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La ville de Sekhira a vécu, ces derniers jours, un nouvel épisode de violence et de répression policière dues à un mouvement social qui résiste et qui revendique encore le droit au travail, au développement et à un environnement sain. Le samedi 28 juin, alors que les habitants de la ville ont organisé une démonstration pacifique, dans la rue, pour dénoncer l’arrestation de six sitinneurs, les forces de l’ordre ont chargé avec du gaz lacrymogène (o-Chlorobenzylidene Malononitrile) et de la chevrotine, causant une dizaine de blessés parmi les manifestants.

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Suite à ce qui fut qualifié d’« agissements scandaleux » de la police, les syndicalistes de Sekhira, avec l’Union des Diplômés chômeurs (UDC) et l’UGTT, ont décidé d’observer une journée de grève, le mercredi 2 juillet, qui a concerné les usines, les administrations et institutions étatiques.

« Nous avons revendiqué notre droit au travail dans les sept usines de notre délégation, depuis 2010. À cette époque, le régime de Ben Ali a riposté par les arrestations, les procès contre les manifestants et la violence policière. Quatre ans après, nous sommes au même bilan de chômage, de marginalisation, mais aussi de violence d’un État qui ne laisse pas la place au dialogue et ne concrétise évidemment pas ses promesses ». raconte Abdallah Chaabane, Secrétaire général du bureau régional – Sfax de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens.

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Pour rappel, les habitants de Sekhira revendiquent, depuis des années, l’embauche de leurs enfants dans l’unité de production, filiale de la société tuniso-indienne de phosphore « Tifert » tout comme dans d’autres usines.

« Les sit-in coupant la route devant la zone industrielle se sont enchaînés depuis la révolution et même avant. Chaque fois, les habitants y retournent afin de garder la pression. Et à chaque fois, des négociations se déclenchent pour lever le sit-in, mais les promesses ne sont jamais tenues. Ce dernier sit-in s’est tenu en réaction au retard fait dans l’annonce de la liste des nouveaux recrutements dans la Tifert. Les habitants ne croient plus à la neutralité des recrutements et revendiquent plus de places dans l’usine».témoigne Hamma Sadok Dabbar, activiste de la société civile à Sekhira.

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Sekhira est une petite ville du gouvernorat de Sfax (30 milles habitants). Son activité économique est principalement agricole. Elle compte quelques usines et peu de sociétés privées, malgré son emplacement stratégique qui fait la liaison entre le centre et le Sud. Cette ville ne cesse d’attirer l’attention des médias et du pouvoir sur sa pauvreté, dont le taux a atteint 22 % et le chômage qui dépasse les 25 %. Au bas de l’échelle nationale du développement, Sekhira est classée 167e sur 264 délégations.

De son côté, le gouverneur de Sfax, Mehdi Chelbi, nous a assuré que le dialogue ne s’est jamais arrêté entre les autorités et les structures syndicales du pays. D’ailleurs, précise, le gouverneur, un round de négociations sera ouvert, mardi 8 juillet, entre les parties prenantes de l’affaire.

« Le problème c’est que les habitants de Sekhira refusent de partager les 146 emplois, dans l’usine en question, avec la délégation voisine « Al Gheriba » qui souffre des mêmes problèmes de chômage et de pollution. Nous savons très bien que 146 postes ne sont pas suffisants pour la ville, mais ce n’est qu’une étape… Moi, je pense qu’il faut compter plus sur l’investissement privé pour sortir de la crise »déclare le gouverneur fraîchement nommé, sans donner des détails sur les mesures prises pour animer la ville et installer un climat attirant pour les investissements du secteur privé.

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Concernant la violence policière, Mehdi Chelbi estime que la situation était critique, mais que « la police a patienté cinq jours entiers avant de réagir. Entre-temps, des ouvriers ont été privés de ravitaillement, étant donné que les routes étaient complètement coupées », justifie-t-il. De son côté, le ministère de l’Intérieur a nié l’utilisation de la chevrotine, en rappelant qu’il veillera à appliquer la loi quelles que soient les circonstances.

Hafedh Fitouri, président de la section de l’Union des Diplômés Chômeurs, nous a précisé que les habitants et surtout les jeunes de Skhira n’arrêteront pas la contestation.

« Le gouverneur qui nous a dit textuellement que nous ne comprenons que le langage de la force et de la violence et qui nous a tant ignorés, lui et ses devanciers, sera forcé de trouver une solution, quand la colère de la ville montera d’un cran. Il faut savoir qu’il ne s’agit pas de la première promesse non tenue. Avant le 28 juin, les autorités nous ont promis 146 emplois pour Skhira seule. Et ce n’est ni avec les coupures d’eau sur toute la ville (depuis une semaine l’eau est coupée durant les journées) ni avec les arrestations des jeunes, ni avec la chevrotine de la police que nous allons nous taire… »s’indigne Hafedh, accompagné du jeune député de l’Assemblée Nationale Foued Thameur. Membre du Front national tunisien qui soutient le mouvement, le député se dit étonné de la réaction des autorités locales et surtout des forces de l’ordre.

Le soir du mercredi 2 juillet, l’UDC a organisé une marche dans la ville qui a réuni des centaines de manifestants. Rappelant les tristes évènements de Siliana, l’usage de la chevrotine ne semble pas affecter la détermination de Skhira à résister.

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