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L’exclusion des ex RCDistes refait débat cette semaine à l’occasion de l’examen par l’ANC de la future loi électorale. Un débat qui divise à nouveau l’opposition sur fond de droitisation accrue de Nidaa Tounes. Pendant que les machines électorales se mettent en branle, l’Etat est toujours aux prises avec les affres du terrorisme.

La désignation verticale de Mohamed Ennaceur à la vice-présidence de Nidaa Tounes, lui l’homme réputé pour avoir œuvré un temps dans le social, était-elle destinée à contrebalancer le sort qu’allait bientôt subir la composante « gauche progressiste » du parti ?

Il y a lieu de le croire, quand on constate la rapidité avec laquelle les luttes de clans ont éclaté au grand jour cette semaine. Une guerre larvée et « prévisible » pour qui connait l’histoire tumultueuse des rapports entre la gauche tunisienne et le RCD et ses ancêtres, une lignée dont se revendique ouvertement Nidaa Tounes. Une histoire faite de voltefaces, d’idiotie utile et d’exploitation politique.

Le « bashing » le plus trash de l’histoire de la IIème République

L’analogie n’a pas échappé à Adnène Manser, l’atypique chef de cabinet de la présidence de la République qui depuis mercredi torpille via les réseaux sociaux les faiblesses et les contradictions idéologiques du parti. Ce passage à la vitesse supérieure et la brutalité de la réponse des lieutenants de Béji Caïd Essebsi indiquent que nous sommes entrés virtuellement de plain-pied dans une précampagne électorale des plus acharnées.

Le rôle, qu’il soit imparti ou spontané, de Manser n’est pas si atypique si l’on considère que l’institution de la présidence a alterné sous Marzouki la carotte et le bâton, entre la tentation révolutionnaire d’un mandat offensif (le Livre Noir en est une illustration) et un mandat plus apaisé (c’est notamment le souhait du conseiller rationaliste Aziz Krichen).

Mais depuis que Marzouki lui-même ait déclaré avoir sous-estimé l’ampleur de la contre-révolution, il semble que l’ADN CPRiste de l’actuel Palais de Carthage l’ait emporté. La métaphore des Kleenex pour décrire les ex syndicalistes devenus « Nidaaistes » fera date, Manser donne le ton et n’y va pas de main morte.

Côté Nidaa, outre les menaces ordurières de « balayer bientôt les actuels occupants du Palais », la défense invariablement basée sur la rhétorique du prestige bafoué de l’institution de la présidence en dit long sur l’esprit Nidaa, un esprit qui ne conçoit pas que des institutions soient issues de la révolution ou aient émané de l’Assemblée constituante.

S’il est valide en temps de stabilité institutionnelle ou dans les vieilles démocraties, l’argument de la nécessité d’une « présidence de tous les Tunisiens » ne tient pas face au contexte de retour au premier plan de figures décomplexées du RCD dissout, une réalité qui appelle une réaction autrement plus franche que le consensus.

Ça se dépeuple autour de Nidaa

Daté du samedi 15 février, un communiqué du Front du salut national (FSN) peine à convaincre lorsqu’il évoque la nécessité de limiter « l’influence de l’argent politique aux prochaines élections », alors même que la collusion avec le groupe Elloumi confine au sponsoring de ce front chapeauté par Nidaa Tounes.

Comme pour abonder à son insu dans le sens de Manser, le coordinateur du réseau Doustourna Jawher Ben Mbarek, absent des dernières réunions du comité politique du FSN, a expliqué samedi les raisons de ce boycott par l’impossibilité éthique de « siéger aux côtés d’un parti qui compte dans son leadership Mohamed Ghariani ». Un regain de lucidité qui tend à confirmer que la logique du recyclage atteint ses limites, surtout si l’on ajoute la défection d’al Joumhouri avec lequel la rupture semble consommée.

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Le monopole de la politique étrangère, première crise du gouvernement Jomâa ?

Les sulfureuses déclarations de l’iranien Ali Larijani à la tribune de l’ANC continuent de faire des remous, une semaine plus tard. La Tunisie a-t-elle présenté des excuses officielles à la délégation américaine ? Non répond formellement le nouveau chef de la diplomatie tunisienne.

Le ministre est pourtant contredit par des informations concordantes en provenance de la Kasbah et de l’ambassade US, indiquant que des excuses ont bien été faites aux Etats-Unis, mais à travers un canal alternatif piloté par Hatem Atallah, le conseiller diplomatique de Mehdi Jomâa et ex ambassadeur de Tunisie en Grande-Bretagne.

Un cafouillage qui par ailleurs exclue la présidence de la République de l’une de ses rares prérogatives.

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Terrorisme et loi de Murphy

Dimanche 16 février, en faisant 4 nouvelles victimes à Jendouba dont deux agents de la Garde nationale, la lutte antiterroriste prouve tragiquement qu’elle ne s’est pas achevée avec l’élimination du groupe de Raoued.

L’embuscade intervient au moment où la polémique enfle autour d’une circulaire du ministère de l’Intérieur appelant à « renforcer les mesures de contrôle d’identité des individus portant le niqab ».

Derrière l’argument sécuritaire se trouve une décision politique qui inquiète dans les milieux islamistes et les ONG défendant les libertés de culte, en ce qu’elle pourrait être le prélude à un ostracisme plus large permettant de renouer avec le délit d’appartenance.

Si rien n’indique pour l’instant le retour progressif à une répression éradicatrice, la nature politique de la décision ne fait aucun doute, comme le montre le recours classique dans ces cas-là à la caution d’une autorité religieuse, en l’occurrence le controversé imam de la Zitouna Houcine Laâbidi qui vole opportunément au secours du gouvernement via une exégèse de circonstance.

L’enseignement géopolitique de la semaine nous vient enfin de Libye où à défaut d’avoir les moyens de sa politique, le général Haftar invente le coup d’Etat médiatique. Les mêmes causes en Egypte et en Tunisie produisent en somme les mêmes effets en Libye : les retards constitutionnels attisent les appétits de mégalomanes en treillis.

En résistant à la mode des hivers putschistes, la Tunisie continue à entretenir le seul espoir régional de pérennité du printemps démocratique.

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