C’est une classe politique plus préoccupée par l’issue des futures élections que par la justice transitionnelle qui a cette semaine parachevé, en le bâclant, un important pan de la transition. En rejetant par la plus courte des majorités le principe de l’exclusion politique 3 ans à peine après la révolution, l’Assemblée hypothèque le caractère démocratique de la transition, à la faveur d’une entente opaque entre Ennahdha et Nidaa Tounes. Selon Chafik Sarsar, les élections seront vraisemblablement organisées en novembre… Quoi de plus logique, pourrait-on ironiser.

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A révolution pacifique, coup d’Etat pacifique

Jeudi 1er mai, jour noir pour les familles des martyrs de la révolution. Après le verdict de la honte, voici le vote de la réhabilitation. Quand l’hymne national retentit dans l’hémicycle, contrairement à la promulgation de la Constitution, le cœur n’y est plus. C’est tout au plus une fausse joie qui prévaut à l’adoption de la loi électorale.

La variable inconnue était le vote du bloc Ennahdha. Dans les rangs d’un bloc rarement indiscipliné, l’abstention a manifestement servi de compromis, entre l’obéissance aux directives du cheikh, dépêché sur place en catastrophe, et l’embarras de la responsabilité historique du non à l’article 167 dit de l’exclusion des RCDistes.

L’ombre de Rabâa Adawiya a tardivement pesé de tout son poids sur ce choix qui ne sera pas sans conséquences sur les bases du parti. Entre Ennahdha et les Ligues de protection de la révolution, la guerre est déjà déclarée. Les insultes en direction de Rached Ghannouchi fusent désormais sans plus aucune retenue.

Le décryptage à chaud de cette stratégie s’avère difficile. Trahison sans scrupules, décision prise depuis la « rencontre de Paris », ou précaution zélée par phobie du scénario égyptien ? Une lecture alternative est apparue dans le camp islamiste probablement pour se consoler face à l’inconcevable : il s’agit de la théorie du hara-kiri. Ennahdha aurait-il simplement déjoué un énième piège ?

Pour faire l’économie d’une bataille risquée contre le frère ennemi destourien largement réorganisé, Ennahdha se serait fait violence en amont. Au mieux des marchés politiques seront conclus entre les deux droites, au pire le parti pourra se présenter à nouveau comme le rempart moral électoral face à la résurgence de l’ex régime, selon un typique « Let it happen on purpose ». Nous devrions être fixés dans les tous prochains mois.

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Conséquences politiques immédiates

Au chapitre des réactions politiques, le Front Populaire agite aussitôt la possibilité d’un boycott pur et simple des futures élections, qui selon Mongi Rahoui pourrait être « l’unique réponse honorable à la mascarade électorale qui se prépare ».

Nidaa Tounes n’est pas le seul à y perdre un allié, à l’occasion du commentaire du vote du code électoral, un violent clash a eu lieu entre Mohamed Abbou et Sahbi Attigue, qualifié par l’ex secrétaire général du CPR comme « un symbole de la déchéance » lui et son parti.

Lors d’une conférence de presse convoquée en urgence, Mustapha Ben Jaafar en était quant à lui été réduit à demander aux RCDistes de bien vouloir « prendre du repos ».

Entre-temps les nostalgiques jubilent, y compris dans la presse ex novembriste qui se découvre une passion pour l’islam politique.

Le recrutement de Mohamed Ghariani n’était pas vain : l’ex secrétaire général du parti unique va pouvoir redéployer tout son savoir-faire fédérateur au niveau de cellules régionales encore virtuellement actives. L’argument leitmotiv du « peuple suffisamment grand pour trancher seul par les urnes » pourrait ne pas peser bien lourd face au rouleau compresseur RCD dont la flamme a été troquée pour un palmier.

A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse samedi, Béji Caïd Essebsi s’est illustré en offrant un avant-goût de ce que pourrait être le retour de l’« ancienne école » au pouvoir, en humiliant publiquement un journaliste de la TAP. Sa campagne à peine lancée, Nidaa Tounes pêche par excès de confiance en se mettant à dos le SNJT et son fraîchement élu président Néji Bghouri. Voilà qui promet des lendemains de meetings difficiles.

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