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Face à l’escalade des demandes sociales qui a touché cette semaine des secteurs vitaux de l’économie, l’UGTT était davantage dans la réaction et le commentaire que dans la revendication. La question de l’extradition de Ben Ali ne sera quant à elle pas évoquée lors de la visite de Mehdi Jomâa ce weekend aux pays du Golfe, ce qui rappelle si besoin était qu’il existe de nombreuses similitudes entre gouvernement conservateur et gouvernement technocrate.

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Le 12 mars, Houcine Abbassi obtient à l’issue de la réunion de sa délégation avec Mehdi Jomâa « un accord de principe » pour une augmentation du SMIG, dont le montant actuel est qualifié par le secrétaire général adjoint de l’UGTT de « mascarade » (277dt).

Mais la centrale syndicale semble aux abois lorsque ses mots d’ordre de trêve sociale ne sont respectés ni dans le transport des carburants, ni dans les recettes des finances publiques. Cette dernière grève des agents des recettes, initialement prévue pour deux jours mais qui joue les prolongations, est symptomatique de la confusion qui règne dans des syndicats gangrénés par la politique.

Pour Hfaiedh Hfaiedh de l’UGTT, le fait que cette grève se soit prolongée, au-delà de l’accord trouvé jeudi, serait dû à la dissidence d’un syndicat « aux loyautés suspectes, officieusement affilié au parti Ennahdha ».

Ennahdha réagit aussitôt via un communiqué de son bureau politique qui dénonce « des propos diffamants » et dément tout lien avec une quelconque organisation syndicale.

« Pas de fumée sans feu » pour une partie de l’opinion publique et de la presse pour qui la thèse d’un bras de fer aux enjeux complexes devient plausible : la tentation en somme d’une paralysie économique pour contrer les prémices de la révision des nominations administratives.

Si le scénario est envisageable dans certaines « niches syndicales », il semble anecdotique face à la généralisation, par effet d’émulation, des grèves sur tout le territoire : samedi le personnel de la chaîne de grande distribution Carrefour faisait grève, tandis qu’on apprend dimanche l’intention de la Fédération de la Poste et Télécommunications affiliée à l’UGTT d’émettre un préavis de grève des bureaux de poste pendant 3 jours à compter du 26 mars.

Vers une reprise en main étatique des mosquées ?

Un autre volet sensible du cahier des charges de la feuille de route est discrètement entré en application cette semaine, celui de l’« assainissement politique » des mosquées à l’approche des élections.

Dans certains milieux islamistes et pas uniquement, le débat fait rage depuis que le ministère des Affaires religieuses a annoncé le 11 mars que des horaires d’ouverture à heures fixes seront à nouveau adoptés par l’ensemble des mosquées du pays.

Autoritaire, difficile de ne pas voir en la mesure un retour au traitement sécuritaire de la question, au moment où 150 mosquées (sur un total de 500 au lendemain de la révolution) sont encore hors de contrôle, selon les dernières estimations qui font état d’une salafisation en net recul.

En déplacement au Maroc, Mounir Tlili, nouveau ministre des Affaires religieuses du gouvernement Jomâa, s’est vu proposer l’aide du royaume en matière de lutte antiterroriste et s’est félicité de bénéficier prochainement du « savoir-faire marocain » dans la gestion de ce dossier.

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Ennahdha VS RCD et dérivés : coup de théâtre ou revirement stratégique ?

Selon son proche entourage, Mohamed Ghariani l’ex secrétaire général du RCD et actuel conseiller du chef de Nidaa Tounes serait mécontent du plébiscite de l’ex régime de plus en plus pratiqué par certains destouriens. C’est dire si nostalgie et révisionnisme historique ont cette semaine atteint des sommets…

Dans un long entretien radio le 13 mars, Rached Ghannouchi ne semble pas s’en inquiéter outre mesure, réitérant que son parti est « contre toute punition collective ». Il est loin le temps où le leadership Ennahdha menaçait Béji Caïd Essebsi d’exclusion au moyen de la loi sur l’immunisation de la révolution

Si l’adoption du langage légaliste vis-à-vis de Nidaa Tounes « parti légal et autorisé » n’est pas nouvelle, ce qui l’est en revanche c’est le passage à l’acte concret à l’Assemblée constituante : 6 membres de la commission de législation générale à l’ANC sur 9 ont voté le même jour contre l’intégration de l’article 15 en rapport avec l’exclusion politique dans le projet de loi électorale.

Politiquement, l’évènement est riche en enseignements. Selon Gilbert Naccache à Tunis mardi pour une rencontre-débat, « Ennahdha est seulement capable à terme de reproduire le fonctionnement du RCD », en plus vertueux.

Les affinités idéologiques ne sont pas l’unique raison de cette entente cordiale. Au moment où l’Arabie Saoudite ajoute les Frères Musulmans égyptiens à sa liste des « Organisations Terroristes », Ennahdha tente d’apparaître comme un parti sûr de lui et d’adopter une ligne de conduite digne d’un grand parti politique, un parti de gouvernance, pour lequel votera au moins un tunisien sur trois.

Pour les partisans d’une ligne plus radicale, ce comportement politicien est pris pour une forme d’embourgeoisement qui confine à la prostitution.

Le torchon brûle avec le CPR avec qui l’alliance politique est plus que jamais compromise pour la prochaine étape.

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