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Les dirigeants Tunisiens ont exprimé publiquement, leur désir de collaborer avec les Etats Unis d’Amérique, durant la période de transition, mettant les USA dans une position de force afin de contribuer au développement politique. Comme préparatifs, à ce dialogue stratégique avec le premier ministre Jomaa, nous vous invitons à considérer les recommandations suivantes…
Lettre au secrétaire d’Etat John Kerry.

L’administration Obama a récemment déclarée, par le biais de son secrétaire d’Etat John Kerry : « Notre soutien ne se réduit pas aux mots », et que la transition démocratique en Tunisie était l’une de leur haute priorité. Ce que ne manquera, sans doute pas, de leur rappeler Mehdi Jomaa, lors de sa visite officielle qui sera ponctuée, le 04 avril prochain, par une rencontre avec le président américain Barack Obama. Cette visite s’inscrit dans la continuité de la visite éclair du secrétaire d’Etat John Kerry, le 18 février dernier, et donnera lieu à un dialogue stratégique, entre le premier ministre Tunisien et les autorités américaines, en espérant que cela aboutisse à plus que de simples formules rhétoriques de la part de Washington.

Dans le cadre de cette visite, le Project On Middle East Democracy (POMED), a fait signer une lettre par plusieurs hautes personnalités américaines, qui a été remise au secrétaire d’Etat américain John Kerry. Contenant sept recommandations, cette lettre prône l’amélioration de la transition démocratique et plus d’efficience dans l’action en Tunisie. Le 19 mars dernier le secrétariat de presse de l’ambassade des Etats-Unis en Tunisie a postée une déclaration relative à la visite de Mehdi Jomaa, indiquant la teneur de ce dialogue stratégique en ces mots :

Les dirigeants discuteront d’un large éventail de questions bilatérales et régionales d’intérêts communs, incluant l’assistance économique, politique et sécuritaire des Etats Unis afin d’appuyer le premier ministre dans son programme de réformes.

Le Project On Middle East Democracy (POMED)

New-POMED-Logo-redLe POMED est “une organisation non gouvernementale et non partisane” américaine composée d’une équipe pluridisciplinaire spécialisée dans l’Afrique du Nord et le Moyen Orient et dont la mission est d’inciter les autorités américaines à développer et soutenir la démocratie dans les pays de ces régions. Cette mission est clairement définie comme suit :

Pendant la deuxième moitié du 20e siècle, les préoccupations économiques et sécuritaire, à court terme, ont souvent évincé les intérêts, à long terme, dans la réforme politique au Moyen-Orient, ce qui a conduit les Etats-Unis à renforcer les dictatures amies plutôt que d’œuvrer à une politique de démocratisation. Dans la pratique, l’aide économique, militaire et diplomatique américaine a souvent aidée des gouvernements autoritaires à réprimer la participation politique de leurs propres citoyens.
POMED

C’est donc dans le cadre d’une rupture avec les traditions de cette « deuxième moitié du 20eme siècle » que s’inscrit cette lettre à l’intention du secrétaire d’Etat Américain John Kerry. Cette lettre signée par 65 hautes personnalités américaines (dont deux Tunisiens) est le fruit d’un consensus. Pour les signataires, le but est d’attirer l’attention des autorités américaines qui « doivent faire nettement plus afin d’assister la transition démocratique en Tunisie ».

Cependant, il n’est fait aucune mention ni du rédacteur, ni de la personne à l’initiative de cette lettre, En d’autres termes, les circonstances dans lesquelles elle a été élaborée restent floues. Il apparaît tout de même que la POMED a jouée un rôle déterminant dans la production de celle-ci.
Cette lettre contient sept recommandations d’ordres économiques, politiques et sécuritaires. Cependant, toutes touchent au domaine économique qui apparaît comme le secteur clé pour les signataires.

Ainsi les signataires appellent les Etats-Unis à :

– Augmenter l’aide économique à la Tunisie

Depuis la révolution, l’aide économique n’est pas à la hauteur des espérances des signataires, et le Fonds de Soutien Economique à la Tunisie, prévu pour l’année 2015, est seulement de 30 millions de dollars.

