La semaine du 7 au 13 juillet fut celle des salves de Nidaa Tounes en direction de l’ISIE. Jeudi, Lazhar Akremi ira jusqu’à affirmer que « l’ISIE agit comme si son intérêt était dans le non enregistrement des électeurs ». Peu démocratique, voire autocratique à l’intérieur de ses propres structures, le parti de Béji Caïd Essebsi entend donner des leçons de démocratie à l’Instance. Il aspire même à s’y substituer, en exigeant un changement des règles du jeu à mi-parcours.

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Nidaa Tounes VS ISIE

Mardi 8 juillet, conviée à l’hôtel Africa, la presse ne connait pas encore les motifs de cette convocation surprise. Coup de théâtre, au terme de deux semaines d’inscriptions sur les listes électorales, cela ne va pas assez vite au goût du chef de Nidaa Tounes qui requiert solennellement un allongement de la période impartie à ce processus, qui correspond pourtant aux standards internationaux en la matière (1 mois).

D’incroyables contre-vérités sont énoncées par un homme qui n’a visiblement pas saisi les bases les plus élémentaires des processus électoraux, ou feint de ne pas les comprendre. « Si des élections avaient lieu aujourd’hui, dans l’état actuel des inscriptions, Ennahdha et ses alliés seraient assurés d’une victoire identique à celle de 2011… Pourquoi donc organiser des élections dont l’issue est connue d’avance », s’exclame-t-il incrédule.

Si l’on suit le raisonnement d’Essebsi pour qui l’ancienne majorité serait inchangée en cas d’élections aujourd’hui, l’ex troïka n’aurait donc subi aucun désamour depuis 2011, et les électeurs Nidaa ne peuvent provenir que du réservoir de voix des ex abstentionnistes. Cela dénote sinon un aveu d’échec en amont, du moins une panique précoce.

« BCE » espérait-t-il ainsi sérieusement infléchir la décision de l’ISIE ? Même si le bientôt nonagénaire est rejoint dans sa requête 24 heures plus tard par le Front Populaire via Hamma Hammami, une ISIE qui se plierait à ces demandes perdrait tout ou partie de sa crédibilité. De la même façon, une ISIE qui réagirait avec trop de fermeté en recadrant les partis trublions, pourrait également y perdre en neutralité.

L’image d’impartialité étant l’essentiel du capital moral de l’instance, celle-ci marche sur des œufs et est placée de facto dans une position délicate, même si Nidaa Tounes n’effectuait en réalité qu’une opération com’ « tout bénéf’ » à destination des plus paresseux de ses militants et aux reste des Tunisiens qu’il s’agissait d’effrayer par le spectre d’une victoire acquise d’Ennahdha.

Qu’à cela ne tienne, l’ISIE réagit plutôt intelligemment dès le jeudi 10 juillet. L’Instance invite 194 partis politiques, « afin de débattre du processus électoral et sensibilisation à l’enregistrement des électeurs ». Il s’agit indirectement de prendre à témoin les acteurs de la vie politique dont seulement 24 partis répondent présent au final. « Reconsidérer les dates, c’est revoir le processus dans son intégralité, y compris les dates des recours dans les litiges » avertit Chafiq Sarsar, qui exprimait poliment en somme une fin de non-recevoir.

Lors de sa conférence de presse, Béji Caïd Essebsi était allé plus loin, en appelant de ses vœux un report anticonstitutionnel du deuxième tour des élections présidentielles au 25 mars 2015, au prétexte que les délais seront déjà dépassés avec l’annonce des résultats des présidentielles en janvier 2015…

Serait-ce un réflexe provenant du futur allié égyptien et de ses élections à rallonge ? Toujours est-il que le parti en tête aux sondages donne à voir paradoxalement une image de parti peu sûr de lui, félicitant les dictatures régionales algériennes et égyptiennes pour leurs « élections transparentes », bénissant l’élection d’un général à 80% en Mauritanie, mais omettant des objections sur le plan national, dans ce qui reste l’unique démocratie de la région.

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Lorsque « des Tunisiens manifestent devant le consulat de Tunisie à Paris » samedi, comme l’annonce le JT de la TV nationale, les drapeaux aux couleurs de Nidaa Tounes sont légion, plus nombreux que le drapeau national, ne laissant aucun doute quant à la politisation du mouvement de protestation.

Ultime paradoxe, dans une vidéo en provenance du bureau local de Nidaa à Kairouan, Faouzi Elloumi, multi milliardaire en charge de la coordination des élections, donne des instructions très décomplexées visant à n’inscrire que ceux dont on est sûr qu’ils éliront son parti, « autrement mieux vaut observer le statu quo actuel ».

Notons enfin la troublante concomitance de la conférence de mardi avec la publication du rapport de l’ONG « 23 – 10 », une association comptant dans ses rangs d’anciens membres de la première mouture de l’ISIE, officiellement dédiée à la promotion de la transition démocratique, et qui s’inquiétait au même moment où parlait Essebsi de « l’échec cuisant de l’ISIE 2 dans les méthodes adoptées pour l’enregistrement des électeurs ».

Le dîner polémique de Jacob Walles

Le 10 juillet, dîner somptueux sur les hauteurs de Sidi Bou Saïd, moins d’une semaine après les festivités déjà controversées de l’Independence Day. Cette fois l’ambassadeur US conviait une fois de plus l’ensemble de la classe politique dans sa propre demeure autour d’une rupture du jeûne dont les photos allaient faire les choux gras des réseaux sociaux.

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« Aux diners de famille, il y a toujours une table pour les p’tits », commente un internaute en réaction à la présence d’une table principale où dînaient Rached Ghannouchi, Béji Caïd Essebsi, Kamel Morgène et Ahmed Néjib Chebbi atour de l’ambassadeur, et d’une pléiade d’autres tables adjacentes et non moins hétéroclites.

On peut imaginer l’ambiance électrique d’une table où se font face Ameur Larayedh et Mohsen Marzouk. Quoi qu’il en soit l’irritation de l’opinion publique est double face à cet empressement d’une élite politique qui se prête volontiers unanimement aux mondanités de l’Oncle Sam, et ce en pleine campagne de bombardement de Gaza.

Si Hamma Hammami n’était pas présent, la présence de Riadh Ben Fadhel faisait tâche pour les militants d’extrême gauche. L’ex représentant des indépendants du Pôle Démocratique Moderniste ayant rejoint depuis peu le Front Populaire a beau expliquer qu’il se rendait en dîner à son initiative personnelle, le parti est sommé de s’expliquer par une partie de ses bases.

Ce n’était pas là la seule incongruité de la semaine. Finissons sur l’évènement insolite du weekend, où une manifestation était organisée samedi 12 juillet au Bardo, avec pour slogan original « Non au terrorisme ». Après avoir félicité le maréchal al Sissi pour sa victoire démocratique, Zied el Héni et les siens réclamaient entre autres aux élus de la constituante d’« accélérer l’adoption d’une loi antiterroriste », et de « fournir aux forces de l’ordre tous les moyens d’agir ».

A quand une manif de droite type « Réprimez-nous ! » ?

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