Mondiale a lancé un appel à contribution concernant les diasporas tunisiennes et libanaises qui s’installent dans leurs pays d’origines. La BM entend, ainsi, se pencher sur la meilleure manière de mettre à profit les ressources, les connaissances et les expériences de ces diasporas pour la croissance économique, dans leurs pays respectifs.

La finalité de cette enquête est donc d’« informer la Banque Mondiale, les agences de développement et les gouvernements respectifs sur les politiques et programmes qui pourraient maximiser les bénéfices à tirer par des citoyens qui résidaient à l’étranger, dans le développement économique, en particulier du secteur privé et des compétences locales. »

Le choix de la Tunisie et du Liban repose sur deux critères : il s’agit de deux démocraties dont les diasporas ne sont, certes, pas très denses, mais sont, en revanche, hautement qualifiées dans la région MENA. D’après l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il y’a environ 151,000 Libanais et 94,000 Tunisiens hautement qualifiés dans les pays de l’OCDE. Cependant, par rapport aux populations des pays d’accueils, ces diasporas hautement qualifiées ne représentent, respectivement, que 3,41% de la population pour la diaspora libanaise et seulement 0,87% pour la diaspora tunisienne.

Ces diasporas et leurs réseaux à l’étranger constituent, toutefois, d’immenses réservoirs de compétences et de connaissances dans le commerce et l’investissement, ainsi que d’expertises techniques et scientifiques. Et par conséquent, elles peuvent influencer les politiques économiques du pays à travers les transferts financiers, les investissements, les influences politiques, leurs compétences et le transfert de leurs connaissances. Les exemples où les diasporas ont joué un rôle essentiel dans des secteurs économiques de leurs pays ne manquent pas : l’Irlande, le Chili ou encore l’Inde.

Pourquoi une telle étude ?

Nous avons essayé de contacter le groupe de la Banque Mondiale pour en savoir plus, quant aux finalités d’une telle étude. En guise de réponse, nous avons été redirigés vers un article publié sur le site wamda.com par un consultant auprès de la Banque Mondial qui est chargé de cette étude, M. Anwar Aridi.

Malgré la longue liste des entrepreneurs qui réussissent, des technologues et des scientifiques d’origine libanaise et tunisienne, la recherche sur leur impact et leur contribution à leur pays d’origine est anecdotique et peu fiable. Ce projet de recherche vise à combler cette lacune et faire la lumière sur les contributions et le rôle de la diaspora. 

Dans cette partie du projet, la Banque mondiale est particulièrement intéressée par les connaissances et transfert de compétences des immigrants et des rapatriés libanais et tunisiens dans leur pays d’origine ; quels sont les motifs directs de la diaspora et des rapatriés directs et leurs contributions indirectes à leur pays d’origine ? Quel est l’impact de leur engagement grâce à la collaboration ou le rapatriement ? Quelles sont leurs perceptions et les expériences de liaison avec le pays d’origine ou de rapatriement pour travailler ou créer une entreprise ? Anwar Aridi, World Bank wants to help Lebanese and Tunisian diasporas give back, Wamda.com, July 14, 2014

En d’autres termes, il s’agit là de voir l’impact actuel et futur de ces diasporas sur l’économie de ces deux pays. Bien que la Tunisie et le Liban soient des projets « pilotes », et que cette étude sera surement menée dans d’autres pays de la région, c’est surtout l’opportunité offerte par ces deux pays « stables » de la région qui mène la Banque Mondiale à s’intéresser à leurs diasporas. Connaissant les buts et les objectifs de la Banque Mondiale, il ne serait pas anodin que le résultat de ladite étude influence, considérablement, les rapports qu’entretient cette institution avec ces deux pays. En effet, d’après les mots mêmes de l’auteur de l’article, il existe une autre « partie du projet ». Cette autre partie se déclinera, à n’en pas douter, sous forme de recommandations ou même de conditionnalités pour ces pays qui devront probablement engager les réformes et les politiques nécessaires afin d’inciter ces diasporas, et principalement leurs capitaux, à revenir au bercail.

Ainsi, sous couvert de « Philanthropie » (terme utilisé par l’auteur lui-même), cette étude dévoile sa « face cachée », qui se traduira, probablement, par un « appel à des réformes » qui toucheront le futur code d’investissement facilitant le retour de ces diasporas.

A la fin de la période de « sondage », qui prendra fin le 30 juillet prochain, un rapport du groupe de la Banque Mondiale viendra analyser les résultats, et nous n’en doutons pas, celui-ci sera accompagné de nombre de recommandations.

Nous y reviendrons.

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