Il convient donc, toujours selon les signataires, de repenser la stratégie économique américaine vis-à-vis de la Tunisie en transformant cette politique d’assistance en une politique d’investissement et d’échanges économiques bilatéraux.

– Élaborer un accord de libre-échange :

Les signataires appellent les autorités américaines à exprimer publiquement leur volonté d’établir un accord de libre-échange avec la Tunisie, en revalorisant les accords existants en matière de commerce et d’investissements afin d’encourager la mise en place d’une réglementation plus favorable aux entreprises. « L’économie non-pétrolière la plus diversifiée et la plus performante du monde arabe » doit être soutenue par les « alliés (des USA) régionaux et européens », dans l’accélération de ses réformes économiques.

– Appuyer la réforme financière et réglementaire :

Pour encourager les investissements privés, les signataires prônent une assistance technique afin d’appuyer lesdites réformes. Cette assistance technique touchera la Banque Centrale Tunisienne et le ministère des finances, dans le but de favoriser un « climat plus propice » à l’investissement, notamment à travers la lutte contre la corruption. Afin de restaurer ce climat et de soutenir les entrepreneurs locaux, les signataires proposent que la Tunisie accueille le « Global Entrepreunership Summit » de 2015.

– Établir une mission permanente de l’USAID en Tunisie :

L’établissement d’une mission permanente de l’USAID en Tunisie permettra de faciliter l’assistance apportée à la Tunisie dans tous les secteurs et dont les actions auront pour but la création d’emplois, la lutte contre la pauvreté et une meilleure gouvernance locale.

usaidL’action de l’USAID en Tunisie par le passé a été critiquée. Comme exprimé par Allisson Good dans son article « What is wrong with US Aid to Tunisia » estimant que le soutien économique des Etats Unis reflète historiquement et systématiquement la protection et la promotion de sa propre sécurité et de ses propres intérêts.

Cela est repris expressément dans les missions de l’USAID : « Nous nous associons afin d’éradiquer l’extrême pauvreté et à promouvoir des sociétés démocratiques, tout en faisant progresser notre sécurité et notre prospérité. »

Bien que critiquée, leur action était basée sur des rapports émanant des autorités Tunisiennes qui n’étaient pas en adéquation avec la réalité politique et sociale, ce qui a abouti a rendre inefficace la tâche de l’USAID en Tunisie.

– Réformer les institutions sécuritaires et judiciaires :

Afin de parvenir à un Etat de droit, démocratique garantissant les droits humains, une assistance technique et financière à la réforme institutionnelle sécuritaire et judiciaire sont préconisées. Celles-ci se traduiront par des formations, une modernisation des équipements, mais aussi par une aide aux réformes juridiques garantissant et respectant les droits fondamentaux.

– Renforcer les liens entre les deux pays en matière d’échanges :

Approfondir les liens et favoriser les échanges et les partenariats en matière de programmes d’échanges pour les étudiants, les universitaires, les dirigeants de la société civile, mais aussi ceux du secteur privé doit être un objectif à réaliser pour les autorités américaines. Il s’agira dans la pratique de continuer à financer les programmes d’échanges à l’instar de la bourse d’étude Thomas Jefferson. Cela permettra d’améliorer l’image et le rayonnement des USA dans la région.

– Réévaluer les restrictions et les avertissements aux voyageurs :

Les signataires de cette lettre appellent les autorités à lever ces restrictions et ces avertissements qui ne reflètent pas la réalité du terrain et qui entravent la transition démocratique, nuisent à la confiance, à l’investissement et aux perspectives de reprise économique. La levée de ces avertissements sera un signal fort lancé à la communauté internationale. Cet avertissement aux voyageurs, mis en place depuis le 15 septembre 2012, vient d’être levé par le département d’Etat américain et apparaît comme la première victoire des signataires de cette lettre adressée à John Kerry.

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Quelques interrogations

L’auteur de la lettre reste floue, mais celle-ci émane d’un consensus entre les signataires qui l’ont édité ensemble, y apportant chacun sa contribution et sa signature.

