cnam-assurance

Par Abou Yasmine, Médecin libéral,

Le conflit entre la CNAM et les prestataires de services de la filière privée arrive à un tournant décisif. En effet, l’ultimatum posé par les pharmaciens, pour régler les problèmes en suspens et reconduire leur convention sectorielle, arrive à échéance le 7 juin prochain, et il semblerait que malgré les différents rounds de négociations, les courriers et même après la réunion du 30 mai au ministère des affaires sociales en présence du nouveau ministre, c’est toujours l’impasse.

Ainsi, une source proche du SPOT (syndicat des pharmaciens) nous rapporte :

…aucune réponse n’a été apportée à nos doléances, et surtout on n’a noté aucune mesure d’apaisement ou de bonne volonté durant ces 02 derniers mois de négociations, pour au moins, calmer notre base ; ainsi, les retard de paiement s’accumulent, les exactions des chefs de centres aussi : qui exige que vous retourniez tel jour pour déposer vos bordereaux, qui fait de nouvelles demandes anti-conventionnelles (comme la remise des vignettes pour les médicaments à AP), sans parler des problèmes avec le personnel censé nous faciliter la tache dans l’intérêt du citoyen et qui devient de plus en plus irrespectueux (l’a-t-on remonté contre les pharmaciens ?)…et surtout aucune proposition acceptable à nos revendications : pas d’échéancier pour la mise en place de la carte à puce déjà en retard de 05 ans, aucune mesure pour raccourcir les délais de paiement…bref c’est la fuite en avant.

Même son de cloche chez les médecins conventionnés.

L’un d’eux rapporte : 

…nous avons cru, comme les pharmaciens, aux promesses de l’administration  et avons été des milliers à nous conventionner, à investir à fonds perdus dans des équipements coûteux (PC et software) sans aucune aide de la CNAM, afin de lui faciliter la gestion de la filière privé, mais n’avons eu en retour que de l’ingratitude malgré les concessions énormes qu’on a faites, jugez-en par vous même : nous avons concédé une franchise (période où durant laquelle les patients consultent gratis car la CNAM refuse de payer leurs consultations) de 15 jours entre les consultations de maladies ordinaires et de 03 mois pour les maladies chroniques, nous avons accepté que les délais de paiement conventionnels de 2 semaines soit rallongés en pratique à 1 ou même 02 et 03 mois selon le bon vouloir des centres et le rythme des …congés, et les choses ne font qu’empirer : ainsi après l’épidémie de grippe de février dernier, les médecins se sont vu refuser le paiement des consultations au-delà de la 34ème (Messieurs de la CNAM cloitrés dans leurs bureaux ont jugé, sans rire, que c’est une limite humainement non dépassable, à croire qu’ils n’ont jamais mis les pieds dans des cabinets libéraux !),et même des actes pourtant vitaux, jusque là pris en charge, comme les fibroscopies pour les gastro. ou les MAPA et holter pour les cardios sont refusés, car pour la CNAM, ils doivent être faits le même jour que la consultation, sans préparations…tout cela sans préavis, sans concertation avec nos structures syndicales et surtout sans respect d’aucune loi, des milliers de médecins se voient ainsi spoliés de leurs honoraires injustement et sans préavis, trop c’est trop…ces gens sont soi irresponsables ou veulent nous pousser à nous déconventionner… 

Sur un autre plan, la CNAM a montré dernièrement ses limites, avec la gestion calamiteuse des dépassements du plafond, où sans campagne de communication aucune, elle a adressée des milliers de « sommations » à payer à ses affiliés, remontant à des périodes pourtant prescrites par la loi, avec des justificatifs le plus souvent non convaincants.

Une catastrophe sanitaire annoncée 

De toute façon le fait est là, on est devant une catastrophe sanitaire annoncée : le 07 juin prochain à moins d’un miracle les 2000 pharmaciens se verront obliger de se déconventionner, et suivront probablement après, les médecins, dont le silence apparent devant les exactions est de mauvais augure…cela voudrait dire que prés de 2 millions d’ayant droit de la filières privée se trouveront en rupture de la chaine de soins. Et à moins d’être complice d’un fiasco patent, l’autorité de tutelle doit intervenir rapidement et procéder aux changements qui s’imposent, car la direction actuelle de la CNAM a montré ses limites et son incapacité à résoudre une situation préjudiciable à tout le monde, qui n’a que trop duré.

Pour le bien du citoyen et la préservation de ses acquis sociaux, un vent nouveau doit souffler de Montplaisir.

Abou Yasmine

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