C’est un effort collectif de la part de plusieurs personnes qui l’ont édité ensembles. Par la suite, elle a été envoyée à leurs amis qui y ont contribué par leurs commentaires et leurs signatures.
Radwan Masmoudi, Center for the Study of Islam and Democracy

Le « Pourquoi » d’une telle lettre et l’intention des signataires à travers celle ci sont deux questions d’importance. Comme rappelé par Mme Caroline Freund, de la Peterson Institute for International Economics et signataire de cette lettre :

C’est comme cela que notre démocratie fonctionne. Quand les citoyens veulent engager le gouvernement sur une question, ils envoient une lettre à leurs représentants, souvent à l’initiative de la société civile. Il ne s’agit donc pas d’un « lobbying », comme on peut à tort le penser, mais de mettre au courant le gouvernement sur les questions qui semblent être importante pour les citoyens.
Caroline Freund

Pour la plupart des signataires que nous avons pu contacter, de telles lettres adressées à leurs gouvernements ont déjà eu échos par le passé et peuvent contribuer à changer la politique étrangère américaine en Tunisie, cette dernière s’étant focalisée sur plusieurs autres fronts, délaissant « le laboratoire démocratique » qu’est la Tunisie.

Notre espoir est que cette lettre impacte la politique étrangère américaine en Tunisie. Peut être qu’il faudrait se poser la question différemment : pourquoi rien n’a été fait jusqu’à aujourd’hui ?
Danielle Plitka, American Entreprise Institute

M. Mohammed Malouche, président du conseil d’administration de la Tunisian American Young Profesionnals, voit lui cette lettre comme base de la discussion stratégique entre Mehdi Jomaa et les autorités américaines : « Cela servira comme base aux discussions stratégiques qui auront lieux cette semaine et permettra aux deux gouvernements de discuter directement des solutions pragmatiques pour aider la Tunisie.. . »

A l’étude des profils des signataires, un nom a attiré notre attention. Il s’agit de Jerry Sorkin, entrepreneur Américain et fondateur de la compagnie TUNIS-USA, compagnie spécialisée dans le tourisme culturel et historique en Tunisie.

Cet excès de philanthropie ne cacherait-il pas des intérêts personnels ?

S’agirait-il donc d’un lobbying initié par ces signataires ?

Pour Mme Danielle Pletka, la question ne mérite pas d’être posée : « Il est ingrat d’imputer un quelconque intérêt aux signataires de cette lettre. Il ne faut pas chercher plus loin. »

Pour M. Radwan Masmoudi, président du Center for the Study of Islam & Democracy, la réponse est claire : « Les personnes ayant signés cette lettre sont des hommes politiques, des diplomates, des chercheurs et experts aguerris d’horizons politiques différents. Si, voir ces influentes personnalités, amis de la Tunisie, faire pression sur les gouvernants (américains), afin de mieux soutenir la transition en Tunisie est du « lobbying », alors oui, et c’est tout à fait normal. C’est comme ca que fonctionne toutes les démocraties. »

L’avis de M. Masmoudi est quasi unanime auprès des signataires. M. William Zartman, professeur à la SAIS-John Hopking University précise :

Toutes les recommandations publiques, les pressions et les participations (à l’élaboration d’une démocratie) ne sont pas du lobbying. Par exemple : La Tunisie a bénéficiée d’une participation active de la société civile dans la rédaction de sa Constitution, se préoccupant du sort de l’Etat Tunisien et recherchant à inscrire un nouvel ordre stable et réactif au profit des citoyens sans contrepartie. Est-ce du lobbying?! Si vous l’affirmez alors oui tout est lobbying !!
M. William Zartman, professeur à la SAIS-John Hopking University

Il est difficile d’établir aujourd’hui que ces signataires aient un quelconque avantage à tirer d’une telle lettre. Il existe sommes toutes une part de sincérité dans leur démarche, démarche démocratique classique aux Etats-Unis. La prochaine visite de Mehdi Jomaa aux Etats-Unis et les contrats qui y seront signés nous en apprendront plus.

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